Guadeloupe : grève générale

Depuis le mois de juillet la grogne ne cesse d’enfler. Les syndicats alertent. La surdité généralisée de l’appareil d’Etat et des élus guadeloupéens confortent l’appel du 22 juillet. Il s’adresse aux travailleurs, au peuple de la Guadeloupe, aux chômeurs, aux retraités, aux vaccinés et aux non-vaccinés, les incitant à se mobiliser contre l’obligation vaccinale, pour la défense des libertés. Le rassemblement devant le CHU le 24 juillet, est un acte inaugural qui détermine le meeting du 29 juillet à la Mutualité de Pointe-à-pitre. La lettre ouverte au préfet le 26 juillet décrit une situation inacceptable tant sanitaire que sociale. Elle ne s’inscrit dans nulle dynamique de réunion. La détermination à engager des actions y était annoncée.

Les samedis de marche massive n’empêchaient pas que certains autres jours de la semaine, la présence du mouvement avait pour objectif d’informer la population sur le déroulement des exactions décidées par le gouvernement qui ne laissaient aucunes prérogatives aux décideurs locaux. Ni place, ni espace. La stratégie mise en place par ce mouvement a démontré une finesse d’intelligence qui sans conteste a aggloméré toutes les populations autour d’une protestation. Les citadins et les ruraux rassemblés dans une même appartenance se sont sentis solidaires et concernés puisque les marches du samedi requéraient leur participation. A Port-Louis, Sainte-Rose, aux Abymes, à Basse-Terre, Gosier, dans toutes les villes qu’il serait trop long de citer, des gens marchaient, sous le soleil, sous la pluie, ils marchaient encore et toujours sans donner signe d’essoufflement, toutes catégories sociales confondues, ils marchaient sans fin. Soignants et pompiers, les plus concernés par l’obligation vaccinale, allongeaient le pas ensemble. La grève à l’hôpital ne suscitait toujours pas de négociations.

Le 15 novembre fut le jour déclaré d’une grève générale et illimitée. Tous les indicateurs de la crise étaient au rouge, que d’aucuns feignaient d’ignorer par indifférence, espoir de pourrissement ou d’usure d’un engagement. Les premiers heurts ont causé un certain émoi : deux pompiers touchés dans une confrontation aux forces de l’ordre. La vigilance populaire a augmenté en intensité. Des barricades et des guérillas urbaines et routières ont mis en évidence des groupes dissidents allumant des brasiers, pillant des commerces, à la faveur de la nuit, instituant un désordre difficile à contrôler. Qui sont-ils ? Des hommes pour la plupart, sans emplois, non connus pour faits de délinquance, assez jeunes. La contestation à l’origine pour fait d’atteintes aux libertés, révélait une facette non exprimée d’une situation sociale catastrophique, qualifiée d’éternelle par certains.

La question à poser est : peut-il n’y avoir qu’un seul registre de revendication sans que soient convoqués tous les conflits non résolus ? On voit là éclater la résurgence de nombre d’entre eux qui n’ont pas trouver de résolution.

 

L’indifférence de l’Etat en matière de santé publique 

  1. L’empoisonnement par la chlordécone et sa lenteur à prendre en charge les victimes. Le dépistage dans le sang de ses méfaits et sa gratuité que personne n’évoque.
  2. Le scandale de l’eau qui perdure :la privation de cette fourniture dans quelques localités, souillée et imbuvable quand elle coule dans les robinets, la récente mise en application d’un syndicat unique demandé depuis 2009.
  3. L’absence de réponse à l’envahissement des sargasses malgré ses effets non étudiés sur les personnes habitant le bord de mer.
  4. Le délabrement de l’hôpital public, son manque de matériels et de personnels, un système de soins défaillant, la dégradation des conditions de travail.
  5. La suppression de la télémédecine cardiologique dotée du label de l’excellence et la mise à l’écart de la cardiologue responsable de cet outil qu’elle avait créé. Sous quel prétexte fallacieux cela a été décidé ?
  6. L’entêtement à ne pas transformer le GIP RASPEG* en DAC**, structure qui donne entière satisfaction et qui s’est toujours occupée de la prévention. La pression mise sur la directrice et cet acharnement à la déstabiliser par une déportation dans un autre établissement malgré la désapprobation d’une grande partie de la population qui ne comprenait pas le bien-fondé de cette décision. Revenue à sa place et à son poste, la menace est encore forte gérée à la manière d’une affaire personnelle assez incompréhensible.
  7. Une inexistence de politique de santé alors que les comorbidités sont beaucoup plus nombreuses qu’en France.

 

Les rapports de domination

  1. L’obligation vaccinale est une violence accrue quand elle est vécue dans un rapport au corps privé de liberté. Privé de liberté de dire, de faire, d’entreprendre. Absence de choix et de décision que sanctionne le refus. Il faudrait se rappeler les représentations des uns et des autres à l’intérieur d’un registre de domination. Les hauts fonctionnaires sont tous éloignés de la sphère culturelle de la population et agissent en fonction de leur propre pattern de connaissance, ce qui crispe les relations. Sentiment ne n’être pas entendu, d’être nié en tant que sujet ayant son mot à dire, les lois non adaptées heurtent les sensibilités. Ce rapport de domination se dissimule dans le non-dit d’une volonté de résistance eu égard à la caste des nantis détenant le pouvoir financier et sa pwofitasion. La répartition des richesses, les oubliés de la manne accordée à certains entretient la rancœur et le sentiment d’injustice.
  2. Le renvoi récent aux calendes grecques d’un procès réclamant la réparation, sature l’imaginaire. Ne pas convoquer l’histoire !
  3. La mise à l’écart des élus dans la gestion de la crise et la prépondérance des énoncés du gouvernement sans possible adaptation aux réalités locales. Par exemple une dérogation demandée par le conseil régional et département en concertation avec les maires, concernant la date de la rentrée scolaire a dans un premier temps essuyé le refus du ministre de l’Éducation nationale rappelant que les lois de la république s’appliquaient à tous. Puis après réflexion se rabattant sur le dispositif hiérarchique a délégué la prise de décision au rectorat et à la préfecture. Les codes établis doivent être respectés.

 

La gestion de la crise

  1. Le manque d’anticipation qui a donné lieu à l’absence d’organisation dont la population a payé un lourd tribut. Pas de lits en suffisance, pas d’oxygène, mieux de concentrateurs d’oxygène, un réel étonnement, puis une parole devenue tristement célèbre : prenez un doliprane et rentrez chez vous.
  2. L’incompréhensible désordre dans une mise à l’écart des familles endeuillées dont rien n’a été pensé pour un au revoir et quelques bribes de rituels dans une amorce de deuil. Chacun sait l’importance de ce dernier adieu et combien même les morgues pliantes se devaient d’être discrètes, un aménagement aurait pu alléger la souffrance. Entre la première et la quatrième vague, un dispositif adapté aurait pu s’édifier. L’annonce de la cinquième vague va peut-être décupler l’inventivité. Le deuil pathologique peut alimenter une réflexion persécutive et accusatrice exacerbant les imaginaires.
  3. Le tri selon l’âge des patients en direction d’un transport vers l’hôpital a mis à mal le respect des aînés dans sa visée de négligence. L’accusation porte sur le refus de soins et l’écourtement de la vie.
  4. La pensée unique semblable à une propagande embrouillant la réflexion et annihilant les choix.

 

Les violences économiques et sociales

  1. Les suspensions des soignants et les répercussions économiques sur les enfants.
  2. Le taux de pauvreté (50%) et de chômage allant au-delà de 31%, en France il se situe dans une fourchette de 10 à 11%, constituent la lie des frustrations et des colères.
  3. La vie de plus en plus chère.
  4. Une paupérisation endémique des familles qui s’est accrue avec la crise sanitaire.

Voilà ce qui resurgit faisant des manifestations une reprise des revendications, les mêmes, tout le temps, renouvelées. Des évidences immuables auxquelles de minces notifications ont été accolées, servant d’emplâtres avec ses promesses d’apaisement. Quelle mise en œuvre au fil du temps, quels plans élaborés de façon satisfaisante, quels bilans sérieux des besoins et des manques ?

Aujourd’hui, une réunion à Matignon en présence des maires venus à leur congrès à Paris et profitant de l’opportunité de soumettre au premier ministre la situation d’une Guadeloupe en pleine ébullition, espérant trouver des solutions, et revenir porteurs d’espérance, ont entendu les paroles de fermeté d’un retour au calme et du maintien de l’obligation vaccinale pour les soignants. Rien ne sera possible, sans le rétablissement de l’ordre. Sa positivité révélée publiquement va certainement l’ancrer dans une croyance que les non vaccinés représentent un danger, même pour lui. Son discours sur le social est un plat réchauffé, resservi, jamais suivi d’effets hormis celui d’annonce.

Sont arrivés en 24 heures, sur le sol de la Guadeloupe, des équipes du RAID et du GIGN, forces d’intervention armées actionnées en cas d’attaques terroristes, dans un but d’apaisement. On l’aura compris que la seule réponse est le respect des lois de la république sans dérogation ni négociations.

* GIP RASPEG : Groupement d’Intérêt Public – Réseau et Actions de Santé Publique en Guadeloupe Saint-Martin et Saint-Barthélemy

** DAC : Dispositif d’Appui à la Coordination

 

Fait à Saint-Claude le 22 novembre 2021

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