Les médias comme outils de réflexion

Publié dans Le Progrès social n°2685 du 04/10/2008

La radio, la télévision, la presse écrite, l’ordinateur, sont des organes d’information qui pénètrent la vie quotidienne. «  Radio bois patate », le bouche à oreille, donne couleur locale ( commentaires multiples), à ces infos reçus presque en direct de l’endroit où se passe l’évènement. Aujourd’hui, les pays étrangers sont à portée d’oreilles et de vue, devenus familiers, ils ne cessent de partager l’horreur de leurs guerres, leur famine, leur malchance. Rares sont les bonnes nouvelles susceptibles d’égayer l’humeur matinale des jours de labeur. La radio est un objet que n’a jamais détrôné l’arrivée de la télévision ; elle reçoit le premier geste de l’arrivant dans la salle de bain, accompagne les trajets en voiture, se huche sur l’armoire du bureau, s’assoit à l’ombre des cannes. Partout au travail, elle  trouve une place de choix, rappelant qu’à l’extérieur, la vie continue. Allumée en permanence dans la maison, elle renseigne la femme au foyer vaquant à ses occupations, au rythme des actualités. Plus limitée dans la réception des messages lointains, les réseaux  se cantonnent aux environs, la fréquence se focalise sur la région. La télévision qui améliore la qualité de l’image, ( elle restitue la perspective picturale comme si on y était ), s’assied à la table du repas du soir, ou contemple le plateau repas, obligeant à un immobilisme du corps. Elle montre des scènes de barbarie insoutenables qui sont avalées avec la viande, digérées aussitôt. Quand les stimuli sont trop forts ils ne provoquent aucune réaction : ils créent un état de sidération, de stupeur. La surprise naît de l’absence de sensationnel ; une journée sans tuerie, ni agression. Pour nombre de gens, elle se regarde en semaine, le soir, de manière plus tardive quand le débat fait rage. Ses multiples chaînent offre l’opportunité de suivre l’évolution politique, d’avoir l’illusion de se trouver dans la foule assemblée face à l’orateur, de vibrer à l’unisson malgré la distance. Ajouté à cela, la possibilité d’étancher sa soif ou de s’allonger jusqu’à l’enlisement dans le sommeil. Le téléviseur se multiplie en fonction de l’appétence à contempler. Le living-room, la chambre parentale, les chambres de fille et de garçon, reçoivent parfois la même chaîne au même moment. Les grands consommateurs, surtout de feuilleton, s’équipent et de canal satellite et du câble, de peur de rater une nouveauté. Les yeux collés à l’écran dévorent les détails au détriment de la parole prononcée. Une émission est bonne quand le ton est vif, les invités bien vêtus, l’animateur beau et plaisant. L’écoute se disperse au profit du regard. Souvent les commentaires vont bon train parce qu’un bout de phrase est à peine saisi et que la suite n’a pas été entendue. Quelques personnes laissent leur poste en marche le jour durant, coupant le son, créant une ambiance animée dans la pièce principale. L’impression d’une présence familière les sécurise. Le rituel évacue l’angoisse tapie au fond de l’inconscient. Les éléments du rite sont là comme dans les temps antiques : l’autel, les Dieux, les adorateurs. Ces nouveaux Dieux sont les présentateurs de journaux télévisés et de magazine. Ils servent de modèle de référence à une tranche d’âge en quête d’identification.

Le journal en papier se plie, se consulte au gré des activités. Il se glisse dans le sac ou l’attaché case, réapparaît lors des pauses ou de l’attente, meuble les heures creuses au travail. Il a parfois retardé la déprime des personnes enserrées dans une mise au placard avilissante. On y lit les choses banales, les faits divers sans importance et les autres qui seront filmés et commentés à la radio. L’intérêt des pronostics des courses, du programme télé, le témoignage de spectateurs, les interviews de spécialistes sur les phénomènes de société maintiennent de façon stable la vente du quotidien. Point de concurrence, le papier n’étant utilisé que pour l’hebdomadaire touchant une population engagée sur le plan des idées et attachée affectivement à un mode du dire. Le journal humoristique et sarcastique ramène au premier plan des vérités extirpées d’une analyse décapante que personne n’ose contester vu la forme de l’énoncé. La dérision s’axe sur la gent politique et les personnalités. Le début d’implantation de journaux locaux sur le net utilisé jusque là à seules fins publicitaires, de par leur gratuité, a le mérite de toucher un public jeune habitué à l’ordinateur. Les lecteurs de journaux électroniques, d’âge certain, parcourent depuis longtemps la presse européenne et internationale.

Les médias ont une mission princeps : celle d’informer en premier lieu. Cependant diffuser de l’information sans explications, sans commentaires ne saurait être satisfaisant. Le spécialiste est appelé à donner son point de vue, permettant un éclairage en direction du plus grand nombre. Il est le complément qui va rendre compréhensible une situation confuse ou ignorée. Du coup, le débat devient une nécessité, évitant les pièges d’une seule opinion à gober, à acquiescer. Mais la réalité du débat contradictoire a du mal à s’implanter dans une région où la susceptibilité est à vif, où la recherche de tranquillité est généralisée. A moins que sourire à ceux qu’on déteste participe à la crainte d’être privé de privilèges à obtenir. La mobilisation d’une population autour d’un sujet correspond à l’effet/miroir : cette ressemblance d’avec soi, la reconnaissance de son environnement. La conscience de son identité est d’apprécier des choses qui parlent de son ici. La proximité de son âme, entendue au sens de manière d’être au monde, avec celle de ses voisins le conforte dans l’idée de ne pas être en décalage, hors norme. Petit à petit la télévision régionale publique s’est dégraissée de ces magazines où le débat enrichissait la réflexion. Elle a fait le choix de séquences filmées suivies de commentaires. Sélection dont la conséquence doit se répercuter sur l’audience. L’attrait de l’ailleurs procède du désintérêt provoqué par le manque et la vacuité de l’attente. L’offre ne correspond pas aux besoins. Aider la réflexion à émerger chez toutes les catégories sociales confondues, c’est se donner les moyens de cerner les phénomènes concernant le plus grand nombre et de les décortiquer.

Une autre mission de la télévision est le divertissement. La raison financière, dira t’on oblige à proposer le prêt à l’emploi distribué dans les DOM TOM.

La radio, peut-être plus attentive, parce que se frottant à la concurrence, a compris qu’il fallait pénétrer les territoires coutumiers. Sa configuration  du dire seul, il n’y y a rien à voir, lui confère une autre aura. L’acuité de l’écoute va pétrir les idées, suscitant des émotions génératrices de questionnement. La radio est annonciatrice d’évènements de proximité, diffuseur de tracas comme de joie, elle est partout présente. Elle peut s’entendre de chez le voisin ou d’une voiture aux vitres baissées. Le réel du vivant se joue sur les ondes. Les avis d’obsèques, disent les enterrements à suivre et le deuil des familles à visiter : moyen de conservation des liens et de socialité. La radio a toujours été indispensable. Quand l’électricité fait défaut, les piles du transistor prennent le relais du contact avec l’extérieur. La performance et le taux d’audience assoient une renommée. Numéro1, fierté locale de l’écoute, la mesure et l’évaluation s’inscrivent partout, se colportent jusqu’au fond de la campagne. La réussite tient à la qualité des émissions et souvent à une émission phare. Qu’est-ce qui fait le succès d’une émission ? D’abord l’intérêt qu’elle suscite dans la diversité du public à laquelle elle s’adresse : les jeunes et les moins jeunes. Ensuite l’atmosphère crée par l’animateur, sa voix, sa connaissance du sujet, sa bonne humeur en toute circonstance ressentie par les auditeurs, enfin l’horaire.

Aujourd’hui, la tendance semble dans le refus de fabriquer des stars, en transformant le contenu de l’émission et en modifiant une heure d’écoute plébiscitée par la population. Pourquoi prendre un tel risque ?

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