Adolescence : amour et sexualité

De l’enfance à l’âge adulte, les sociétés dans les temps anciens imposaient un ordre, un sens à ce qui paraissait transitoire, désordonné ou chaotique. Cette période, débutant à la puberté et se terminant vers 18 ans, est complexe dans le sens où interagissent des données d’ordre physiologique, psychologique, culturelle et sociale, en fonction des époques. L’avancée en modernité a porté un intérêt croissant à l’égard de l’adolescence, entre attente et suspicion, idéalisation et projection négative. Le statut d’adolescent est tributaire de sa représentation qui elle-même est influencée par l’avancée des technologies, la réalité sociale, auxquelles sont arrimés les comportements. L’adolescent actuel fait partie d’une génération transition. Il doit se situer entre trois appartenances géographiques (Antillais, Français, Européens.), entre deux systèmes de valeur : effacement de la vision collective de la vie au profit d’une vision de plus en plus individualiste, et entre deux civilisations ; celle des loisirs et de la consommation qui est en passe de remplacer celle du travail.

Un changement notable, récent, entre les générations, va obliger à un remaniement des postures et des interdits en fonction des attentes des uns et des autres. Le besoin de reconnaissance d’une identité propre, donc d’une indépendance, en même temps que la crainte de la séparation d’avec les parents peut donner lieu à un déchirement plus ou moins bien géré. Cela s’aperçoit jusque dans les attitudes lors de la rencontre avec le partenaire. L’âge du premier rapport sexuel est de 17 ans pour les filles comme pour les garçons. Le flirt qui est une posture adolescente, à l’observation, n’emprunte pas les mêmes gestes tendres (caresses, main tenue, baisers au grand jour, main enlaçant la taille) qu’en France par exemple. Le toucher se fait dans la bousculade, une approche du corps semblable à un léger heurt, mine de rien, à la manière d’un contact amical. La partie visible de l’émoi ne saurait s’exposer. Personne n’oserait afficher un flirt. Cela n’est pas acceptable. Cette conformité à des règles correspond à la désapprobation culturelle qui gomme la tendresse surtout chez le garçon, qui doit accepter son rôle de dominant : la tendresse étant assimilée à la faiblesse.

La sexualité de l’adolescente

Le corps est au centre de la problématique de ce passage d’un état à un autre. Quelques filles n’ont pas de rapports sexuels à 17 ans, la timidité, l’embarras du surpoids, le trouble anorexique qui agresse le corps en le privant de nourriture et de menstrues, justifient la peur d’être une femme en devenir. Mais pour certaines, en filigrane, rester une petite fille vierge réside dans la crainte de décevoir la mère et de s’en séparer. Lutter contre l’identification au premier objet d’amour sert à refouler l’existence d’une rivalité, une seconde fois révélée, la première se situant dans le temps d’enfance où la place auprès du père était enviée.

La première relation est désirée et redoutée car une des conditions, parfois non exprimée, est l’amour et l’attachement. L’exigence de fidélité ne souffre d’aucun manquement. D’autres banalisent l’acte en le dissociant de tout sentiment amoureux. Celles qui ont de nombreuses activités sexuelles qui sont des pratiques compulsives ou addictives, n’ont pas pour autant hissé cette liberté sexuelle au niveau d’une liberté psychique et ce comportement engendre de la déception voire du dégoût dans la durée, parce que la chute de l’objet d’amour (le père) au rang de partenaire coïncide avec les formes primitives de l’angoisse féminine, avec l’angoisse de la perte. Quand surgissent des difficultés de l’ordre de la frigidité, du vaginisme, ces perturbateurs autant que la difficulté d’une gêne de la pénétration déroutent. La douleur renvoie à la terreur de ne pas être à la hauteur, la peur d’avoir mal ou de souffrir correspond à la peur d’être abandonnée. Ces tracas sexuels prennent la place d’un symptôme.

La tranche d’âge des 17 ans a un taux d’avortement de 14,6%. Encore trop élevé surtout que la pilule du lendemain est accessible sans autorisation parentale. La contraception est très peu envisagée dans la mesure où il est malaisé d’exiger du partenaire un préservatif, et en avoir soi-même dans son sac c’est risquer d’être taxée d’effronté. Dans l’imaginaire collectif, l’initiative sexuelle doit venir du garçon. Aborder le sujet du désir et la possibilité de l’acte dans une discussion avec la mère n’est même pas pensable, à fortiori avoir comme perspective un accompagnement au planning familial ou chez la gynécologue. Puis la conduite ordalique, celle où affronter le danger et en réchapper est un défi qui donne assise à l’assurance d’être protégée par Dieu donc par le père. La soumission aux dogmes religieux étant en diminution, l’impact de l’interdit de la contraception est de ce côté à minima. Une des réponses gît dans ce souhait inconscient de castrer par l’annulation de la virilité du partenaire. Ta puissance sexuelle est démontrée, mais tu n’en jouiras pas car je l’annule à mon gré.

La grossesse à l’adolescence met en marge de la scolarité, crée un enfermement au sein de la maison familiale, supprime les projets d’avenir. Elle peut faire partie d’un plan secret. Souvent, ces jeunes futures mères ne sont pas en situation de faire une différence entre désir de grossesse et désir d’enfant. Se sentant mal aimées, en retrait d’affection parentale et surtout maternelle, elles font le choix d’exister à travers un statut social gratifiant espérant une possibilité d’insertion d’autant plus que l’apprentissage scolaire n’était pas très investi. Avoir de l’amour à en revendre, donner ce qu’elles n’ont pas reçu, réparer le mal du délaissement, être regardées autrement. Enfin une occasion trouvée pour s’assurer que le corps fonctionne en se projetant dans l’avenir comme mère d’enfant. Mais l’enfant sera pris en charge par les mères qui ne s’inquièteront pas de l’existence du géniteur, fantôme dénié de tout droit, dont la famille informée ou non n’essaiera pas d’inscrire le nouveau-né dans une lignée paternelle. L’enfant appartient à la jeune mère. Le nourrisson n’a qu’un parent qui retournera à l’école sans vraiment parvenir à s’intégrer vu sa différence de statut. L’adolescente a franchi désormais le cap du monde des adultes.

 Le déni de grossesse est une complication qui nécessite une attention particulière et fait courir un risque au bébé après l’accouchement. Le ventre bandé, les vêtements de plus en plus amples, n’accrochent pas le regard des environnements. L’abandon n’est pas pensable dans un pays si petit où tout le monde se connaît.

La sexualité de l’adolescent

Les timides regardent les copains passer d’une fille l’autre avec une pointe d’envie et pour masquer leur hésitation, ils affichent, gommant le doute de soi et l’effarouchement de ne pas être à la hauteur, leur dédain en murmurant : « Les filles je m’en fiche, je veux d’abord réussir. » Les coureurs de jupon ont un grand besoin d’affirmation de soi à travers leur identité sexuelle, combien même ils sont quelquefois taraudés par le doute. Le don juanisme demeure la recherche du double dans le refus d’une homosexualité inconsciente. Une ligne de démarcation sépare les catégories sociales dans l’approche du corps de fille. Dans les milieux défavorisés où l’échec scolaire vient signifier le non-accès à certains plaisirs, la crainte de ne pas être apprécié autorise l’utilisation du corps de fille comme une chose. Le sarcasme s’entend dans ces mots :« je viens, je me sers, je m’en vais. »  Ils prouvent leur existence dans un essai de domination d’une société qui ne leur accorde aucune considération. Dans les mondes séparés, les attitudes ne sont pas intégrées de la même manière. La séduction représente un appel à l’acte et le nonprononcé n’est pas entendu au sens de compris. La chose commencée doit être achevée. L’étonnement et la non-acceptation de l’accusation de viol devraient faire l’objet d’informations ciblées.

L’homosexualité dans cette période de transition est à distinguer entre fantasmes, désirs et pratiques. Pour les filles comme pour les garçons c’est un temps d’investissement de l’autre semblable dans une relation qui sert le narcissisme. Les fantasmes conduisent à des relations ponctuelles mais suivent la voie de la sublimation prenant la forme de l’amitié. La relation est qualifiée de consensuelle pour les filles qui dorment dans le même lit, se promènent bras dessus bras dessous, La découverte de la féminité naissante est souvent une étape pour l’hétérosexualité. Le choix homosexuel n’est pas définitif non plus chez les garçons dont quelques expériences aident à se retrouver soi-même à travers l’autre, c’est une valeur structurante dans la crise d’identité et d’identification. L’ami joue le rôle du double narcissique portant l’idéal du moi et contribue à un sentiment d’unité psychique.

La pornographie

Banalisée depuis quelques années après les scandales de jeunes filles sur les sites comme les actrices X dans des postures relevant de l’exhibitionnisme face à un copain voyeur, caméra au poing, elle est peu évoquée. Aujourd’hui la technologie n’a pas besoin d’un tiers pour se mettre en scène sur le net. C’est cette nécessité d’être regardée par le père, d’être prise en considération dans sa féminité même, qui décide de l’accès de l’image de soi, comme objet possible de désir. Tout se passe comme si en ce moment délicat, la fille devait pour s’incarner, tomber sous le regard du père ni trop indifférent, ni trop appuyé, car la position d’un père séducteur actualise de façon intolérable la tentation incestueuse. Le sens de cette exhibition publique c’est d’attirer l’attention du père non pas pour en tirer profit narcissique, mais dans un but masochique : la crainte et l’attente en même temps de recevoir une punition.

Les adolescents visualisent énormément les sites pornographiques dans un souci d’apprentissage de performances en l’absence d’éducation sexuelle. Ils s’en servent comme modèle sans se rendre compte de la superficialité de ce qui leur est donné à voir. Leurs parents allaient au cinéma se projeter dans des scènes d’amour où romantisme et perversion hantaient leurs rêves. Stars Wars et les mangas aux allures guerrières les entraînent dans un autre univers. Le film : « Sexe, amour, jeunesse » porte interrogation sur l’absence d’éducation sexuelle à l’école qu’ils compensent de façon non satisfaisante en l’évoquant entre eux. Ils croient qu’il existe une différence entre sexe et amour et que l’acte sexuel est plus facile sous l’emprise de l’alcool. Ils connaissent le risque d’une relation non protégée. Ils changent plus souvent de partenaires que leurs aînés. Ne connaissent pas la loi sur la sexualité et ses interdits.

D’une façon générale, filles et garçons ne s’autorisent pas à discuter de leurs relations sexuelles avec leurs parents, mais leur parlent de l’amour naissant avec une certaine aisance.

Fait à Saint-Claude, le 15/09/2020

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