La famille recomposée (suite)

Publié dans Le Progrès social n°2593 du 23/12/2006

Le champ des transitions familiales demeure une expérience unique pour les enfants et les parents qui le vivent. La recherche en psychologie commence à mettre l’accent sur ses  facteurs de vulnérabilité et les possibilités de les atténuer.

La recomposition familiale fait émerger les rancoeurs d’un divorce mal digéré non seulement par les enfants à l’issue duquel surgissent des désordres affectifs plus du registre de l’anxiété et de la dépression chez les filles que chez les garçons plus englués par la désobéissance et le mensonge, mais aussi chez les adultes qui s’affrontent à travers eux.

L’incapacité à organiser les vacances à l’avance, les vêtements et les jouets d’un lieu interdits dans l’autre, l’interdiction de dire ce qui se passe chez la mère ont des répercussions sur les rejetons et les mettent mal à l’aise. Déjà la nouvelle donne familiale génère de la résistance et de l’agressivité avant l’acceptation, et si ce temps d’adaptation est contrarié par la perception de la souffrance d’un des parents, l’enfant renforcera ses essais de déséquilibre en introduisant le désordre dans la maison du bonheur.

Des enfants précocement matures s’essaient à la médiation dans un but de protéger leur intégrité psychique face au tableau qu’offre l’adulte de sa pitoyable attitude. D’autres fois ils sont silencieux partout, s’emmurent dans un mutisme qui inquiète.

La relation entre les enfants n’est pas toujours chose aisée. Une parade est trouvée pour désigner les enfants du partenaire avec lequel il n’y a aucun lien biologique : ils sont appelés demi-sœurs, demi-frères, et ceux avec lesquels ils ont un parent commun, soeurs et frères.

L’obligation du partage du territoire, des jouets, des parents alimente le ressentiment d’autant plus que la différence d’éducation vient ajouter à ce poids de la famille nombreuse. Ne pas avoir son parent pour soi seul hérisse les sensibilités. Même l’avantage du lien de sang n’apaise pas l’envie d’éliminer l’autre.

Quand l’écart de l’âge est important, la constitution de clan, d’un côté les grands, de l’autre les petits, facilite des formes d’entraide. L’adolescence est ce moment charnière où la curiosité de la découverte sexuelle pousse certaines dans les bras du quasi-frère. Le franchissement de cette étape dépend :

  • De l’interdit intériorisé : «  vous êtes comme frères. »
  • De l’attitude des adultes : si chaque parent s’occupe de son enfant, les quasi-frères auront du mal à le croire.
  • De l’âge de la rencontre.
  • Du temps passé ensemble.

La recomposition entraîne un bouleversement dans l’abolition des privilèges, des avantages. La jalousie envers l’enfant du partenaire camoufle la jalousie envers le partenaire. Ce qui se joue là est de l’ordre de la souffrance supposée du parent abandonné dont on se montre solidaire. On prend sa défense en provoquant l’autre camp. C’est ainsi que plus on est petit, plus on s’adapte à l’autre.

Des conditions existent à l’harmonie de la famille recomposée. Il est nécessaire avant tout de préparer l’évènement en mettant en présence l’enfant et le partenaire avant la vie commune, faire en sorte de multiplier les contacts par le biais de sorties, de vacances, les habituer en quelque sorte.

  • Eviter de reconstruire sur les lieux du passé. L’enfant peut vivre l’aménagement des autres comme une intrusion surtout que des souvenirs récents le lient aux objets. La perte d’une partie de son intimité lui donnera l’impression d’être un propriétaire qui n’est plus maître des lieux. Sa chaise, sa place seront prises alors que le père ou la mère est déjà en partage.
  • Tenir informé de la fréquence des différents espaces qu’il devra occuper et avec qui. Le mettre au courant des transformations : changements d’école, de ville.
  • Essayer de limiter les changements : un nouvel habitat dans un autre quartier ne mène pas à changer immanquablement d’école. Trop de deuil à faire détruit les velléités de s’adapter surtout quand les amis ne sont pas là pour aider moralement.
  • Enoncer clairement les règles de discipline pratiquées par le partenaire, lui expliciter le rôle du beau-père, de la belle-mère.
  • Enoncer les règles de la nouvelle vie : ce qui est permis, ce qui est interdit.
  • Etre intransigeant sur la notion de respect qui prévaut pour tous. Chacun doit se sentir respecté.
  • Maintenir les échanges entre les deux parents en évitant les heurts et les tiraillements.
  • Ne pas dénigrer l’autre parent quelle que soit son attitude. Ne pas abîmer l’image qu’il s’est construit afin de préserver sa santé mentale car il reste longtemps dans le désir de conserver son bon parent à tout prix.
  • Trouver du temps pour lui en sachant que la qualité prime sur la quantité. La qualité est déterminée par des gestes en apparence anodine : ne pas regarder la télévision pendant la partie de scrabble, éteindre son portable, le noyer sous un flot de paroles dont il n’a que faire.
  • Mettre en place des réunions familiales, lieu d’expulsion du stress et d’évacuation des tensions, mais leur donner une limite dans le temps. Des réunions qui durent deux ou trois heures perdent leur fonction par manque d’intérêt.
  • Communiquer sans être excédé est la base d’une harmonie familiale.

Les erreurs à ne pas commettre sont de l’ordre du bon sens et pourraient être applicables à toutes les personnes appelées à vivre en communauté. Il faudrait éviter de :

  • Donner sans cesse des leçons de morale.
  • Analyser les comportements en jouant au «  psy. »Rien n’agace plus un enfant que de s’entendre en permanence interpréter le moindre geste, d’essayer de le persuader de la transparence de sa pensée comme s’il était un livre ouvert.
  • Aboyer des ordres.
  • Humilier, menacer.

Il n’est déjà pas facile d’être parent et si un beau-parent ne s’arme pas de courage, de patience et de tact, la cohabitation n’est pas possible.

Aujourd’hui, les partenaires conscients de la difficulté de ne pas être reconnu comme de vrais parents réclament au législateur des décrets qui seraient facilitateurs d’un style de vie où le partage des responsabilités volerait au secours de la relation affective.

La revendication de la co-parentalité doit s’entendre comme besoin de donner une place claire à chacun, à prendre des décisions approuvées par la nouvelle famille et surtout à aider les enfants à s’autoriser à aimer l’autre. Ces lois auraient pour effet de construire une nouvelle image parentale bienveillante, à l’instar de celle de la marraine et du parrain, valorisée dans les sociétés caribéennes et à l’intégrer dans l’imaginaire sans culpabilité.

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