Comment va l’école ? Bien. Très bien.

Bonne nouvelle : l’Education Nationale va bien, très bien. Les écoles sont nettoyées et la qualité de la prestation vérifiée par les yeux scrutateurs d’élus politiques. Tout est en place. L’incrédule qui oserait affirmer le contraire tiendrait des propos mensongers. Les élèves scolarisés seront accueillis dans les meilleures conditions qui soient. Il manque des enseignants ? Les postes seront pourvus par des contractuels. Le journal télévisé de 19h30 a diffusé en direct ces propos de la rectrice d’académie. Discours rassurant qui n’avait pas prévu la grogne des parents et des enseignants.

La rentrée a commencé par des protestations au sujet de la surcharge de deux classes de cinquième à Bouillante, occupées respectivement par 30 et 31 élèves, la suppression d’une classe étant légitimée paraît ‘il par la diminution du nombre d’élèves. La mobilisation a porté ses fruits, une division a été effectuée par le rectorat. Le collège est situé dans une zone d’éducation prioritaire, ce qui signifie que des efforts supplémentaires doivent être déployés pour venir en aide aux catégories sociales défavorisées.

« La politique d’éducation prioritaire a pour objectif de corriger l’impact des inégalités sociales et économique sur la réussite scolaire par un renforcement de l’action pédagogique et éducative dans les écoles et établissements des territoires qui rencontrent les plus grandes difficultés sociales.[1] » L’évidence que les difficultés sociales ont des conséquences sur les résultats scolaires n’est plus à démontrer. Quand l’égalité des chances est prônée depuis toujours et que la réussite fait partie du projet de la rentrée 2022, se pose la question de la négligence ou de la mauvaise évaluation des besoins. La méritocratie hautement valorisée, ne stipule pas que le défaut de matériels informatiques est extrêmement pénalisant pour les plus démunis, (constat fait durant la pandémie), ce qui nécessiterait la possibilité d’accès pour tous aux référentiels des apprentissages. Les facteurs socioéconomiques les plus marquants de l’échec, sont les bas revenus des parents, et l’influence du niveau de leur diplôme sur le parcours de leurs enfants.

Cependant, le concept de la reproduction sociale ne devrait pas être une fatalité si une réelle volonté de réduction des inégalités existe. Cette démarche impliquerait de s’attaquer aux problèmes économiques de base. – Le taux de chômage des 25/54 ans est de 28,8%. – Elle pourrait de plus envisager des rencontres avec les parents qui s’autoriseraient à franchir le seuil de l’école, la connaissance du code de l’école, est facilitatrice de réussite. Faudrait-il encore trouver les mots qui les inciteraient à pousser les portes du lieu d’enseignement. Des familles refusent de se rendre aux réunions avec les enseignants, pour n’entendre que les griefs prononcés à l’égard de leur progéniture.

La troisième démarche de réduction des inégalités serait une prise en compte des singularités culturelle, historique. « Une politique éducative ambitieuse doit toujours articuler une vision d’ensemble nationale, à la prise en compte de la singularité des territoires » a écrit une ministre de l’éducation nationale. Le plurilinguisme permettrait une meilleure assimilation des enseignements, évitant ainsi le décrochage scolaire. L’exemple de l’école de Gérard Lauriette en a fait démonstration à l’époque où le créole était banni de tout mode d’expression au sein des classes. Une autre expérience sous l’instigation de Sylviane Telchid et d’Hector Poulet a opéré une ouverture avec une heure de créole par semaine au collège de Capesterre Belle Eau. Petit à petit une place est faite à la langue vernaculaire : le baccalauréat option créole est accepté, mais son enseignement est quasi inexistant, les réticences venant des chefs d’établissement et des parents. Un rebondissement depuis le livre bleu Outre-Mer de 2018 qui stipule par la création de la loi du 21 mai 2020 que : « La langue régionale est une matière enseignée dans le cadre de l’horaire normal des écoles maternelles et élémentaires, des collèges et des lycées sur tout ou partie des territoires concernés, dans le but de proposer l’enseignement de langue régionale à tous les élèves » devrait modeler un nouveau dispositif. De surcroit, la création du conseil supérieur de langues crée en janvier 2022 se donne pour objet de favoriser l’innovation et l’impulsion de pratiques nouvelles grâce aux regards croisés d’expert de l’éducation, universitaires, personnes qualifiées, acteurs économiques »

La connaissance de la langue d’origine favoriserait alors les apprentissages et serait apte au développement des compétences linguistiques permettant une meilleure acquisition de la langue française, ce que récuse les opposants au système. Pourtant, les résultats des élèves en français sont inférieurs à la moyenne nationale. Reste que cette incitation à la réforme suggère une formation adaptée. Combien d’enseignants seraient candidats à l’enseignement du créole ? Cela renvoie à la problématique de professeurs originaires de Saint-Martin, implantés en France qui seraient prêts à revenir sur l’ile. Dans une lettre ouverte du collectif, il est explicité une situation mal tolérée. Leur demande de mutation sur les vacances de poste à pouvoir n’a jamais été honorée. Des contractuels sont recrutés, alors que personne ne prend en compte leur candidature envoyée depuis le mois de novembre, à l’ouverture officielle du mouvement des mutations. Ils sont professeurs titulaires, partis se former sans aucune certitude d’obtenir un poste dans leur région d’origine, à la fin de l’acquisition des connaissances. Un système ancien, éculé, que récuse en permanence les syndicats, sans succès. L’obligation de partir loin des siens, de s’acclimater à une nouvelle vie, n’autorisent pas d’être recruté dans son académie de départ. La loi, peut-être, concernant l’enseignement des langues régionales devrait ouvrir des postes en priorité à ceux dont la culture a forgé les identités.

La seconde priorité de l’Education Nationale en cette année 2022 est de se pencher sur la problématique du harcèlement à l’école. Un enfant sur trois est victime de violences ou de harcèlement alerte l’UNESCO. Un plan d’envergure aurait dû voir le jour au sein de l’académie concernant ce constat de violence en milieu scolaire. De quoi s’agit-il ? De prévention, ou de lutte contre ce fléau ? Malgré la médiatisation des histoires douloureuses subies, allant jusqu’au suicide de quelques élèves, un cadre formel n’a pas été établi avec pour unique objectif, l’éradication de cet état de fait. Des pré requis doivent être à l’œuvre. D’abord :

  • L’information approfondie des élèves et des enseignants qui entendraient les mêmes choses, sur le même sujet.
  • Des ateliers pratiques de mise en situation en renfort de la compréhension de chacun. Vivre émotionnellement une situation actionne les défenses et le surgissement de réactions positives. De plus la reconnaissance des actions de destruction oblige à intervenir et à ne pas se cantonner dans l’indifférence. Apprendre à y faire face devient incontournable.
  • La nomination d’un référent qui écouterait les plaintes difficiles à formuler auprès de l’enseignant et de la famille.
  • L’intervention dans un temps premier de la direction de l’école auprès du ou des harceleurs (l’enfant est sous la responsabilité de l’école durant le temps passé sur le site), suivi de la convocation de la parentèle.
  • Le refus d’une zone de confort devrait être la règle. Intervenir quand rien ne se dit à propos des conduites malsaines répétées, serait d’un grand secours dans une situation de détresse. Il est arrivé que l’auteur du harcèlement se retourne contre l’enseignant qui le démasque. La loi est là pour protéger tout sujet formulant un dépôt de plainte.

Maintenant que l’énoncé est clair s’agissant d’une réelle volonté de prendre en compte ce phénomène souvent minimisé ou ignoré ou négligé, les établissements ont la possibilité de faire en sorte que toute personne scolarisée se sente en sécurité. Les enjeux sont de l’ordre de la préservation de la santé mentale, autant que de la réussite. L’abandon de la scolarité est une des conséquences du mal-être indicible de la victime.

Les parents qui ne remarquent rien du changement d’attitude de leur enfant pourraient bénéficier de réunions d’informations initiées par l’école, occasion d’interactions avec les familles nécessaires à l’établissement ou le resserrement des liens. Ouvrir un vaste chantier, se donner pour objectif l’excellence (c’est possible), mettre l’individu au cœur d’une configuration d’apprentissage et de devenir social et intellectuel, consolider les identités, sont des rôles que l’Education nationale a à jouer.

Fait à Saint-Claude le 10 septembre 2022

[1] Site de l’Education nationale

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Un commentaire pour “Comment va l’école ? Bien. Très bien.

  1. Merci pour ce constat et des préconisations en tant que professionnelle j’ai eu à faire des interventions contre le harcèlement. Force est de constater que certains parents n’ont pas encore pris la mesure de ce fléau.

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