L’effet d’annonce

Publié dans Le Progrès social n°2649 du 26/01/2008

L’élection d’un candidat à l’investiture politique de plus ou moins grande importance est le fait du choix des électeurs. Des municipales à la Présidence de la république en passant par les sénatoriales et la députation, les bulletins dans l’urne favorisant une personne disent la confiance accordée à celle-là plutôt qu’à telle autre.

Sous le charme d’un programme présenté durant les conférences, les belles promesses, les joutes verbales, les partisans admiratifs s’attendent à la réalisation de leur espérance. Ils donnent leur voix parce que la foi en ce candidat correspond à leurs aspirations profondes. L’espérance d’un changement, d’un dépoussiérage de fauteuils usés par l’immobilisme, de mise en acte d’idées novatrices, ouvrent des perspectives d’avancée, de progrès, d’amélioration des conditions de vie. Les slogans des conférences électorales sont des stimulants permanents qui conditionnent leur décision au deuxième tour. Phrases courtes, idées fortes et marquantes dirigées vers la population la plus défavorisée en même temps qu’un mieux-être pour tous, influencent les bulletins des urnes.

Les premiers votants sont la famille, les amis, puis viennent les autres : le bulletin sacré étant celui du mari ou de l’épouse. Il représente une deuxième union qui scelle un pacte : celui d’être présent de manière indéfectible, à partager les difficultés et les vicissitudes.

La vie publique est prenante ; elle tient hors la maison l’élu dont les brèves apparitions intimes oblige l’autre à tout assumer. Quand il s’agit d’une élue, elle attend souvent que les enfants aient atteint l’âge de raison pour se lancer dans une vie politique. En général, les femmes gèrent les deux : l’intérieur et l’extérieur, le bon sens aidant. Elles ont une haute capacité à maîtriser les environnements.

Le propre du discours politique est de plaire, afin que celui qui le construit accède au poste brigué. Hormis les phrases assassines lancées contre les adversaires, entretenant  l’aversion de ses détracteurs, les effets d’annonce ont pour mission première de frapper l’imaginaire. L’anecdote, en soi ridicule, qui circule depuis toujours donne une idée de ce qu’elle nourrit. Dans une commune sans rivière, les habitants voulaient d’un pont. « Qu’à cela ne tienne a dit le candidat aux municipales, vous aurez votre pont. » « Il n’y a pas de rivière a susurré un conseiller. » «  Cela ne fait rien la rivière viendra après. »

Dire une énormité pour emporter le suffrage est chose courante même si elle révèle le degré de l’ambition humaine. Promettre l’impossible est un jeu entre le mensonge pensé et le niveau de suggestibilité des gens. Croire tout ce qui est dit surtout en période électorale, démontre l’ignorance des affaires publiques, la méconnaissance des réalités économiques, mais surtout la foi inconditionnelle en un candidat à qui on accorde d’emblée tout quitus, jusqu’à le suivre au bout de son imposture. Car c’est imposture que de vouloir gruger le peuple. La destitution, toujours par le peuple, sanctionne le régnant qui déplaît. Les noms qui remplissent les bulletins dans l’urne changent, au profit d’une tête nouvelle.

La volonté de reconquête du fauteuil ramène les annonces : ces promesses non réalisées, qui n’ont jamais vu le jour, et dont personne n’a osé demander des comptes du temps de l’occupation du pouvoir. Le thème sensible : celui afférent à la jeunesse, est un leitmotiv réchauffé. Si à l’époque, les promesses n’ont pas été tenues, pourquoi aujourd’hui le seraient-elles ? Si les équipements primordiaux à la vie de la cité sont inexistants ou insuffisants à qui le doit-on ? L’équipe précédente en place, si elle avait satisfait les besoins, et avait fait en sorte de les classer dans un ordre de priorité, aurait évité la vindicte populaire.

Quand le suivant s’acharne à rétablir une mauvaise gestion, il lui faut du temps avant d’arriver à entreprendre, à ériger des tactiques de colmatages de brèche, dans le but de donner l’illusion d’une reprise de vitalité économique de la commune. Il devra se garder des annonces exagérées qui le perdront. La carte électorale assure au peuple une toute-puissance. Maniée avec habileté, elle livre à l’analyse un sentiment généralisé. Une candidate au lieu d’un candidat aux plus hautes charges de l’Etat, dans un département, un élément nouveau, dynamique, neuf, homme de conviction dans une commune, démontre qu’elle réclame ce qui est bon pour une tranche de population.

Des leçons ne sont jamais tirées de cette présence de plus en plus nombreuse dans les urnes de bulletins blancs. Aucun candidat ne paraît suffisamment convaincant, aucun programme ne semble à la hauteur des attentes. Le vote sanctionne la politique décevante, jugée inapte à remplir sa fonction première : celle de la garantie de la conduction de projets sociaux nécessaires au plus grand nombre, doublée du maintien de l’ordre en relation avec la loi et le droit identiques pour tous.

L’annonce prend une tournure nouvelle après les élections. A grand fracas de déclaration, l’élu essaie de consolider l’image qu’il a fait naître chez les électeurs. Refusant de déplaire, il donne en pâture des projets irréalisables, assurant que dans un futur proche ils seront efficients. Les partisans s’accrochent à ces promesses persuadés du bien-fondé de leur foi en l’homme ou la femme. Ils s’obstinent à y croire d’autant plus que la presse courtisane prend le relais et alimente leur conviction.

L’information avant d’être publique, dans le respect de la déontologie, mérite d’être vérifiée. Les médias porte la responsabilité de ce qui est dit ou écrit. L’incertitude d’un dire ne se répète pas car l’information ne saurait être la rumeur.  En cautionnant  ce qui s’apparente à de la flagornerie, la presse espère partager l’effet produit sur le public. Elle est dans le sensationnel. L’exemple des contrats signés aux Etats-Unis, en Libye, au Maroc pour des sommes exorbitantes, démontre comment fonctionne l’effet d’annonce. Vouloir faire démonstration de ses aptitudes de commercial est une chose. Utiliser la crédulité de ses semblables rien que pour les épater en est une autre. Les faits réels concernent des promesses d’achat pour la plupart, qui ne sont absolument pas des ventes effectives.

D’un bout à l’autre de la planète, la recherche de placement de produits, construit l’admiration des immobiles, non hyperactifs, qui voudraient que les richesses virtuelles se déversent dans le pays au profit de la population, faisant le vœu pieux que les industriels gagnants iraient jusqu’à redistribuer la manne en créant des emplois surtout pour les jeunes. L’augmentation du pouvoir d’achat comme base du programme électoral a campé un personnage représentatif d’une volonté de changement profond. La caricature a contrebalancé l’hésitation de la ménagère soucieuse de son panier à provisions. La désillusion a entendu le ton dur affirmant que les caisses de l’Etat étaient vides et que les patrons n’avaient qu’à créer des emplois. Point final.

Quelqu’un avait-il parlé d’augmentation de pouvoir d’achat ? Mais qui ? La température de la douche a glacé les oreilles du plus grand nombre habitant les départements en pleine saison hivernale. L’annonce en sens contraire effrite la confiance, sème le doute du choix du bulletin électoral, allant jusqu’à exprimer la dénégation d’un vote à deux scrutins.

L’annonce de la démesure remplit une fonction primordiale : celle du forçage de l’admiration d’autrui. Non pas que celui qui utilise ce stratagème soit un mythomane (menteur pathologique) ordinaire, loin de là. Son objectif est de séduire, plaire, être aimé. Pour ce faire il dissimule la banalité des faits. Le réel n’est pas suffisant, il faut en rajouter. Il est hors du commun, au-dessus de la mêlée, proche des dieux. Jamais il ne ressentira de la déconvenue. Les reproches, le désamour renforcent l’idée qu’il a des autres : tous des ignares ne sachant pas reconnaître le talent  à travers son désir de créer un monde nouveau en le modelant à sa manière. Version inédite d’une mission incomprise.

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