Meilleure année 2009

Publié dans Le Progrès social n°2698 du 10/01/2009

L’éternel recommencement des ans ne devrait pas ramener au goût du jour les mêmes sujets non traités. En général un conflit trouve sa solution après négociation des parties en présence quand bien même le désaccord n’est pas tout à fait liquidé. Un compromis provisoire ou durable est établi et au fil des mois l’élaboration d’un projet satisfaisant éradique le problème. L’année 2008 a encore été marquée par les opérations escargots dirigées par les transporteurs, des véhicules bloqués sur les routes des heures durant, des barrages insurmontables. La raison de cette grogne n’a pas changé d’objet depuis quarante ans ( sans exagération.) Des personnes ont eu le temps de naître et de mourir à dater de cette confusion relative à une organisation, un remaniement, une modernisation ou une joute rituelle biannuelle entre syndicat et instance politique. Toujours est-il que les rues sont le spectacle de transports à l’identique, équipés peu ou prou de ceinture de sécurité, s’arrêtant où bon leur semble malgré quelques abris bus. Une note nouvelle : ils essaient de respecter les horaires et appliquent un tarif, le même pour tous. A l’incompréhension de l’organisation est venue s’ajouter au mois de décembre une demande de baisse du prix du carburant. La légitimité, après la Guyane, de vouloir l’obtention d’une diminution  du coût du produit nécessaire à leur activité, le temps de la décision du ministre concerné, a durant trois jours arrêté la circulation. Une première grève des gérants des stations service exigeant la répercussion des fluctuations du prix du baril de pétrole à la pompe n’a pas eu le résultat escompté. Certaines revendications restent lettre morte jusqu’à une nouvelle conjecture. Cette colère du mois de décembre a réussi pour trois mois à réduire le coût du carburant, dont le bénéfice a profité aux particuliers.  Et l’après ? Pour en revenir à la circulation, la fluidité de la route et l’abaissement du taux de pollution, ont fait germer l’idée que la voie maritime serait  une solution appropriée : un gain de temps ajouté à une réduction du stress pour les usagers. Des voix moins honorables ont dit que le tramway ferait aussi l’affaire : les rails flirtant avec les cocotiers, une originalité vu la superficie de l’île. Les suggestions n’ont pas donné lieu à exécution de projets. La mer à perte de vue reste sous utilisée. Les véhicules continuent à participer aux encombrements quotidiens, parfois deux ou trois par ménage, la compagnie des transports étant inexistante. La réflexion à propos d’un système incapable d’être soumis à réglementation, cache l’hypocrisie d’un fait économique : la vente de voitures neuves et d’occasion. Sont déversées sur le marché de l’occasion de nombreuses voitures participant au commerce florissant d’industriels français et étrangers. La concurrence jette en pâture des propositions alléchantes : détaxe ou prix identique à celui de France, cadeaux de portefeuille, paiement retardé. Les constructeurs d’automobile avec la récession ferment des ateliers : une conséquence de la diminution du pouvoir d’achat. Le consommateur possède un atout majeur, celui de voter et d’ajouter sa voix au chapitre des décisions des élus. Il peut créer un collectif et exprimer ses besoins ou sa désapprobation. Cependant l’effort d’avoir mis son bulletin dans l’urne au moment de l’élection, d’avoir obtenu que son candidat soit élu, lui donne le droit de patauger dans la passivité. Il «  babille » là où personne ne l’entend, jetant sa désapprobation dans les oreilles complaisantes, ne dépensant aucune énergie épistolaire. Il attend les prochains débats électoraux et la présentation des urnes.

Les évènements les plus marquants sont ceux qui génèrent du déplaisir. Comme si le bonheur et le bien-être étaient dus. La grande déception vient du théâtre politique.  D’abord les choses promises et oubliées telles l’emploi des jeunes, l’augmentation du pouvoir d’achat. Il ne fallait pas axer une campagne pour se faire élire sur ces thèmes. S’entendre dire que les caisses de l’Etat sont vides et qu’il appartient aux industriels la responsabilité de retenir la désespérance des moins de 25 ans en offrant de l’embauche, est une parole à haut risque. Les réformes s’acharnent à grappiller des euros sur le dos des non nantis. Le passage au crible des allocations et l’échelonnement de leur réduction, l’examen des avantages acquis des familles de trois enfants, une chasse aux sorcières du travail au noir, semblent en décalage avec les dons distribués à d’autres et surtout à soi-même : charité bien ordonnée…..La récession économique dont il ne fallait pas avoir peur, car elle ne toucherait pas la France, n’est-ce pas, déploie son spectre sur l’avenir. Depuis 1959, le panier de la ménagère n’avait été aussi léger et Noël a pris des allures de cauchemars pour certains. Sûr que la nuit de la nativité en palace est une affaire de riche qui de surcroît le crie sur les toits. Le mauvais temps a emporté dans l’au-delà des sans abris. Au pays de la liberté, des pauvres ont envahi un stade et demandent au maire de Paris le droit d’asile. Des lois d’une rare dureté renient ce qui reste d’humanité en chacun : enfermer à vie dans des hôpitaux/ prisons les auteurs d’agression sexuelle, mettre en geôle depuis l’âge de 12 ans, surveiller, punir, sanctionner. Le respect des règles morales n’est pas partageable. Le choix du pouvoir suprême peut être de tolérance, de solidarité, de volonté de cohésion sociale. Cette décision n’appartient qu’aux gouvernants qui ont la possibilité d’écouter battre le cœur du peuple qui les a désigné comme personnes capables d’actionner les leviers de son devenir. Faudrait-il encore qu’ils se mettent à son niveau et sachent comprendre ses modes d’expression. Cela a été possible avant : avant d’avoir conscience d’être au-dessus du commun des mortels. Cela ne l’est plus maintenant. Peut-on encore ignorer que les barrières fomentent le désamour, que la distance est vécue comme méprisante et que les frustrations sont longues à disparaître ? L’année 2008 a emmené par vagues les contradictions politiques, les guerres intestines des partis, les mesquineries et les coups bas qui ne sont pas dignes d’adultes représentant des personnes morales. Les modèles se sont effrités sans aucune retenue donnant libre cours à leurs émotions et perdant de leur crédibilité.. Une année de déclin politique, de déclin financier, de déclin social. Une conjonction de ratés sur beaucoup de plan. Les sportifs, comme s’ils étaient entrés en morosité, n’ont pas atteint la gloire escomptée. En majorité, ils ont manqué le rendez-vous en Chine, le désir émoussé. L’envie de gagner, de conquérir des records, ne s’est pas ressenti dans les attitudes.

L’an 2009 gommera certainement les déceptions. En cas de disette les volontés s’éveillent, dit-on. Même si le ventre creux n’incite pas à l’effort.

Un refrain heureux : celui des gwada boys a bercé les espoirs et les illusions. Cette équipe de football amateur a démontré que son talent n’était pas du au hasard et qu’elle était prête à relever des défis. Elle avance  peu soucieuse des critiques déstabilisantes, en ne tenant compte que des encouragements et du plaisir de jouer. Parce que la vie se nourrit de cette vérité : édifier de grands travaux sans se prendre au sérieux. La réussite est à ce prix.

Les économistes à l’unanimité annoncent une dépression financière, une récession, qui mettra l’année 2009 en difficulté. La crise ne cédera qu’à la fin des douze mois à venir. Ressérer la ceinture d’un cran, économiser l’énergie, ménager l’eau, éviter d’augmenter la pollution, se repaître d’écologie, sont des mesures nécessaires à la survie. Les exemples viennent d’en haut, et s’il n’est pas démontré que tout le monde est concerné, la population la plus démunie, se sentant délaissée, se préoccupera peu de ces principes restrictifs en ajout à ses privations.

Adieu 2008, année de déception et de crise. 2009 est déjà sertie d’appréhension mais au moins chacun est averti. Se préparer au mieux est un souhait formulé.

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