Le crève-cœur

Une manifestation de patients devant le CHU de Pointe-à-Pitre dont l’objectif est de mettre l’accent sur une situation insupportable, déclenche dans l’après-midi une conférence de presse de la direction de l’hôpital, accompagnée de la présidente du comité d’établissement (CME), du chef de pôle des urgences et d’un cardiologue. Ces personnes rassemblées, en position d’alerte, veulent obtenir des réponses s’agissant de la fermeture des urgences cardiologiques. Cette fermeture a été décidé parce que la docteure Mona HEDREVILLE cardiologue reconnue et réputée est seule à occuper le poste et en cas d’absence ou de défection, personne ne peut en assurer l’ouverture. Voilà ce qu’a dit le directeur général. Cet argument ne s’inscrit dans aucune logique acceptable : il est proposé comme unique code de lecture. La population aurait aimé qu’une justification plus crédible (économique, stratégique, culturelle, politique) vienne étayer cet acte décisionnel.

La création des urgences cardiologiques

La parcimonie des investissements en matière hospitalière n’a pas empêché la mise en place des urgences cardiologiques. C’est dire que cela correspondait, au constat, de l’état de santé d’une population à risques dont les maladies cardiovasculaires atteignent un taux supérieur à celui de la France. Edifier une structure n’est possible qu’après une évaluation stricte des besoins, de l’étude du rapport perte/bénéfice. La consultation cardiologique d’urgence (CCU) admet tous les patients suspects d’une affection cardiovasculaire qui nécessitent une prise en charge urgente, qu’ils soient adressés par leur médecin référent, un médecin urgentiste ou le SAMU ou qu’ils se présentent d’eux-mêmes. Une trouée de bonheur pour celui en proie à l’angoisse de mort, (le cœur qui s’affole génère de l’angoisse) assuré d’être reçu rapidement sans avoir à attendre des heures durant dans cette salle des urgences ordinaires où on rentre sans certitude d’en sortir six ou sept heures après. Une étape majeure venait d’être franchie en Guadeloupe. Ses objectifs mesurables prirent une part considérable dans le panorama d’une organisation planifiée d’où émergea la notion de recherche/action. L’innovation, et l’utilisation des nouvelles technologies ont donné lieu à des félicitations appuyées de la part du Directeur Général l’an dernier. Il a mis en relief la gouvernance novatrice, soulignant l’implication de l’équipe et de sa tête de proue, démontrant leur engagement vers le développement d’une future forme de soins.

Le 15 Octobre 2019 écrit le commentateur de la Région, « la télémédecine est une réalité en Guadeloupe. Des consultations à distance sont réalisées régulièrement par le Docteur Mona HEDREVILLE. Cette cardiologue diplômée au niveau national en télémédecine est la référente pour la télémédecine cardiologique aux urgences du CHUG et au GCS e-santé Archipel 971. Elle pilote avec toute l’équipe du GCS e-Santé Archipel et l’équipe TER 2 Blouses ES de Marie-Galante une technologie très innovante et utile pour notre population, d’autant plus utile dans le contexte sanitaire actuel.

La télé écho graphie robotisée cardiaque permet de lutter contre l’insuffisance cardiaque un problème de santé majeur en Guadeloupe. 49% des urgences cardiologique sont des insuffisances cardiaques, études PICASSAU, HEDREVILLE et al (2014). Le robot de télé-échographie financé par l’ARS et le GCS e-Santé Archipel 971 est actuellement en place au centre hospitalier de Marie-galante. Il permet de prévenir les complications en évitant des déplacements pénibles pour le patient et coûteux pour l’Assurance maladie. (C’est moi qui souligne.) Ce dispositif pourrait être déployé sur l’ensemble de l’archipel pour la cardiologie, mais aussi pour d’autres disciplines.

Par ailleurs, il pourrait enrichir la coopération médicale avec nos voisins de la Caraïbe » Démonstration est faite que l’esprit novateur du fonctionnement de ce service contribue à produire de l’intelligence collective. L’éducation à la santé consiste à accompagner le patient dans la gestion de son mal, à mieux le comprendre, l’identifier, à dépasser sa peur. Mona HEDREVILLE participe à la création d’une société apprenante. Enfin, cette approche cognitive formidablement aidée par les technologies de la communication, s’applique à dépasser les niveaux individuels pour pénétrer ceux qui relèvent du collectif : c’est ainsi une source de recherche et d’expérimentation. Elle est la référence. Une file active de 1.200 personnes rassurées de savoir de n’être pas qu’un dossier, un numéro. Elle les connaît tous, disent-ils. Ce n’est pas seulement aux individus de s’adapter à l’organisation, celle-ci doit aussi modifier ses structures formelles pour aller à la rencontre de personnes, créer des conditions pour accroître leur motivation, satisfaire leur besoin en matière de santé. Cette cardiologue réfléchit en permanence à des stratégies afin d’éviter que le patient ne meure. Sauver le maximum de vie : tel est son objectif.

Les impensables conduites

Une vidéo montre le déménagement d’un local et un essai de résistance au CHU de Pointe-à-Pitre. On apprend plus tard qu’il s’agit d’un espace dédié au docteure Mona HEDREVILLE. A se croire dans un pays du quart-monde où la bataille pour une parcelle de quoi que ce soit relève de la vie ou de la mort. Comment est-ce possible ? A quoi cela correspond-t-il ? A une lutte des pouvoirs, à une action sur l’individu, les outils, les valeurs ? Certes à ce moment précis, ce qui se donne à voir est une négation de l’amélioration des conditions de travail, (réduire la pénibilité, développer un sentiment de réalisation de soi) en place et lieu de favoriser l’efficacité, la qualité.

L’option adoptée d’une guerre pour la reprise du territoire, n’est pas sans évoquer la crainte d’être relégué au second plan. Être moins connu et moins reconnu. Le travail se déroule dans le cadre d’une organisation qui définit des rôles, des statuts, des échanges. Ces notions renvoient à des aspects que l’on peut qualifier de fonctionnels (les tâches à réaliser) autant qu’à des aspects relationnels psychosociaux (les interactions entre les membres d’une structure qu’elles soient ou non liées explicitement à la réalisation des tâches.)

Des formes d’agressivité peuvent voir le jour quand une personnalité émerge du lot et met en danger l’omnipotence de celui qui se sent menacé. Cette personnalité devient un introject c’est-à-dire un mauvais objet interne qui persécute. Par projection, comme il est persécuteur il mérite d’être persécuté à son tour. Eloignée quelques temps par la distance d’une migration aux eaux marines., le retour ne saurait être accepté de gaité de cœur. Une note écrite informe les soignants de la fermeture du service des urgences cardiologiques sans en dévoiler la raison, laissant les deux infirmières dans l’attente d’une affectation du dernier moment. Ce sont là des comportements à proscrire générateurs de stress ajouté au stress d’il y a trois ans lors de l’incendie où tout le personnel était qualifié de sauveur. La validité et la permanence d’un tel comportement sans négociation ou reproches explicatifs s’apparentent elles à des routines défensives touchant aux relations de pouvoir, à l’identité des groupes et des personnes ? Pour les déceler, il faut se livrer à un véritable état des lieux, une quête de vérité. L’appel d’intervenants extérieurs peut s’avérer utile, voire indispensable. Comment interpréter l’arrêt de la connexion de la télé médecine sans crier gare ? Un individu comme un système, apprend d’abord lorsqu’il parvient à détecter ses erreurs, mais surtout lorsqu’il cherche à remédier à la situation. Encore faudrait-il qu’il le décide ! On peut encore se demander comment les erreurs répétées sont possible au sein d’un système. Pourquoi les instances médicales ne se lancent elles pas dans la protestation par rapport à des dysfonctionnements avérés et identifiés ?

L’innovation peut signifier pour certains la fin d’un territoire, d’une identité, d’un savoir-faire sans équivalent et que les routines protègent. Elles peuvent empêcher la découverte de nouvelles solutions. Le monde médical s’ingénie à vanter les bienfaits de la télémédecine et son application dans tous les domaines de soins. Cependant cette fermeture des urgences cardiologiques est en train de démontrer le contraire. Est-il possible de faire marche arrière ? D’admettre qu’à cette crise sanitaire ne peuvent s’ajouter les états de panique qui donnent l’impression que le cœur va sortir de la cage thoracique, et se dire qu’au moins il y aura une prise en charge rassurante dans le service créé pour une telle situation ? Il doit bien exister des hiérarchies capables d’aborder les questions de pertinence des choix et de leur cohérence.au regard du démantèlement d’une structure, dans un pays où il est si difficile d’obtenir l’excellence dans son domaine d’intervention.

Les débats sont à construire. Ils s’intègrent dans des mécanismes d’élaboration permanente. A condition de dépasser les conflits de pouvoir et de leur substituer des débats scientifiques et méthodologiques.

Fait à Saint-Claude le 20 décembre 2020

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3 réactions sur “ Le crève-cœur ”

  1. Dulac judy Réponse

    Bravo pour le courage f oser dénoncer et reconnaître la valeur d un service et d une équipe responsable et surtout consciente de l interet de ce service cardio urgence qui avait et qui aura certainement l ambition le courage et la volonté de sauver des vies en Guadeloupe pakonet move

  2. MAKAÏA Michelle Réponse

    Bonjour à vous.
    J’ai rencontré deux hommes à la plage de Babin et ils se racontaient comment ils avaient été prises en charge par cette urgence.
    J’ai vu ce medecin, Mme Hedreville, « mouiller sa chemise », en initiant sur la place Gerty Archimede, des activités sportives pour expliquer les bienfaits du sport et du bien manger.
    C’est trop difficile, pour tous mais surtout pour nous FEMMES, d’être confrontés à des problèmes sur son lieu de travail, cela a des répercussions sur la santé mais aussi sur la vie de tous ceux qui vous aiment. Il y a déjà suffisamment de problèmes dans ce Grand petit pays pour qu’on en crée pas d’autres. Merci de trouver une solution et merci à cette grande sœur Hélène, qui fut une collègue de ma soeur,; J’ai vu l’implication de ces professionnels des années 70…. Nos filles ont tant besoin de MODÈLES !

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