C’est la rentrée

Publié dans Le Progrès social n° 2527 du 03/09/2005

Une nouvelle année scolaire commence attendue par ceux dont les vacances ennuyeuses à la maison, seuls la plupart du temps, ont fait regretter l’animation des récréations, les échanges avec les copains qui ne manquent pas de raconter leur départ à l’étranger ou en France, leur déplacement dans la résidence secondaire parentale au bord de la mer au sable blanc. Ils décrivent sans vanité les sorties en bateau, les soirées de pêche reposantes, les réceptions barbecue, les « surpats » de jeunes privilégiés comme eux, sans réelle conscience de la différence de strates sociales.

La peau plus foncée par le soleil brûlant de la Grande-Terre, ils disent l’émoi de leur cœur juvénile pour la voisine adolescente, sans avouer les passages incessants devant sa maison, le temps passé dans la mer à lui parler puis à la contempler allongée à l’ombre pendant que la chaleur cuisante enfonçait des épines dans un crâne dont le corps figé à la même place bénéficiait de la fraîcheur des vagues. N’ayant pas encore le droit d’aller la rejoindre, alors ils montent la garde, ils la surveillent, attendant qu’elle revienne dans l’élément salé.

Ceux qui sont célibataires après une période de flirt, ceux qui n’ont rencontré personne, emprisonnés volontaires dans les immeubles à étage, arborent des sourires entendus, comme si leurs nombreuses conquêtes durant ces deux mois et demi, avaient dépassé le plafond de la crédulité. Discrets, ils ne parlent pas. Seuls les mots peuvent être qualifiés de mensongers, n’est-ce pas ?

L’institution scolaire n’est pas en reste. Sans mettre des habits neufs, elle s’est dotée de quelques postes supplémentaires d’enseignants, s’enorgueillit d’un nouveau recteur comme si l’ancien n’avait pas laissé d’empreintes marquantes.

De son temps il n’y a pas eu de réformes décidées par l’Education Nationale, qui cette année a mis l’accent sur l’accompagnement des enfants défavorisés (aide à la réussite) dont le plan d’ensemble paraît appréciable, bien que la dimension familiale ne soit pas suffisamment soulignée.

Comment apprendre correctement des leçons et les retenir quand la seule table disponible, celle sur laquelle on mange, est face à la télévision ouverte en permanence ? Des salles d’études sont-elles prévues avec des répétiteurs ? Et le ramassage scolaire après apprentissage ?

La pensée emplie par les rêves de nourriture combat la concentration. Des parents n’osent avouer leur impossibilité à payer la cantine. Pourquoi ne serait-elle pas gratuite en fonction des revenus ? Une aide peut être aussi une aide alimentaire. La gratuité selon la condition sociale ressemble trop au modèle communiste ? Que d’autres suggestions étayent le propos!

Une place importante est accordée dans les idées novatrices du Ministre de l’Education Nationale à l’amélioration des conditions de scolarisation des enfants handicapés. La société s’humanise à coups de décrets.

Les responsables d’établissements n’ont jamais refusé l’accès à la connaissance à l’enfance handicapée. Ce qui les refroidit c’est l’abaissement du niveau de la classe et le mécontentement des autres parents. Puis, il faut des aménagements, un personnel plus disponible et plus  nombreux. Il est vrai que dans leur formation, la perspective d’ouvrir les classes aux enfants ayant fréquentés les centres médico psycho pédagogique est inexploitée. Il suffirait de l’intégrer dans les programmes de l’IUFM. Tout le monde sait que la constitution des programmes est fonction des besoins en formation des enseignants. Reste à demander.

Mettre en présence des personnes différentes, admettre qu’elles se côtoient sans heurts, c’est inculquer des principes de tolérance. Une des valeurs de l’école, le respect d’autrui, se doit dès la tendre enfance, d’être le pivot autour duquel l’enseignement va s’ordonner. L’éducation civique servira plus tard à protéger l’enseignant lui-même et à le mettre à l’abri des incivilités en augmentation. Il récoltera les fruits de son travail.

La démarche pédagogique s’agissant d’un élève pas comme les autres, ayant toujours besoin d’avoir une bouteille d’eau et d’en boire durant les cours consiste, à lui demander d’expliquer ce qu’est la drépanocytose, les contraintes que cela requiert : occasion de parler d’une maladie peu connue et de mettre à l’aise l’enfant qui en est atteint. Dire en quoi sa fragilité et sa souffrance supputent ses chances d’acquérir les mêmes savoirs au même moment. Les enfants se moquent facilement, peu sensibles à la susceptibilité des infirmes ou des boiteux. Les choses expliquées les touchent  énormément ; ils sont volontaires dès lors, qui pour porter un sac trop lourd, qui pour prendre des nouvelles et en donner aux autres en cas d’absence.

Osons espérer que cette décision de réussite pour tous s’applique de manière immédiate et s’étende à tous les départements. Un facteur de réussite consiste à identifier autour de soi ce dont les livres scolaires font état. Des éléments de comparaison deviennent possible et améliorent en même temps la compréhension. Les élèves savent mieux la géologie de pays jamais visités que celle de la Guadeloupe, la valeur nutritive des aliments français que celle de l’igname ou du fouyapen. La culture générale, bastion des concours des grandes écoles (ENA, HEC etc…) ne saurait se cantonner aux évènements nationaux et internationaux, puisque la tendance aujourd’hui est de faire référence au sol natal, à la supposée origine ethnique.

La responsabilité de l’école est de promouvoir la recherche des enseignants dans des domaines tels l’environnement, la culture. Un très bel exemple en musicologie donne des résultats extraordinaires. Facteur d’épanouissement et de plaisir, il apporte des savoirs techniques et théoriques à des enfants ravis par les possibilités du KA et autres instruments utilisés par des groupes musicaux antillais. Le petit de huit ans après découverte des sons de cette manière, pourra se mettre au piano ou au violon et ingérer le solfège sans problèmes majeurs.

La préoccupation de la qualité de l’enseignement pour tous, ne saurait gommer la question de la sécurité des locaux. Le séisme du 21 novembre 2004 a révélé la faiblesse architecturale de quelques bâtiments. Quand bien même la parole administrative se voudrait rassurante, il y a-t-il un plan efficient d’évacuation rapide de la population scolaire ? Si ce plan existe, les adultes chargés de la vie des enfants ont-ils été informés ou formés aux gestes idoines et aux itinéraires recommandés afin de guider ceux dont ils ont la charge en lieu sûr? Mais pour ce faire, faudrait-il encore qu’ils aient appris à gérer leur stress et à ne pas céder à la panique.

Si l’Education Nationale ne s’est pas inquiétée de ces mesures, elle ne dépare pas le pays qui ne se croit pas obligé de continuer l’information limitée à la grande peur du mois de novembre dernier. Ignoré le risque sismique. Jetée aux orties la prévention des catastrophes naturelles. La négation du phénomène relève de l’inconscience ou de l’inconsistance à organiser un projet cohérent incluant les hôpitaux, les édifices publics, la circulation des véhicules.

C’est la rentrée. La maternelle ouvre ses portes à quelques-uns uns qui, pour la première fois, les franchissent avec le pouce à la bouche, curieux de découvrir la maîtresse qu’ils aimeront au bout de quelques temps. Pas le premier jour car le père accompagnateur serrant la petite main n’a pu retenir ses larmes. Dure est la séparation.

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