Coronavirus : le maître du monde

Le confinement a contraint dans le monde entier des personnes à rester à la maison, par décision de loi. La loi juridique d’urgence sanitaire est promulguée en raison des risques de contamination et de crainte de la propagation du virus. Contamination et propagation sont à l’œuvre dans le postulat basé sur des observations expérimentales répétées, constitutives de règles dénommées gestes barrières : lavage des mains, distanciation physique, port du masque obligatoire dans les transports en commun. L’ensemble de ces éléments peut se comprendre comme une loi sanitaire dont l’objectif est de faire barrage au coronavirus. La loi juridique fait dès lors pendant à la loi sanitaire.

Tous les pays n’ont pas adhéré d’emblée au choix du confinement, soit pour des raisons économiques non formulées clairement, soit parce que l’immunisation collective est une méthode/test capable d’infirmer ou non une hypothèse de départ. La proposition, plus que l’imposition de limiter les déplacements est une caractéristique qui situe la responsabilité de chacun au cœur d’une démarche fraternelle de destin lié, où prendre soin de l’autre prend tout son sens. Cette option de libre circulation relève d’une volonté de sélection naturelle par élimination. Les plus fragiles seront les plus touchés, les autres se débattront autant que faire se peut dans les complications aux divers stades de la maladie.

Un pays a privilégié le dépistage rapide par tests médicaux avec le projet d’isoler rapidement les personnes contaminées, préservant ainsi l’économie. C’est un point de vue. L’enjeu de l’immunité devenu caduc après coup, abaisse l’espoir d’un ralentissement du phénomène et qui plus est sa mutation possible dont on ne sait si elle irait dans le sens d’une déperdition de sa virulence ou de sa dégradation. Jour après jour, des scientifiques de tous bords invités sur les médias disent tout et le contraire de tout, étalant des connaissances confuses dont l’expertise échappe aux élus, impuissants, décontenancés face à la terrible réalité d’un monde qui dévoile à chacun que se cache derrière leurs cravates beaucoup d’incompétence et de désarroi.

On a pu croire un instant que les connaissances médicales et scientifiques seraient aptes à expliciter, a proposé une marche à suivre cohérente, justifiée, à anticiper la mise en place de dispositifs épargnant les personnes âgées dans les EPAHD dont le taux de mortalité a ému les âmes sensibles. Après constat, des mesures drastiques de mise à l’abri et d’isolement, ont failli généraliser le syndrome de glissement par privation des visites de la parentèle et l’évitement des contacts sociaux entre les résidents.

Les cris d’une fille, en ce temps de médiatisation outrancière, a soulevé des protestations et permis une humanisation acceptable des regards échangés à travers une vitre, de main posée se fondant dans l’autre comme pour faire passer un fluide émotionnel, ersatz d’une sensation retrouvée, fantasme d’une bribe de communication. Et pourtant le respect de l’ordre rien que l’ordre, a verbalisé une dame âgée qui chaque jour faisait une adoration à son époux à travers la fenêtre en se rendant à la maison de retraite, apaisement de l’angoisse, assise sécuritaire dont les deux avaient besoin pour survivre.

L’énoncé du confinement a été traversé par le doute. Le premier tour des élections municipales étant une réalité, il s’est maintenu. Mais le taux d’abstention a démontré que les populations n’avaient pas approuvé cette décision, refusant d’aller aux urnes, accusées quelques jours après d’avoir contaminé les personnes désignées pour assurer la bonne marche des bureaux de vote. Hésitation encore jusqu’à ce qu’un premier ministre étranger n’expérimente lui-même la gravité de l’attaque virale et change d’avis. Ni les sarcasmes et l’incrédulité du président d’un pays pensé tout-puissant, n’ont empêché au coronavirus de s’installer dans la durée et d’opérer des ravages d’une ampleur incroyable.

L’histoire de l’humanité, révèle des catastrophes dues aux pandémies quand l’époque ne disposait pas d’outils suffisant à assurer la sécurité sanitaire. La grippe qui tue chaque année en France a un vaccin éphémère renouvelé chaque année qui diminue la gravité de l’épidémie, autorisant un étalement dans le temps d’une mortalité qui égrenée chaque soir déballe maintenant des chiffres énormes de personnes dont les cercueils s’alignent dans des dépôts en attente d’incinération ou d’enterrement.

Les informations quotidiennes font fi de la sensibilité d’une population partagée entre le désir de savoir et l’abrasement de l’émotion. Dans une période de mars à mai, à différents points du globe, des personnes subissent un stress identique du au danger représenté par ce virus invisible dont les conséquences sont humaines et économiques. La peur généralisée dépasse le ressenti de probables attaques terroristes qui frappent à un endroit précis une cible, de façon immédiate, sans risque sur le long terme.

Le coronavirus s’impose dans l’imaginaire comme maître du monde où il exerce un pouvoir planétaire qui échappe à tout contrôle. Il est en plus révélateur des faiblesses et des failles au niveau des :

  • Connaissances scientifiques et médicales.

Personne ne peut encore dire avec certitude qu’un traitement plus qu’un autre agit efficacement sur un échantillon suffisant, donnant accès à une recherche porteuse d’espoir. Différentes pistes sont explorées, comme si le cas par cas était acceptable après deux mois de pandémie. Les intuitions ne suffisent pas à rassurer. Le doute augmenté de la peur d’une deuxième vague, fait osciller entre colère et désespérance, le sentiment d’une fin du monde annoncée.

Les certitudes des experts dans leur spécialités respectives se morcellent face au surgissement de nouveaux symptômes réactions inconnues ne rentrant pas dans la classification habituelle, défiant tout diagnostic. C’est la société médicale qui est ébranlée tout entière, redoutant que ne s’effondre le système de santé qui par ricochet pulvériserait les structures de l’Etat. L’étude des virus et leur connaissance, n’aident en rien la compréhension de ce dernier dont on a du mal à cerner le mode opératoire. L’observation de symptômes passés inaperçus ou non identifiés au début, portent interrogation sur l’efficacité de la prise en charge.

Le constat d’une méconnaissance de la maladie contre laquelle les soignants doivent se battre, où chaque sujet devient un cas clinique particulier dont l’objectif premier est la conservation du système respiratoire, met en déroute la proclamation du savoir. Hormis la recherche d’un médicament, des savants de tous bords travaillent à la découverte d’un vaccin à administrer tous les ans ou permanent, qui reste la préoccupation des annonceurs, fin de l’année 2020 ou premier semestre 2021, la spéculation fait monter les enchères du registre financier.

 

  • La geste des gouvernants

Jamais économie ne s’est trouvée hissée au premier plan dans une situation aussi grave. Le PIB, la décroissance, les chiffres signalant la perte d’argent ajoutent à l’angoisse du nombre de morts. Une des puissances du monde, la France, qui vante son modèle économique, démontre sa difficulté à affronter une pandémie. Faire face au manque de matériel (masques, respirateurs), à une pénurie de personnel soignant, de médicaments, a été pour la population une surprise de taille. Aucune anticipation, aucune préparation, a failli plonger le pays dans le chaos. Se rendre compte des manques, découvrir le degré de dépendance envers la Chine unique pourvoyeuse du matériel indispensable de survie livré au plus offrant et au dernier enchérisseur, a été très douloureux pour la plupart des gens.

On sait désormais que l’auto-suffisance n’est que pure fiction, mais que pour conserver une certaine dignité, la promesse d’un changement rassure, car une catastrophe sanitaire mal gérée peut remettre en question la légitimité du pouvoir. Le nombre de lits hospitaliers a considérablement baissé, la fermeture de structures privées non rentables ont justifié une logique économique au détriment de la santé des personnes.

Aujourd’hui, la crise alerte la gouvernance sur cette aberration du sacrifice des vies pour la capitalisation des profits. Le budget de la santé est nettement insuffisant, les conditions de travail des soignants pour lesquelles ils ont battu le pavé l’an dernier, l’insuffisance de leurs salaires, ont suscité des polémiques face à leur dévouement. Les réservistes et les bénévoles, s’ils n’avaient pas prêté main forte, le système hospitalier aurait plongé dans la débandade. Reste à réorganiser les institutions en vue d’une probable catastrophe sanitaire future, en anticipant les besoins, en relocalisant des productions. Mais peut-on revenir en arrière et sortir de cette interdépendance ? C’est à voir.

Mais désormais il faudrait envisager de prendre des dispositions internationales autorisant un contrôle sur les foyers infectieux afin de limiter les dégâts en érigeant très tôt un système de protection. La protection ici et maintenant est pensée comme un moyen de surveillance par le biais d’une application qui sur le fond et la forme porte atteinte aux libertés. Il est vrai que les mesures d’urgence facilitent les dictatures dès lors que les humains perdent leur capacité à se défendre, préoccupés par une unique idée : la survie.

Le coronavirus est bien le maître du monde. Il soumet les pays à une épreuve dont ils n’ont pas encore vu la fin. Dévoilant les cupidités, mettant à mal l’économie, instillant la peur et ses incidences sur les comportements, il assoit une domination indiscutable Son pouvoir demeure évident tant qu’un vaccin ne vienne briser sa détermination à nuire. Invisible, donc plus inquiétant, il est susceptible de s’infiltrer partout, en tous lieux Sa présence est permanente en tous, objet introjecté avec lequel il faut vivre, il rappelle la grande vulnérabilité de l’humain.

Fait à Saint-Claude le 18 mai 2020

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