La virilité retrouvée

Publié dans Le Progrès social n°2596 du 20/07/2007

Les hommes s’autorisent à exprimer leur admiration avec des mots susurrés ou des regards appuyés vis-à-vis des femmes choisies en fonction de critères tels la beauté, l’intelligence, la modestie, le déjà vu, etc… la liste est longue. Ils s’approchent allant jusqu’à formuler quelque proposition sans tenir compte des différences socioculturelles, englués dans les usages de toujours d’un hommage obligatoire à rendre à la féminité. Ce permis de dire, en dépit de l’aspect extérieur du dragueur, de la distance de classe, s’enroule autour de la croyance que n’importe quel homme peut obtenir les faveurs de n’importe quelle femme. Cette croyance s’origine dans les situations financières préoccupantes des femmes sans emploi, n’ayant aucun revenu conséquent, acceptant la manne nourricière d’un amant vite père d’un enfant ou deux, suivi après rupture des liens d’un second dont la répétition établissait une pluri paternité de la misère, dans les temps anciens. Si la pauvreté a reculé, les femmes acquièrent des diplômes, occupent des postes même dans les catégories inférieures, bénéficient d’aides sociales, les moeurs masculines ont peu évolué. Mariés ou libres, les hommes mettent un point d’honneur à égaler leurs pères en virilité se réclamant d’une maîtresse ou deux en plus de l’épouse. La grande tolérance à banaliser ces relations parallèles de la part de la parentèle et des amis, en recevant ces couples non légitimes dans les lieux fréquentés par les couples officiels  occasionnellement reformés selon la volonté de l’époux, conforte une pratique que les maîtresses divorcées quelquefois pour cause de trahison ou de tromperie reproduisent, oublieuses du désarroi de ces périodes difficiles de déchirement et d’attente. Les femmes ne donnent plus naissance à des enfants qui flattaient l’ego des pères biologiques, n’offrant ni leur nom, ni le suivi éducatif. La fertilité associée dans l’imaginaire à la puissance virile, la vantardise énumérait des enfants  par dizaine issus de femmes plurielles.  La régulation des naissances ( IVG, contraception) n’a pas oblitéré la diffusion du nombre de femmes « avec qui on dort », omettant d’avouer celle qu’on aime, exposant une puissance sexuelle à l’évaluation du sénat : groupe de réflexions philosophiques intenses. La parole sur le sexe déclenche l’effet en cascade, personne n’est en reste et celui qui se tait, sourire en coin est pris à partie. Il est secret, un tantinet voyeur, mais absolument pas fidèle : cela n’est pas possible, ce serait anormal puisque les hommes trouvent une légitimité à agir de  cette façon quand la culture privilégie leur jouissance.

L’activisme sexuel confère à celui qui le donne à voir, une réputation d’homme caressant, d’une tendresse enviée, d’une rare diplomatie amoureuse mais surtout de «  bon coup. » Cette marque distinctive, la dernière, l’oblige à être à la hauteur, à maintenir le cap, à ne point décevoir. La petitesse de l’île favorise la rumeur qui de commune en commune se gausse du prétentieux. Maintenir le cap nécessite d’être en forme le matin jusqu’au soir, sept jours sur sept. L’hygiène de vie, le sport ne suffisent plus à l’équilibre physique et psychique. De plus en plus le stress aux multiples raisons soumet le sexe à un relâchement partiel ou total au grand dam de son possesseur qui le vit comme une catastrophe ( cf « la panne sexuelle » Progrès Social du 07 octobre 2006, N° 2582.)

La commercialisation en France du viagra depuis 1998 a quelque peu dissipé le malaise autour de l’impuissance et de son impossibilité à en parler. Les consultations chez le médecin généraliste à l’occasion d’autres symptômes en favorisent l’aveu. L’obstacle de la honte est timidement franchi. Chez l’urologue, l’hypertension et le diabète, causes aussi de troubles érectiles, réhabilitent l’estime de soi en éloignant la suspicion de la méchanceté, de la jalousie des autres qui par le biais de la sorcellerie détruisent l’être. La prescription de viagra plus utilisé que le cialis redonne confiance d’autant plus qu’une pathologie réelle devient responsable de cette absence d’érection. Même chez les hommes de plus de cinquante ans, l’efficacité est évidente. La prise de viagra donne entière satisfaction et améliore la performance. Un homme jeune peu sûr de lui, après absorption de viagra a eu l’impression d’être devenu un vrai étalon : son désir s’en est trouvé décuplé. La possibilité d’un effacement du doute de soi à l’aide d’une pilule tend à changer les comportements. L’introspection n’est pas nécessaire à partir du moment où la croyance en un médicament/miracle abolit la recherche de l’origine biologique ou psychologique de la faiblesse ou de l’absence d’érection. La seule contre-indication du viagra est son association à certains médicaments donnés aux personnes souffrant de troubles cardiaques. Leur reste deux solutions : l’injection intra caverneuse, l’injection trans urétrale. L’injection intra caverneuse se fait dix à quinze minutes avant l’acte, dans la verge, jute après le prépuce, par le sujet lui-même et permet un maintien prolongé d’une érection de 30 minutes à une heure. Parfois douloureuse, cette sensation demeure jusqu’à la pénétration, annulant une part du plaisir. Trop fréquente, elle provoque des nodosités, des îlots indurés dans le pénis. Le risque réel de priapisme (érection permanente) peu évoqué, nécessite une intervention médicale ou chirurgicale afin d’éviter les séquelles graves entraînant la perte définitive des capacités érectiles. L’injection trans urétrale consiste à introduire dans la verge une canule contenant un médicament sous forme de micro bille. Une pression de l’embout du tube injecte le produit qu’il faut masser quelques secondes pour une diffusion optimale dans la muqueuse. Ce traitement est pénible, il provoque au niveau de l’urètre des brûlures et des saignements. Comme dans l’injection intra caverneuse, l’érection dure entre 30 minutes et une heure. Ces prescriptions sont rares ici, comme sont rares les consultations de sexologue. Une méthode employée par des hommes de 60 ans et plus, diffusée dans les palabres comme étant le dernier sursaut des vieux, dont on connaît le secret – il ne s’agit pas de soi n’est-ce pas ? – est celle de la pose du garrot à la base du pénis. Les femmes pudiques l’ont soupçonné, mais jamais elles n’en ont eu la confirmation, les mœurs et les attitudes d’un temps se cantonnaient à des gestes limités et à des mots rares s’agissant du sexe. La fierté et le plaisir de l’un ne sont pas toujours en partage quand, à l’heure des ardeurs en veilleuse, l’épouse qui s’est accommodée de la disparition de l’appétit charnel, corps apaisé, doit assumer ce regain de désir du partenaire. Désorientée, reprenant ce bouclier inefficace de la migraine d’antan, elle essaie de stopper les élans d’un vieux mari dont les envies ne sont plus en adéquation avec l’âge et la sérénité. Naissent des conflits ignorés auparavant, aboutissant à des lits séparés, des jactées d’acrimonie, l’introduction de désordre à une période où vieillir à deux devrait être une symphonie. Conscient du désagrément causé, certains courent la prétantaine, se soudant à une « jeunesse » par identification sans se rendre compte que l’amour a une contrepartie financière : appartement et voiture dont profite un amoureux de la même génération comblant le temps libre laissé par le respectueux honorant de sa présence son épouse : « Je n’avais jamais découché ; ce n’est pas après 65 ans que je commencerai. Puis, j’ai peur de mourir dans le lit d’une autre. » La déconvenue est pire que la mort. La surprise de la tromperie constitue une grande humiliation, elle bafoue l’estime de soi, annulant la sensation d’une re-naissance sexuelle. La blessure est à vif. Une alternative s’impose : l’abandon des illusions et le retour à la fidélité, ou la poursuite de la relation extra conjugale teintée d’amertume et de résignation. Dans ce cas, l’augmentation de présents grève le budget calculé d’une retraite pour deux et installe le déséquilibre.

L’éternelle jeunesse promise depuis quelques décennies entretient le mythe d’un plaisir sexuel à l’épreuve du temps. Le maintien de l’harmonie dans un couple vieillissant est indispensable et la demande de viagra et sa prescription gagnerait à admettre la partenaire dans la consultation afin qu’elle soit à l’écoute de la sexualité et l’autre et du sens qu’elle prend.

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