L’épuisement professionnel

Publié dans Le Progrès social n°2596 du 20/01/2007

L’épuisement  professionnel appelé le plus souvent “Burn out” est un syndrome qui apparaît chez le sujet  dont l’âge varie entre 38 et 45 ans, ayant plus de dix ans d’ancienneté dans le métier. Le sentiment que la dépense accrue en énergie physique et psychique en rapport avec l’investissement  et la motivation pour la tâche, ne correspondent pas à l’attente, provoquent le burn out.

Ce syndrome se retrouve le plus souvent chez le professionnel dont le métier a pour base les relations humaines. Trop impliqué émotionnellement, se donnant à fond sans mesurer l’effort, l’évaluation des résultats donne lieu à une « brûlure » insupportable.

Apparaissent  une image négative de soi, une perte d’intérêt pour les gens dont on a la responsabilité ( scolaires, étudiants, soignés.) Dans certaines institutions l’absentéisme est dû en grande partie au « Burn out. »

Ses causes proviennent d’éléments stressants les plus courants tels:

  • Le surplus de travail « je ne sais pas combien de temps encore je vais tenir. Je suis tellement fatiguée que je n’ai pas la force de préparer un concours ou de chercher autre chose »
  • Le manque de pouvoir sur les prises de décision
  • Les mauvaises conditions de travail : « Je ne supporte plus de devoir acheter du matériel pédagogique avec mon argent personnel. Je le fais en cachette de mon ami qui ne comprend pas que si je ne le fais pas, je ne peux pas travailler. »
  • L’exercice de la discipline dans la classe pour l’enseignant : « J’ai peur de devenir fou, de déraper et de commettre l’irréparable tellement certains comportements d’enfants sont atroces. »

Ces facteurs extérieurs vont provoquer plus rapidement des réactions psychosomatiques chez le sujet fragilisé par une mauvaise condition physique ou chez un individu au caractère anxieux. Les maux de tête, les problèmes gastro-intestinaux, les attaques de panique, l’hypertension artérielle, l’insomnie, la déprime, les tachycardies,  surgissent sans raison apparente et enferment dans un huis clos où nulle communication n’est possible.

Les retentissements sociaux au niveau de la famille et des amis créent des îlots d’incompréhension face à un isolement soudain et inexpliqué. La différence avec les autres, tous les autres est une évidence difficilement dépassée.

Survient la dépression avec la perte d’intérêt, l’envie de pleurer incessante, les difficultés à retenir les larmes, le sentiment de dévalorisation : « Bonne à rien, je suis nulle. » Les phobies paralysent : la foule donne des sueurs et des frissons, accentuant la sensation d’évanouissement, de l’angoisse. L’effet parano désigne chacun comme ennemi ou espion surtout dans l’environnement de travail.

Le comportement vis-à-vis de la profession se modifie. Se remarquent une baisse de la tolérance à la frustration, une augmentation des attitudes autoritaires, une grande résistance au changement et une remise en cause du métier. Les manifestations à des degrés plus ou moins marqués tournent autour de la dévalorisation de soi. Le reproche interne de n’avoir pas su mener à bien le projet professionnel ou de n’avoir pas réussi à imposer un point de vue, mine.

L’épuisement professionnel  comprend trois phases :

  • La confusion ( allant de trois à six mois) avec ses désordres psychosomatiques  est une porte d’entrée dans une souffrance psychologique plus abrupte d’anéantissement de soi et d’autrui. L’impression que quelque chose d’horrible va arriver est  un désir inconscient de supprimer le souffle vital du monde en même temps qu’une justification réelle de ne pas se rendre sur les lieux de la douleur morale.
  • La frustration ( allant de six à dix huit mois) aide la rage à lever. Détester est une rumination mentale qui s’impose : aimer autrui sans s’aimer reste une impossibilité. Chaque pensée va dans le sens de l’abominable frustration. En vouloir à son entourage social et professionnel distend les liens au moment où le besoin d’affection et de compréhension aiderait à passer le mauvais cap. L’impuissance s’installe : impuissance à surmonter l’angoisse, à parler de son état. Cette seconde phase favorise la prise de tranquillisants et d’alcool afin de mettre un baume sur la souffrance : les troubles psychosomatiques s’accentuant.
  • Le désespoir ( allant de un à six mois) entraîne dans un désarroi sans bornes. L’apathie s’installe. Les yeux ne reflètent plus la peur ni la haine, ils passent sans s’attarder ou cherchent au loin un espoir perdu. L’épuisement physique affaisse le corps, l’effondrement psychique fait barrage aux mots occultés par les récepteurs neurologiques. Le sujet n’a plus la force de demander de l’aide : il est hors circuit, hors jeu. L’incapacité à travailler occasionne la décision de prise en charge psychologique après une consultation chez médecin généraliste. Aucune protestation, même pas la possibilité de dire non, la fragilité de cette période est une aubaine pour les abuseurs de toutes sortes. Certaines ont vu se vider leurs comptes en banque, s’en aller des vêtements de la garde-robe, se faire mettre à la porte de leur logement.

Le syndrome peut être épisodique, unique ou revenir périodiquement : il devient chronique. A l’observation se dégage un profil prévalent pour les deux sexes.

L’individu sujet à l’épuisement professionnel est doté d’un caractère anxieux qui le pousse à toujours rechercher la perfection dans la démonstration de sa valeur professionnelle. Extrêmement exigeant il ne s’accorde aucun répit. Le repos lui semble une perte de temps parce qu’il ne se sent bien que dans l’accomplissement de la tâche. Son esprit critique l’empêche de déléguer par crainte de l’imperfection. Son grand altruisme le conforte dans ce renoncement de soi au profit du bénéfice accordé aux autres. Il s’oublie et son désir d’accomplissement se justifie par sa participation active à l’édifice commun.

Le burn out se traite en psychothérapie ; il a comme caractéristique de s’installer de façon insidieuse. On peut le prévenir. Le point fort de la prévention est la gestion du temps. La planification des tâches est une question d’organisation. Ne pas accepter d’être débordé suppose qu’on sache dire non. Ensuite prendre du temps pour soi en s’adonnant à une activité gratifiante sans obligation de résultats. Puis définir ses priorités, enfin réduire la charge de travail.

Le décret du 9 mai 1995 du code du travail stipule que « les chefs de service c’est-à-dire les autorités administratives, ont la charge de veiller à la sécurité et à la protection de la santé de leurs agents. »

L’urgence est de reconnaître aujourd’hui les conséquences de l’épuisement professionnel sur certaines catégories de personnel qui taraudées par la peur et la culpabilité ne dénoncent pas le système qui les broie. Ce ne sont pas tant les conditions de travail  telles les insuffisances sur le plan matériel, les surcharges de travail que les relations avec la hiérarchie qui les consument. Leur enthousiasme s’effrite à cause des innombrables blessures qui jalonnent leur vie professionnelle. Reste à trouver quelqu’un qui veuille écouter et essayer de comprendre.

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