La grossesse tardive

Publié dans Le Progrès social n°2688 du 25/10/2008

Du monde arrive des informations surprenantes concernant des grossesses tardives, de plus en plus tardives. Ces images de mères italiennes passées la ménopause, présentant leur nourrisson à côté du gynécologue de la prouesse, aiguisent le désir des épouses sans enfants. Une dame indienne âgée de 70 ans ( soixante dix années) mettant au monde un bébé et récemment des triplés nés d’une mère de 59 ans redonnent espoir aux femmes stériles. Ces évènements, révélateurs de l’avancée scientifique, en dépit du pied de nez fait à l’éthique, sont-ils sans risque?

Le temps d’enfantement

L’intuition populaire qui guidait les comportements en absence d’une science établie, encourageait la femme à tomber enceinte à partir de sa majorité. A la trentaine elle se devait d’élever sa progéniture avec plus d’aisance, ayant mis un terme  à la lourdeur des grossesses. La limite du début de la maternité était fixée à 25 ans. Les catherinettes : rite d’expulsion de ce statut qui en se prolongeant la ferait vielle fille, se célébraient dans la dérision. La stérilité se vivait comme une malédiction. Elle inscrivait la fille dans une sphère de dénigrement où Dieu intervenait souvent. Bréhaigne devenue, à cause du changement fréquent de partenaire, une vicieuse, elle était privée de descendance par punition divine. Les deux extrêmes, la grossesse à l’adolescence et à la pré ménopause étaient mal acceptées. Le reflet d’une sexualité trop précoce ou trop prolongée renseignait sur des débordements non acceptables sur le plan moral : le pire étant la gestation à la ménopause. La dissimulation écourtait la durée de la honte, même pour une femme mariée. Les bonnes mœurs sous-tendaient un âge de fin du commerce de chair. La norme, depuis la pratique contraceptive et le travail au féminin, a quelque peu varié. Les jeunes filles veulent profiter d’une période de pleine beauté et vivre dans leur corps des expériences exaltantes sans le contraindre à déformation. Elles avortent après ce test de fertilité rassurant. L’avancée en modernité oblige à considérer autrement ce temps d’enfantement.

Les causes du changement

Le nombre de primipare ( premier enfant) à la quarantaine subit une courbe croissante. Le suivi obstétrical demande une attention particulière ; l’amnio synthèse est obligatoire. L’analyse du liquide amniotique permet de déceler les anomalies du fœtus. La grossesse ne comporte pas de risque zéro. Les causes les plus courantes justifiant la prise de risque sont d’abord : la poursuite des études universitaires, les formations diplômantes, le premier emploi. L’importance de la constitution de la carrière professionnelle met en berne le désir d’enfant. L’ambition et la compétition occupent un espace psychique tel, que le projet familial est relégué au second plan. L’absence pour raison de maternité n’est pas interdite, mais elle pénalise dans certain domaine de décision. Le conditionnement ancien est remplacé par un autre : ne pas être comme sa mère qui a du sacrifier son emploi à l’éducation de sa progéniture. Réussir sa vie devient une gageure. Les moins impliquées dans le registre de la responsabilité, retardent une grossesse parce que les équipements sociaux en sous nombre et trop onéreux ne leur en favorisent pas l’accès. Elles attendent une stabilité ou le plein emploi et un salaire plus conséquent avant d’arrêter la pilule contraceptive. La vision du monde s’est modifiée en fonction de ces différents paramètres. A cela vient s’ajouter une fertilité qui décline chez la femme comme chez l’homme. Le stress a des incidences sur la psyché. La pression de la performance professionnelle assujettit le couple à stimulation. La procréation assistée étire en longueur l’ovulation, installe dans une angoisse la femme en devenir de 40 ans.

La grossesse tardive

L’information brute déverse des mots et des images à l’intention du tout public. Les explications suivies d’analyse sont rarissimes, sauf au niveau politique. Entendre les médias diffuser le sensationnel, autorise de croire à une possible résolution d’un problème identique. A 70 ans, seul l’introduction d’un ovocyte dans un utérus permet la fécondation. Les gynécologues disent que la femme naît avec son quota d’ovocytes. Une fois épuisé il ne se renouvelle pas, tandis que l’utérus conserve son utilité en dépit de l’âge. La femme de quarante ans, mère de deux ou trois enfants, faisant démonstration de sa jeunesse, s’offre un coup de pompon hormonal. Cependant, l’opération de fertilisation de l’organe féminin, réussite technologique en soi, occulte le danger encouru par une femme à l’âge d’être grand-mère. Elle reçoit un ovocyte d’une femme jeune, pleine de vitalité, dans un corps aux cellules usées et marquées par l’accumulation des années. Etre enceinte modifie les données hormonales, le volume des seins, le poids du corps ; la sensibilité mentale suit le mouvement. Le sommeil est perturbé par les mouvements de l’enfant en gestation dans un corps qui s’épuise plus vite. En France, le refus d’une demande comme celle-là, s’appuierait sur l’éthique médicale, dit-on.  Des pères, compagnons, on ne dit rien. Quel âge ont-ils ? Sont-ils conscients de ce qui se joue là, ont-ils eu leur mot à dire ? Sont-ils préparés à cette grande aventure ? Est-ce seulement l’affaire du gynécologue/père et de la femme désirante ?

Des accidents peu évoqués font croire à la continuité du don de vie. Tout s’est bien passé : les triplés se portent à merveille et la mère aussi. L’accouchée de 44 ans, celle qui a donné naissance à des jumeaux, est dans le coma depuis un an. Elle ne profite aucunement de son exploit. Personne ne montre l’élevage d’un nourrisson par une génitrice de 70 ans. Parvient-elle à maintenir le rythme du change, de l’alimentation, des soins, des pleurs nocturnes ?

Les incidences sur l’enfant

L’élevage de l’enfant concerne d’abord la mère : de la naissance à environ trois mois. La participation du père, n’a pas l’impact affectif généré par l’allaitement au sein.  Durant cette période la symbiose mère/enfant est totale. La vivacité des bébés est fonction de la réponse donnée par le maternel. A la tombée de la nuit, quand l’épuisement la gagne, l’irritabilité du nourrisson est à son comble. La demande n’est pas satisfaisante. Le relais est rarement assuré par un père, fatigué aussi et en attente de repos. Plus tard, les pas accélérés seront contenus face à l’impossibilité de les suivre. Les jeux à cloche-pied, de cache-cache incessant, vite réfrénés. L’enfant devient ou actif n’ayant pas de contrôle de ses mouvements, ou excessivement calme. Dans ce dernier cas le langage emprunté et pas adapté le fait qualifier d’enfant de vieux. L’habit est en décalage avec la mode infantile. Il ressemble à ses parents qui ne suivent ni la tendance, ni les nouveaux jeux. Son entourage parle d’icône adorée dont tous les besoins sont comblés. Gavé jusqu’à satiété, cet enfant unique est porteur des désirs parentaux parfois étouffants. Afin d’y échapper, on ne lui reconnaît pas le droit à l’échec, il flirte avec les limites obligeant ses géniteurs à accepter ses positions de défi. L’étau à ce moment se desserre. C’est à ce prix qu’il atteint l’accomplissement de ses aspirations. Il se souvient de l’époque de la maternelle. A la sortie, son ego était malmené: ses camarades mettant l’accent en riant sur sa  grand-mère qui l’attendait.

La grossesse trop tardive comble un manque d’adulte. En même temps elle participe au mythe de l’éternelle jeunesse donc de l’immortalité. Mettre en jeu sa santé avec l’aide médicale procède d’un fantasme d’une démonstration d’éternité.

 

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1 réaction sur “ La grossesse tardive ”

  1. rosa Réponse

    Les risques sont presents jeunes ou vieilles, il y a des femmes qui sont mortes tres jeunes en donnant naissance et d’autres sont vieilles et sont toujours vivantes malgre leurs grossesses tardives…

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