Anthropologie du deuil

Chaque société à sa manière, de façon plus ou moins visible, organise le passage d’un état à un autre état en s’aidant de rites. Les plus importants sont les rites de naissance, les rites d’adolescence et ls rites de mort. Les rites d’adolescence que l’on observe encore dans les sociétés traditionnelles se retrouvent dans la modernité sous forme de comportements initiatiques (tatouages, ordalie, biture ou ivresse festive.)

Les rites funéraires célèbrent le passage d’un monde antérieur à un monde nouveau, celui des vivants à celui des morts, ce qui implique le franchissement d’un seuil. Parler de seuil c’est induire qu’une difficulté est possible, qu’un obstacle est à surmonter avant de s’agréger au monde invisible et de l’inconnu qui relève du sacré.

Qu’est-ce qu’un rite ? C’est un acte déterminé, codifié, accepté culturellement dont use un groupe lors d’un évènement donné :il est répétitif mais peut subir quelques modifications dues à des variations dans les coutumes. La culture ne saurait être figée. Par exemple le rituel des fiançailles a totalement disparu depuis une cinquantaine d’années. Sa pratique ferait sourire les amoureux très éloignés de la représentation du mariage d’antan. Les rites funéraires participent à l’élaboration du deuil : ils comprennent les rites de purification, les rites de marge, les rites d’agrégation et les rites d’expulsion.

La représentation de la mort s’ancre dans deux théories qui coexistent et se juxtaposent.

  • La mort est inscrite dans l’humain depuis le jour de sa naissance, elle est décidée par l’éternel. On ne meurt pas avant son heure. La mort est donc destin. Elle demeure un mystère, nul ne sait quand et où elle surviendra.
  • L’individu peut mourir avant son heure par décision d’un malfaiteur, accident provoqué, empoisonnement, maladie voyée. L’homme interfère dans les projets de Dieu et les contrecarre. Le maléfique prend le pas sur le divin. L’une et l’autre thèse sont ancrées chez le même antillais. En cas de mort maléfique, le défunt erre sur terre attendant le jour de son jugement dernier. Le royaume de l’au-delà tient rigoureusement ses comptes. Personne n’y pénètre avant son tour. La victime tombe sous le coup d’une double injustice : quitter la vie avant décision divine et attendre sur terre en étant invisible.
  • La mort précoce d’un enfant en avance sur son âge réel, ayant des aptitudes naturelles d’une logique acquise s’explique par le fait que le paradis ouvre tôt ses portes aux gens intelligents. Cette explication est à rechercher dans la punition de l’effet de fascination. « Trop beau, trop intelligent pour rester sur terre. » comme dans la mythologie grecque où Bellérophon simple mortel est terrassé par les Dieux pour avoir eu la prétention de se croire leur égal.
  • On peut échapper à la mort par miracle : l’arbitraire de Dieu n’a pour contingence que celle de l’histoire de l’homme, ce qu’elle moralise, ce qu’elle sanctifie, c’est l’intensité spirituelle de sa foi.

Avant, les personnes mourraient chez elles, et quand elles étaient hospitalisées, le corps agonisant était pris en charge par la famille à son domicile.

Le bain du corps engage le premier rite de purification. Il est confié à une femme âgée et experte qui en conserve l’eau dans une bassine sous le lit. Cette eau sera déversée dans la cour ou le jardin après le départ du cortège funéraire pour l’église. Le trépassé doit emmener ses dernières traces afin de n’être pas tenté de revenir. A la campagne, le corps mort était déposé par terre sur une bâche afin que l’âme trouve plus facilement le chemin du séjour des morts, situé sous terre. Parfois la maisonnée était appelée à l’enjamber : processus d’évacuation de la peur des cadavres. Qu’on se souvienne des personnes qui ne se déplaçaient d’une pièce à l’autre qu’en compagnie d’une autre personne. Au moindre bruit, le regard en arrière en disait long sur ce qu’elles redoutaient.

L’habitat s’incluait dans le rituel. La porte d’entrée se parait de rideaux aux coloris correspondant à l’âge et au statut social du défunt : violet pour les adultes, gris et blancs pour les plus jeunes. L’initiale du nom était apposée sur les bandes maintenant l’ouverture. A l’intérieur, les récipients d’eau étaient recouverts afin d’éviter que l’âme du mort ne s’y trempe. Tout vivant, ingérant l’eau considérée comme souillée s’exposait à la maladie jusqu’à aller rejoindre le trépassé dans les ténèbres. Les miroirs étaient voilés. Le voile correspond à la séparation d’avec le monde, prévention contre l’effet de fascination, mais aussi interdit du regret de la jouissance terrestre qui retiendrait le défunt en ce lieu. Une double explication relative au miroir voilé s’élabore dans le mythe de narcisse séduit par son image, et se noyant dans les eaux de la rivière. La niche était préparée pour recevoir dignement le cercueil où le mort exposé pouvait être vu par tout le monde.

La veillée nuit d’accompagnement de la parentèle, contient des rites d’expulsion et d’agrégation.Ces derniers procèdent de l’exaltation des sens. Le partage des aliments, le boire et le manger (la soupe du mort), élément de conservation de l’être sont un défi à la mort. Le boire notamment autorise cette perte du réel dans l’ivresse, une ivresse commune dans laquelle on associe le mort en lui glissant du rhum dans la bouche, lieu de jonction et de rencontre avec l’irréel. Absence de maîtrise des sens et du sens, perception floue et incertaine du corps matérialisé. Le corps ivre devient corps de dérive dans la volonté d’accompagner le défunt. Le boire procède aux retrouvailles avec l’objet perdu, le sein maternel, où l’humain redevient petit enfant, impuissant devant la mort, tel un nourrisson dépendant de sa nourrice. Ce stade de régression orale montre combien vie et mort sont indissociables. La nourriture, exemple même de convivialité permet la communion d’un groupe touché par le chagrin, réconfort collectif d’une société qui compatit à la douleur. « Manger le mort » remplit une fonction dans le partage des peines et aussi des rancœurs (malaise des héritages), puisque on mange ensemble pour ne pas s’entredévorer.

Durant ce rite de passage, la réclamation répétitive du « maître du mort » contient un rite de préservation de la santé. Hormis les liens d’appartenance, de filiation et d’amour que sous-tend cette dénomination, s’y adjoint la notion de responsabilité. Celui qui subit la perte, en répondant aux injonctions de toutes sortes, démontre une capacité à maîtriser ses sentiments au profit de la valeur/accueil. Il assure entièrement le bon déroulement du rituel par sa présence, honore l’assistance en remerciant chacun d’être là, fait montre de courage et de dignité.

En contrepartie, il est magnifié, glorifié à travers le rôle du personnage central qu’il devient, reconnu de tous. L’admiration vient de cette performance attendue : terrasser la souffrance jusqu’à l’enterrement ou la crémation. Une fois le corps parti, la tristesse peut advenir sous formes variées. La veillée et son animation festive est en inadéquation avec le lieu dramatique funèbre, par un phénomène d’inversion. L’organisation des jeux de mots, de devinettes, d’éloge du défunt, de jeux d’adresse et de lutte : les majors s’affrontent dans le sauvé vaillant, que le meilleur gagne, perdure à la campagne.

Les jeux de la veillée sont des jeux rituels. Le zizipan, jeu d’adresse qui utilise le bâton ou une pierre frappée en cadence soutenue sur le sol, peut écraser la main ou le pied qui passe dessous à rythme régulier quand l’adversaire accélère. Frapper le sol correspond à un rite d’appropriation comme le frappement des limites permettent l’agrégation du mort au monde de l’au-delà. La lutte, la compétition par exemple dans le choix du fiancé où le garçon tente de soulever une pierre très lourde, rappelle en filigrane la lutte pour le cadavre, mais aussi la primauté de la première fois retrouvée dans les sociétés antiques. Les premières fiançailles comptent plus que les autres quand on sait en quel discrédit tombait une fille dont les fiançailles étaient rompues. Les vivants ne veulent pas perdre que forcés l’un de leurs membres, car c’est là une diminution de la puissance sociale. La rivalité entre les deux mondes se décèle dans la ronde composée de femmes et d’hommes choisissant un partenaire par un baiser dérobé. La permanence de la ceinture brandie par un surveillant qui assène un coup au perdant du jeu qui doit céder sa place, est un rite maternel de séparation par rapport au monde antérieur. Frapper est équivalent à couper ou à briser, signifiant aussi l’expulsion du démon du corps.

Autour du cercueil, à l’intérieur de l’habitat sont les femmes qui disent la prière des morts : demande d’autorisation du franchissement du seuil au gardien/cerbère, jusqu’à épuisement du contenu des cahiers. A l’extérieur sont les hommes dont les sonorités de la voix s’entendent de loin. Contes, devinettes, chants, bruits de la pierre ou du bâton, applaudissements, la nuit s’emplit de vie.

Nulle défection de la parentèle omniprésente jusqu’au départ du cercueil. Les personnes se relaient soutenant les endeuillés. Le nombre de gens présent aux rites funéraire et aux enterrements, est un indice de l’importance sociale du défunt et de sa famille. Le mort non plus ne doit pas rester seul, ce qui signifierait un abandon de l’un et des autres. Que l’on se souvienne de la chapelle ardente sur les lieux de la catastrophe aérienne de Panama. Les familles qui s’y sont rendues après la fermeture du site apposaient leurs mains sur les murs extérieurs comme pour rappeler leur présence et le refus d’abandon.

Après l’enterrement, les neuf jours de prière de 18 à 20 heures dans la maison du mort, se succèdent jusqu’au vénéré. Chaque soir, une majorité de femmes s’installe dans le rituel sacré qui aidera le trépassé à se diriger vers l’au-delà. La prière terminée, on trinque ensemble, se donnant rendez-vous le lendemain. Le neuvième jour, (le vénéré), les chants, les danses, les battements du ka, le partage du repas (rites d’agrégation qui ont pour but de renouer avec les membres du groupe la chaîne qui s’est trouvée brisée par la disparition) célèbrent la délivrance. Le défunt a quitté le monde terrestre.

Durant cette période les personnes pouvaient rendre visite à l’endeuillé à toute heure de la journée juste pour lui tenir compagnie, évoquer des souvenirs communs, mais surtout exprimer leur indéfectible soutien dans la peine, la présence du mort se faisant parfois sentir par des craquements, ou par la perception d’ombres combien même la bougie allumée en permanence avait pour objectif de le tenir éloigné de la clarté de la lumière en contradiction d’avec l’ombre. Fin du vénéré, extinction de la bougie, le rituel d’expulsion doit fonctionner. Se dessine là une prise en charge du travail de deuil, d’abord dans la réalité de l’accompagnement puis dans la reconnaissance de la perte autorisant la peine et enfin dans le rituel du passage d’un départ apaisé, conjurant les difficultés. Car les morts ne sont pas morts, ils sont dotés de pouvoirs inouïs. Ils reviennent tourmenter les vivants quand le rituel n’est pas respecté. Une femme arrivant de l’étranger après que le couvercle ait été mis sur le cercueil, avait supplié de lui permettre une dernière caresse. Vivant au loin, elle n’avait pas vu sa mère depuis longtemps. Face à son désarroi on céda à sa requête. La nuit, les plaintes les lamentations de la mère ensevelie ont tenu en éveil tous les habitants du lieu. «Pourquoi avez-vous fait cela ? »disait la voix d’outre-tombe. Peur, crainte et culpabilité ont vu défiler un aéropage de gadé zafè, un pasteur et des prieuses.

Ne pas déranger, ne pas contrarier les dernières volontés et attendre quarante jours avant de se rendre sur la tombe, en corrélation avec la montée du christ au ciel. Les messes du neuvième jour, du quarantième jour, autorisent la distance. Les messes éternelles ne sont plus permises par l’église catholique en Guadeloupe. Une parade est trouvée, le prêtre de l’église de la rue de Tolbiac à Paris, accepte de dire sans fin la messe pour le repos de l’âme.

Le mort, celui dont les prières n’ont pas calmé les ardeurs, peut être persécuteur. Il sème la zizanie à cause du non-respect de sa dernière volonté. A son insu il participe à la destruction commanditée de personnes quand se glisse en catimini un parchemin vierge portant un nom, sous son corps dans le cercueil. Cette personne désignée subira les brûlures du feu de la maladie en relation avec la putréfaction du corps et son avancée. Le sorcier l’obligera à hanter une maison sans qu’il ne puisse opposer une quelconque résistance. Il peut aussi être protecteur. Sa présence invisible rappelle l’existence de canaux de communication entre les deux mondes. Il revient en rêve donner médicaments, avertissements et conseils. Ici les morts ne sont pas morts, ailleurs non plus, mais ailleurs ne s’en soucie pas à une très grande échelle.

La Toussaint assigne une place à chacun. Il est préférable d’aller sur le territoire de l’autre porter l’illumination. Rite de mort pour la paix des vivants, ce rituel après un délaissement généralisé fait sens aujourd’hui. D’abord la réfection des tombes, lavage, ravalement, peinture, avant le 1ernovembre, réactualisent les liens avec le mort. Le jour venu, autour des lumières sur les pierres tombales au cimetière, la rencontre de la parentèle, favorise les échanges en grande partie centrées sur l’appartenance et la filiation, les naissances et les décès. Les promesses de se revoir de cristalliser les retrouvailles sont des formes de politesse basées sur : la famille doit demeurer soudée (chokola a fanmi pa ni kras.) L’année d’après, les mêmes promesses seront formulées.

Avant on y faisait salon ; chacun sur son siège pendant que les enfants se poursuivaient parmi les tombes. C’était certaines fois le seul rendez-vous de l’année et son lot d’information à distiller. On s’arrête un instant à la croix jubilée, aidant l’âme errante des disparus à accéder à un peu de paix, bougie allumée à cette intention au pied de la croix.

Le descriptif des rites funéraires, démontre que le deuil apparaît comme un phénomène beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. C’est un état de marge pour les survivants, dans lequel ils entrent par un rite de séparation et d’où ils sortent par des rites de réintégration dans la société : rites de levée du deuil, levée de toutes les interdictions, de toutes les règles. Cette période de marge des vivants est la contrepartie de marge du mort. La fin de la première coïncide avec la fin de la seconde, c’est-à-dire avec l’agrégation du mort au monde des morts. Prenons pour exemple la neuvaine : neuf jours durée du voyage de l’âme errante du défunt, neuf jours de prières, et la fin de la neuvaine autorise les chants, les battements de tambour, l’agitation qui accompagnent l’âme dans son trajet vers sa tombe. Au jour du quarantième jour cette âme atteindra le monde de l’au-delà.

Dans les temps pas si reculés que cela, le deuil s’affichait, mettant la vie sociale en berne ou la suspendant de façon différente pour les femmes. Ensemble d’usages, de coutumes, de rites et de restrictions, être en deuil paraît le corps féminin de vêtements noirs durant trois ans. Puis le demi deuil allégeait la touffeur augmentée par la couleur. Une posture digne, visage triste, absence de maquillage, interdiction de réjouissances, pas d’aventure sexuelle ni de mariage, dans le respect des codes culturels, donnaient des indications à l’environnement qui en connaissait le sens. Ces marqueurs culturels dans un non-dit, facilitaient les échanges, signalant la fragilité et peut-être le besoin d’aide de l’endeuillée, oblitérait la solitude.

La levée du deuil parait le corps de couleur tendre avant le vif des couleurs et des tissus fleuris. Les sorties progressives autorisaient les rencontres. Le mariage avec la veuve du frère, gardait le nom de famille des enfants dans une continuité d’affiliation. Tandis que l’homme ne portait qu’un brassard noir, mis dans la poche à l’approche d’un beau minois. La durée de la tristesse au masculin mal définie, lui permettait sans subir de critiques, de prendre assez vite femme. Les indicateurs favorisaient l’entraide et la solidarité notamment dans le domaine professionnel ou l’excuse de la peine, de la fatigue, suscitaient l’indulgence de l’entourage. Ils établissaient une communication non verbale, instaurant le permis et l’interdit

Aujourd’hui, l’implantation des salons funéraires a modifié la relation à l’endeuillé. La mort n’est plus perçue en ville notamment comme un fait inéluctable depuis que la promesse d’éternelle jeunesse sous-tend ‘idée d’immortalité. Le manque d’espace où ériger des cimetières, le choix de l’incinération, la messe d’enterrement à 10 heures, le jardin du souvenir où déverser les cendres de l’urne ont bousculé l’accompagnement traditionnel mais n’ont pas changé fondamentalement les croyances désormais inavouables en raison du statut social. Ce qui a le plus manqué dans les nouveaux dispositifs a été le rituel de la veillée. La concurrence a mis à disposition dans les funérariums, un local afin que la soupe des morts soit partagée. Pas de sons de tambour, mais les chants alternés de prières et la musique enregistrée préférée du défunt, comblent l’assistance. L’éloge aussi et les témoignages racontant ses diverses implications sociales et affectives, sont des réponses culturelles à la perte, un peu tronquées, mais pourvoyeuses d’émotions. L’émotion étant la manière de négocier le rapport à soi, au monde et aux autres.

Les nouvelles conditions de vie obligent de s’accommoder aux technologies qui désormais régissent le quotidien. Les annonces d’obsèques commencent à s’afficher sur internet tenant compte du seul lien avec le mort, sans énoncer la parentèle dont on connaît l’importance et la susceptibilité. La veuve ravagée par le chagrin sera à l’écoute de la radio pour s’assurer que personne de sa famille n’a été omis. Dans le même ordre d’idée, elle s’étonnera de l’absence de certaines connaissances à l’enterrement malgré sa peine.

La fonction du rituel funéraire est de favoriser l’introspection, de procurer un apaisement en autorisant le groupe à vivre ensemble la même chose, ce qui cimente le rapprochement. Ce moment de compassion marque le début réel et nécessaire du deuil. Le bénéfice n’est pas seulement individuel, il pérennise le défunt dans la mémoire collective. Pour les proches, il leur offre la possibilité d’intégrer la séparation, de mettre en route le processus de deuil, de minimiser le sentiment d’abandon du fait d’être bien entouré.

De plus en plus, la mort devient un sujet tabou ; elle est aseptisée, mise à distance. Elle ne participe pas au projet médical et de reconstruction, elle est l’élue du futur transhumanisme. Elle commence à être entachée de honte au point de n’être pas annoncée dans les avis d’obsèques très écoutées ici et en France. Mourir dans le plus grand des secrets : pourquoi ? Parce que l’on a trahi la foi en l’éternelle jeunesse donc en l’immortalité ? Parce que l’on n’a pas à exposer sa faiblesse physique à la face du monde ? La mort cachée, non dite, est contrebalancée par le désir des entreprises de vouloir rendre hommage au défunt sur le lieu de travail.

La modernité s’est délestée des rites qui permettaient une communication et une compréhension à gérer l’absence et la perte. Les signes extérieurs ne sont plus les facilitateurs de la reconnaissance de l’épreuve, ils ont disparu. La raréfaction des veillées, est compensée par l’effort des funérariums à présenter la dépouille plus longtemps aux parents et amis, le partage de nourriture, les chants et les prières, et maintenant la reprise du déposer le mort, retour au funérarium après l’enterrement structurent le vide laissé par ce qui était une prise en charge traditionnelle harmonieuse dont on n’imaginait pas les bienfaits. Mais est-ce suffisant ? De plus en plus les demandes psychologiques concernant le deuil pathologique signalent le manque de repères qu’offrait le rituel dans l’acceptation de la mort et en même temps un refus pour soi de se penser mortel. Accepter la mort de l’autre permet de s’identifier et d’envisager l’inéluctable pour soi.

Fait à Saint-Claude, le 9 juin 2019

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