La panne sexuelle

Publié dans Le Progrès social n°2582 du 07/10/2006

La pudeur qui maintenait la bouche close des femmes s’agissant de la sexualité s’est quelque peu estompée avec la liberté de revendiquer le droit à la jouissance, l’orgasme. Aujourd’hui les moins de 30 ans parlent plus aisément du partenaire avec qui elles dorment que de celui qu’elles aiment. Comme si le sentiment amoureux était tombé en désuétude en regard du plaisir physique, charnel, mettant au même niveau les deux sexes dans une société où l’homme étalon affiche une virilité sans failles reconnue au nombre de ses conquêtes. Aucun blâme n’atteint l’homme à femmes approuvé par sa mère qui l’aide en la circonstance à justifier ses absences du foyer.

A l’intérieur des groupes d’hommes circulent des anecdotes de prouesses érotiques, de fréquence et de durée de rapports sexuels qui à l’analyse relèvent d’une vantardise ancestrale cautionnée par l’histoire du peuplement. Quand survient la panne sexuelle, l’effondrement de l’édifice érigé avec constance d‘une puissance à toute épreuve va entamer la belle assurance. Ce trouble de l’érection peut être passager ; il s’origine alors dans une défaillance identifiable et bénigne. Répétitif, pour mieux le comprendre il convient d’en étudier la fréquence, les circonstances  (avec l’épouse et/ ou avec la «  contrebande »), le lieu et ses caractéristiques. L’élimination des causes biologiques (hypertension, diabète, dépression, alcoolisme, cancer de la prostate) et médicamenteuses ( psychotrope, anti- dépresseur) permet d’explorer la personnalité et les facteurs favorisants.

La panne sexuelle ne provient pas d’un manque de désir, on la retrouve aussi chez ceux qui sont assujettis à un trop-plein inhibiteur. Dans le décours de la cinquantaine l’amenuisement de la vigueur y trouve un justificatif mais la force de l’âge et sa fougue ne sauraient l’accepter. Les premiers rapports sexuels sont suffisamment angoissants chez un homme jeune qui se pose la question du désir de sa partenaire et/ou la satisfaction obligée de ce désir. Mal assuré, n’ayant reçu aucun conseil dans ce domaine, la surprise de la première panne va le déstabiliser au point qu’il cherchera de l’aide du côté de l’alcool, la bière surtout, afin de pallier sa crainte sans savoir qu’il augmente le trouble malgré son effet désinhibiteur. Les filles jeunes à l’identique avalent de la bière afin de surmonter leur timidité et l’absence d’excitation.

La terreur de l’évidence après l’échec réitéré, donne lieu à des comportements jugés acceptables : la désertion du lit au profit d’une autre couche de plaisir. L’imaginaire aidant ; l’épouse croit à la réalité d’une maîtresse non démentie par la faiblesse de la défense. L’orgueil est sauf. Réussite ou échec, l’érection ne génère plus d’angoisse massive dès lors qu’elle s’ancre dans une croyance la justifiant. Les sorties nocturnes occasionnent un type de souffrance différent des conflits, des tensions et du rabaissement de la partenaire incrédule. Ce sont des signes d’accusation et de punition d’un état dont la responsabilité lui incombe. L’agressivité en lieu et place de la parole l’accable au point d’induire un système dialectique : plus la tension est grande, plus son  désir à elle s’effrite.

La panne sexuelle a ses causes. Le stress arrive en première position suivi des soucis financiers et des conflits professionnels. Ensuite s’échelonnent la déprime, la timidité, la fatigue, la jalousie. Cette dernière cause attise parfois le désir comme pour gommer la concurrence, ou l’éteint, la blessure narcissique étant trop douloureuse. Elle donne de toute façon à la sexualité une autre connotation.

S’il n’y a pas de profil-type d’hommes présentant des troubles de l’érection, il est à souligner que ceux issus d’une catégorie sociale plus élevée que la moyenne, ayant une activité intellectuelle soutenue, sont plus sujets à cette défaillance. Ils acceptent d’en parler plus souvent que d’autres enfermés dans les présupposés de jugements portés sur ce qui caractérise leur pouvoir de domination envers le sexe dit faible. Avalant du «  Bois bandé » en cachette, enduisant le membre viril de graisse de serpent, essayant d’obtenir du Viagra sans ordonnance médicale, ils utilisent les remèdes des désenvoûteurs. Cette chose secrète et aliénante les déporte dans la chambre des garçons ravis d’avoir leur père protecteur veillant sur leurs nuits profondes.

Néanmoins, la peur de l’échec est là en filigrane. La volonté d’atteindre à tout prix les objectifs visés qu’ils soient professionnels et /ou familiaux, la détermination d’une réussite sont mis à rude épreuve quand les embûches et les obstacles instillent un doute généralisé. L’insatisfaction fait vaciller le sentiment de puissance et l’estime de soi jusque dans les tréfonds de l’intime. L’anxiété est une donnée non négligeable qui modèle les postures. L’appréhension est une ennemie redoutée dans les cas précis tels la rencontre avec une fille jeune et hardie d’apparence gourmande, ou une femme assurée au-dessus de la condition sociale et intellectuelle. Parfois le malaise physique vole au secours de la panne : la turista retarde les ébats. Mieux vaut les crampes d’estomac et les vomissements à l’évidence d’une incapacité. « Le défaut d’entretien » a avoué quelqu’un interrogé sur une panne passagère : une image à l’instar d’un moteur qui s’emballe ou qui cale. A chacun son approche et sa vision de cette partie du corps qu’il traite à sa guise.

Les femmes souffrent-elles de ce trouble qui se qualifie autrement ? Pour elles il n’est question que d’absence de désir et de diminution de la libido. Le « faire semblant » perdure encore. L’acceptation du rapport sexuel correspond au maintien de l’harmonie dans le couple ou à une volonté de faire plaisir à l’autre sans recherche de satisfaction personnelle. Souvent passagère cette situation n’est pas vécue comme un désastre comme pour la gent masculine. Elles l’évoquent peu comme un problème rémanent et n’en font pas l’objet d’une demande  de consultation psychologique ne lui accordant pas une priorité. Rarement elles se décident à dire leur indifférence et leur absence de plaisir. Ce n’est que le changement de partenaire et l’essai de partage des émotions qui motivent une démarche en ce sens.

La tendance à les accuser d’être à l’origine de la panne masculine est une diversion bien connue et perpétrée chez les couples stériles. La femme toujours « bréhaigne » endosse la malédiction, érigeant un rempart autour d’un secret qui serait nuisible à son époux dès lors que dans l’imaginaire populaire, virilité et fertilité sont étroitement associées. Cependant une réaction en chaîne peut se produire : par exemple une attitude froide occasionnée par des conflits, de la violence, ou une attitude moqueuse après une insatisfaction déstabilise le partenaire à la recherche de réassurance. C’est de cette réassurance dont il aura besoin après l’échec. La femme détient les atouts importants qui l’aideront à  franchir le cap de la déception. Une banalisation à outrance provoque l’effet contraire : une évidence de gravité. En parler ensemble en mettant l’accent sur la pérennité d’un désir toujours vivace pour lui, de l’inaltérable sentiment ressenti malgré ce moment de faiblesse est un outil tactique qui désamorce l’angoisse. Ajouté à cela, lui démontrer que la pénétration n’est pas l’unique moyen d’échanges amoureux, en s’attardant sur les préliminaires,

les agacements, les mises en appétit qui vont réinstaller une confiance enfuie.

Lorsque la panne dure, les soins appropriés consistent chez le psychothérapeute à travailler la problématique de l’échec, à apprendre à gérer une anxiété immobilisante.

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