Communication et famille (partie 1)

Publié dans Le Progrès social n°2584 du 21/10/2006

La famille est une réunion d’individus unis par les liens de sang et vivant dans un même ensemble d’habitation. Ces personnes sont aussi liées par des relations d’échanges de service qui ne peuvent fonctionner que par le biais de la communication. Cette définition classique est remise en question par le système des mères porteuses, par celui de la fécondation in vitro ( FIV) et aussi par celui de l’adoption où la parenté et la filiation sont inexistantes.

Quel que soit son type, la famille est une nécessité pour l’humain, véritable groupe de socialisation, elle est le lieu de protection maximale construit à cause de l’inachèvement du petit d’homme, lieu de rivalités aussi où se fabriquent le corps et le temps humain.

Tout groupe, pour durer de manière satisfaisante et efficace, adopte plus ou moins une organisation de communications. La famille en tant que groupe a une loi, un système de règles, un type de transmission d’un certain savoir et une volonté d’influence sur l’ensemble des relations sociales.

Le savoir familial est un agglomérat de valeurs et d’actions qui se présentent  comme l’expression de la vérité. La loi doit s’intérioriser dans les comportements tendant vers un modèle idéal. La notion d’éducation impose un processus de conduites notamment dans la reconnaissance de l’autorité parentale qui institue des limites et des interdits dont le respect de la règle autorise ou félicitations ou sanctions. La circulation des messages affectifs montre l’existence de liens.

La communication est fonction d’une organisation qui repose sur des critères tels :

  • La place d’un individu dans le réseau de communication : plus sa position est centrale, plus son rôle deviendra important.
  • La relation de sympathie ou d’antipathie.

Il existe deux principales formes de communication :

  • La communication verbale la plus courante,
  • La communication non verbale, ensemble de signes qui assurent une transmission de l’information en fonction de ses objectifs ; les signes sont issus de la culture, par exemple le froncement des sourcils, les diverses torsions de la bouche, le regard fuyant, les secousses de la tête pour ne citer que ceux-là. Le kip est sonore mais fait partie de la communication non verbale puisqu’il ne donne aucun argument discutable.

On ne peut pas ne pas communiquer, donc quand on ne veut pas communiquer on utilise des stratagèmes complexes pour réduire ou brouiller l’information.

Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation. Souvent l’information est secondaire et ne sert que de prétexte à définir la relation :  « Pourquoi maman proclame t-elle de cette manière, en ce moment, à Kevin cette chose là ? » Chose supposée en elle-même secondaire ou déjà connue du destinataire du message.

La réalité socio affective de la famille apparaît quand autour du personnage central choisi, les éléments positifs comme se montrer d’accord, accepter facilement, abonder dans le même sens, démontrent que la solidarité et l’estime constituent un socle inébranlable qui vont autoriser l’expression des sentiments  et des vœux, permettre de donner des opinions, de demander des informations. Tout ceci relève de la communication parfaite, sans tensions donc rare.

Il arrive qu’une pression s’exerce afin de faire adopter une idée à toute la famille chaque fois qu’elle est confrontée à un problème auquel personne ne peut apporter de solutions valables. Apparaissent des pôles d’influence envers celui qui s’y oppose par un accroissement d’informations dans sa direction, dans le but d’amenuiser sa résistance. Le seul fait que quelqu’un tienne solidement à son point de vue et développe d’une manière cohérente ses idées, modifie le rapport de communication. Il peut après insistance être rejeté, isolé en cas de grande solidarité des autres membres.

Si les membres ne sont pas suffisamment soudés on continuera de s’adresser à lui en tentant de le ramener. Celui qui est proche de la majorité ne sera pratiquement pas sollicité. L’enfant qui saisit cette nuance ira dans le sens où il tirera le plus grand bénéfice. Les parents s’imaginent que faute de vocabulaire, l’enfant ne comprend pas ce qui est dit à côté de lui ; c’est vrai qu’il ne peut le reformuler mais il en devine le sens à travers les séquences émotionnelles que traduisent les gestes accompagnant les mots.

Sans pouvoir exploiter cette perception, l’enfant sent en l’absence de certitude dans le détail que quelque chose se joue là  sans savoir ce dont il est question. Cette manière qu’a la famille de se taire en sa présence lui confirme l’existence d’un secret ; ce que  certaines familles ont par leur éducation appris à ignorer : le secret de famille.

La parole a un contenu informatif utilisé dans une perspective relationnelle et interactive. Le simple bonjour est une reconnaissance de l’existence de l’autre. A côté de cela existe une manière de dire conflictuelle qui déclenche des réactions émotives.

  • La parole paradoxale est une incompatibilité entre deux messages ; incompatibilité qui interdit de donner satisfaction à celui qui formule le paradoxe avec comme conséquence habituelle outre l’irritation, l’obligation de répondre paradoxalement à la parole paradoxale. La famille est incapable de débrouiller les nœuds de la communication. En voila un exemple : une mère dit : « Tu vas au tennis, tu dois t’alimenter un peu avant. Je t’ai mis un en-cas dans le réfrigérateur. Souviens-toi que tu ne dois pas manger froid. Je t’interdis de te servir de la cuisinière, c’est dangereux. »

Le blocage des échanges peut se faire à l’échelle intra psychique  (à l’intérieur de l’individu) et intra individuel ( entre les personnes) par des mécanismes classiques de dénégation ( refus d’entendre) de refoulement, d’oubli, de rationalisation.

Les effets destructeurs du déni débouchent sur une disqualification limitée ou à un aspect de la relation ou à une fonction ou à la définition d’un statut particulier. Par exemple un père veut démontrer à son fils qu’il conduit mieux que lui : la réponse de ce dernier peut être le sourire ou le silence signifiant qu’il refuse de s’enfermer  dans le débat, qu’il refuse la rivalité. Répondre serait le conforter dans ses pensées. Le déni est une menace du sentiment que l’autre a de sa propre valeur, de sa valeur comme personne existante.

L’identité elle-même est mise à rude épreuve, ce qui tend à provoquer une blessure narcissique. Le blocage des échanges se retrouve à l’échelle inter individuelle : rendre inintelligible un message menaçant en ajoutant une foule de considérations dispersées comme un brouillage radio, le rendre inutilisable en paraissant l’entendre mais dans un tout autre sens ou en ne comprenant pas l’allusion relationnelle, en s’attachant au contenu valorisé afin de gommer l’aspect relationnel menaçant, ou en indiquant qu’un autre membre est beaucoup plus menacé que soi par lui. Par exemple une mère jette à sa fille : « Tu es très belle avec ce vêtement mais il n’y a que les filles de rien qui sortent accoutrées de la sorte et chez moi il n’y en a pas. »

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