La violence

Publié dans Le Progrès social

La violence est omniprésente dans le monde : elle imprègne les médias, les films, les feuilletons télévisés, les dessins animés. Elle peut être un élément essentiellement narcissique de défense de l’identité, une force vitale, un instinct de vie et de survie, un mécanisme purement défensif quand il est question d’attaquer l’autre pour préserver son droit à la vie, quand bien même ce droit serait purement imaginaire de la sauvegarde de l’intégrité  narcissique du sujet. Quand elle fait subir un préjudice suivi d’un effet destructeur elle est à mettre en relation avec la volonté de destruction du lien celui de la figure parentale et la négation de la dimension subjective de l’autre.

L’agression peut être psychologique donc sournoise, souterraine ou physique. Elle peut être inhibée au niveau de la conscience ( le sujet n’a pas le sentiment d’être agressif) ou au niveau de l’expression ( le sujet se sait violent mais se surveille en permanence pour ne pas l’extérioriser.) Cette inhibition est due ou à la perception de la situation, ou aux interdits intériorisés, fruits de l’éducation, du conditionnement social ou des messages précoces des parents. Dans certains cas, elle subit un détournement, un déplacement : passage d’une personne à une autre, parce que la personne contre laquelle elle est dirigée à l’origine est soit socialement ou affectivement intouchable ( personne puissante ou hiérarchiquement supérieure, personne aimée ou servant de modèle d’identification.) Ce détournement porte sur l’émotion : certains enfants sous la pression affective des parents transforment leur colère en tristesse, peur, angoisse parce qu’ils n’ont pas accès à ce registre émotionnel, ou emprunte le chemin de la sublimation, canalisée vers des activités utiles ou épanouissantes. A la facture destructrice se substituera la compétitivité, le goût de l’exploit. Le passage à l’acte est un choix de la pulsion agressive dans ses multiples manifestations : elle arrive par la voie du fantasme à se désagréger en ne réalisant pas le désir de mort. La violence n’est pas tant affaire d’actes ponctuels isolés dans le temps ( coups, menaces, injures), que de modes de fonctionnement relationnel. Par exemple :

  • Celle qu’un groupe exerce sur un autre groupe ou sur un individu, (quand une victime est désignée, elle devient le bouc émissaire.)
  • Celle que la société exerce sur des membres sur le plan politique (prisonniers d’opinion, marginalisation de groupes ou d’individus déviants), sur le plan économique ( paupérisation de certaines couches de la population, oppression des plus faibles), sur le plan culturel ( imposition des normes et des valeurs des classes dominantes, stéréotypes défavorables, discrimination raciale, sociale, sexuelle.)

Les agressions culturelles sont souvent à minima, elles passent inaperçues.

Certains lieux propices à l’exercice de la violence s’avèrent opaques au regard social ; c’est le cas de la famille qui ne demande une aide extérieure qu’en ultime recours, n’ayant plus les moyens de gérer la crise. La tolérance sociale envers la violence, le viol, masque l’ampleur du phénomène. La conduite agressive fait intervenir : des sentiments ( haine, jalousie, rancune envie), des émotions ( colère, peur désespoir), des contenus imaginaires ( fantasmes, préjugés, croyances) mêlés  à des souvenirs d’expériences antérieures. La subjectivité génère des mots, des gestes qui mettent en mémoire des images chargées d’émotion suscitant des manifestations du comportement avec des répercussions sur l’entourage. Ainsi naît la relation violente. Quelques personnes trouvent un équilibre dans la lutte conflictuelle  car elle permet de canaliser un débordement  d’énergie créant une voie de dégagement. Elle répond à un besoin de stimulation pour échapper à l’ennui, à la déprivation sensorielle : elle crée des sensations fortes. Ces personnes ont du mal à vivre sans réactions violentes. Elle fait aussi partie de ce besoin de reconnaissance ; exister à ses propres yeux et à ceux d’autrui. A défaut de récolter des signes positifs ( amour sympathie) ou à accepter l’absence de signes conduisant à la mort ou à la folie, l’individu adopte la solution des signes négatifs ( rejet, haine.)  Les coups, pense t-il, sont préférables au vide relationnel, c’est encore communiquer ! Le passage à l’acte est facteur de sa personnalité et des interactions du milieu.

Les expériences relationnelles précoces (symbiose avec la mère) affectant profondément l’édification de l’identité et le sentiment de sécurité ont une importance fondamentale et sont susceptibles de faire évoluer la personnalité dans un sens psychopathique qui se caractérise par l’incapacité d’ajourner la satisfaction du désir et de tolérer la frustration. La société fondée sur des valeurs de compétition et de consommation génère inévitablement des frustrations et des blessures narcissiques potentiellement productrices de violence. Les individus qui n’ont pas d’expériences affectives positives n’ont rien à perdre ni à protéger : la désapprobation des autres les touche peu. Quelques situations favorisent l’expression directe de la violence : la foule, l’anonymat, l’environnement de modèles violents, la contagion de groupes. Les personnes agressives ont du mal à gérer la distance avec autrui, ne sachant pas que les conflits inhérents aux rapports humains résultent d’un apprentissage basé sur des aptitudes : la compréhension des situations, la capacité d’auto contrôle, la capacité de se remettre en question et l’affirmation positive de soi. Les personnalités caractérielles et frustres sont prédisposées à la violence surtout si elles évoluent dans un milieu agressif où se construit l’idée qu’elle est le seul moyen efficace et économique pour la satisfaction des désirs. Ces modèles d’identification se trouvent dans le noyau familial, les bandes marginales et dans les médias de masse.

L’espace vital est sujet à la violence quand il est menacé. Chaque personne s’entoure d’une sphère spatiale qui est une zone de protection psychologique dont l’envahissement provoque des réactions d’anxiété puis d’agressivité. La surpopulation ajoutée à la paupérisation crée une promiscuité qui alimente une pathologie sociale ( délinquance, taux de criminalité.) Lorsque l’envahissement est permanent : «  Les murs cessent d’isoler et de protéger pour se transformer en éléments d’oppression. » pour citer E.T HALL. On a tort de croire que l’homme et son milieu de vie sont des entités séparées ; il faut les considérer comme des éléments imbriqués dans un système d’interaction réciproque.

Comment s’y prendre pour atténuer progressivement la virulence de la violence et en désamorcer le risque ? Les premières dispositions relèvent de l’apprentissage c’est-à-dire de l’éducation et de la socialisation : importance de l’affirmation positive de soi, de la capacité à négocier les conflits dans la vie quotidienne, acceptation du droit de l’autre. Les secondes dispositions relèvent des conditions sociales d’existence. Mettre en application les mots : justice, égalité, solidarité, démocratie en ne les laissant pas dans le discours idéologique. La justice et l’égalité diminuent les conditions sociales déplorables, génératrices de frustrations et de tensions. La solidarité affermit le sentiment d’appartenance sociale, la démocratie assoit une implication dans les décisions et les responsabilités individuelles et de groupe, elle octroie des libertés de vie.

Une société idéale et sans violence est illusoire. Cependant sa gestion passe par un pouvoir de décision capable d’organiser sa prise en charge dès l’enfance.

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