Boucs émissaires

La persécution organisée contre un groupe donné, apparaît comme l’une des expressions de la quête de l’homme pour expliquer et maîtriser les nombreux problèmes qui se posent à lui, en particulier les maladies et les conflits sociaux. Le bouc émissaire n’est pas l’individu en tant que tel, mais un type d’individu : c’est une figure de transfert sur laquelle l’observateur projette ses propres craintes.

Tous les malheurs de la fulgurance de la propagation du variant omicron sont imputés aux non-vaccinés. Les nouvelles annonces les désignant clairement comme responsables du pic épidémique, occultent le taux de vaccination qui est de 89% en France. L’immunité collective dont l’évaluation change selon les courbes de la contamination, sera-t-elle jamais atteinte ? Encore aujourd’hui l’affirmation que ces résistants aux doses vaccinales remplissent les lits de réanimation covid, démonstration télévisuelle faite d’un homme se repentant du refus ou de la négligence de sa dose.

La médecine s’efforce à ne pas répondre aux questions et garde le silence s’agissant de la charge virale du vacciné : porteur et transmetteur. C’est ainsi que naissent les soupçons. En outre, la théorie a pour but principal d’authentifier comme hommes de sciences éclairés ceux qui avancent le contraire. Mais l’intention principale de la divulgation de cette pensée, réside dans le fait qu’elle détourne l’attention des pratiques de harcèlement des décideurs gouvernementaux pour la concentrer sur le danger d’une circulation sans fin du virus. Dans les deux cas, on nie ou on feint d’ignorer les agissements de ceux qui jettent l’opprobre sur un groupe.

L’évidence du pass sanitaire, admise publiquement depuis peu, est de pousser la population dans sa totalité, à prendre trois doses de vaccin. L’argumentaire s’appuie sur des faits historiques d’un seul traitement vaccinal efficace. Comme cela ne fonctionne pas comme on voudrait, une organisation s’est fixée pour tache principale la répression, le contrôle, tout ce qui tend à prouver que les fautifs méritent le sort qui leur est réservé. Les sanctions estompent les différences qui existent entre les pratiques qui servent la société et nuisent parfois aux gens et les pratiques qui servent les gens et nuisent parfois à la société. L’exemple de la suspension des soignants en est une démonstration.

Chaque semaine apporte ses nouvelles punitions : différences entre cas contact vacciné ou non, isolement plus long pour les récalcitrants. Le gouvernement s’est fixé pour tâche principale la répression des non conformistes avec la coopération des personnes allant au-delà même des énoncés : « Qu’on leur fasse payer les frais d’hospitalisation, même si pour ce faire ils doivent vendre leur maison » a dit un avocat sur une chaîne de télévision qui ignore que la politique a pour fonction de protéger la société.

Avant le vaccin, les gens étaient considérés comme membres d’une société. Mais le refus de l’éthique dominante a façonné un monde binaire : les citoyens dont la présence met la communauté en danger, considérés comme ennemis qu’il faut persécuter et les immunodéprimés soumis au nombre de doses dont le nombre n’est pas définitif. On nous présente l’histoire des antivax comme s’il s’agissait de l’histoire des soins et des traitements apportés à la covid 19, en réalité c’est l’histoire de leur persécution qui est au premier plan. L’interprétation de cette construction du bouc émissaire revient, et c’est peut-être là son intention première, à avilir, dégrader, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants en les qualifiant d’irresponsables. Les autres qui obéissent à l’injonction, sont disculpés, mieux, ils sont hissés sur un piédestal qui démontre qu’ils sont les seuls à posséder une compréhension ouverte et scientifique, en acceptant les méthodes exigées pour contrôler les dangers de la contamination. Ce phénomène est courant, il n’est pas nouveau, il pêche cependant par de nombreuses erreurs. La persécution des non-vaccinés est l’expression de l’intolérance sociale.

Ceux qui luttent contre cette sorte de fanatisme et cette oppression, ne professent pas nécessairement des idées révolutionnaires, pas plus qu’ils ne proposent de nouvelles vérités. Ils se raccrochent à des opinions et à des valeurs qui ont cours et sont respectés depuis longtemps. « Mais vient toujours une heure dans l’histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort » écrit Albert Camus dans La peste. Prétendre que ces mesures de plus en plus contraignantes sont des pratiques immorales, c’est aller à contre-courant des arguments qui paraissent rationnels. La question principale, sans réponse aujourd’hui, consiste à chercher à savoir pourquoi a-t-on choisi de traiter cette pandémie par une thérapie vaccinale forcée ?

 La réflexion apercepte deux mouvements :

Celui du mythe directeur de l’immunité collective. Les scientifiques ont affirmé qu’un quota de 60% de vaccinés étaient suffisants pour arriver à l’immunité collective. La France se glorifie d’un taux vaccinal qui avoisine les 89% et couvre-feu, port du masque à l’extérieur, troisième dose de vaccin, limitation des groupes, font gronder les vaccinés qui affirment que rien n’a changé en matière de liberté et de perspective de lien social. Le variant omicron déjoue toutes les prévisions. Les anciennes peurs resurgissent chez ceux qui se croyaient à l’abri de la maladie. Les 5 millions de non-vaccinés, toujours punis, sont encore sur la sellette, à eux seuls ils peuvent contaminés les 54 autres millions de personnes. Donc, ils sont à proscrire. Qu’y a-t-il donc de plus facile que de déclarer que le coupable est incapable de comprendre ce qu’il fait ? Tels sont les clichés qui président à la discrimination des personnes au comportement jugé absurde. La pensée qui l’atteste est contraire aux sciences humaines dont la tâche consiste à révéler la signification des choses, et non à les dissimuler. On ne devrait pas se contenter d’approuver ce dire sans l’analyser sous cet angle aussi :

Celui de la puissance de l’institution politique. Elle s’aperçoit dans les moyens mis en œuvre pour pourrir la vie (c’est moi qui souligne) des rétifs : les lois votées à l’Assemblée et toutes acceptées, le recours au Conseil constitutionnel quand survient un léger désaccord, la mise en application dans les institutions des obligations légalisées, le pass vaccinal en train de se transmuer en pass sanitaire. Ce qui est légal n’est pas forcément juste ! En Guadeloupe l’île deviendra une prison ensoleillée pour le plus grand nombre de réticents (cl : Prisonniers de l’île, H. MIGEREL, 10 mai 2021), nul voyage, nul loisir ni restaurant ne viendront combler leur mieux-être. Les sports de plein air devront leur suffire. Il est à espérer que ces lois promulguées disparaîtront et seront oubliées à la fin de la pandémie annoncée par le ministre de la Santé aux environs du mois de mai. Quand les autorités affirment, il faut croire aveuglément à la véracité de toutes les assertions, sur le moment, au risque de sombrer immédiatement dans un pessimisme profond. Le temps du constat des annonces erronées peut attendre.

La tendance à expliquer les situations et les évènements par une cause unique, justifie des actions décidées jugées bienveillantes et protectrices qui fonctionnent comme représentatives aussi bien pour le groupe que pour l’individu. Pourtant se dessine un slogan différent depuis peu. Tous les vaccinés doivent garder le masque durant la durée de la projection de la séance cinématographique. L’application de ce système démontre qu’une nouvelle donne de la transmission a été corrigée : le pass sanitaire étant exigé à l’entrée, on devrait être entre gens sains. Les messages sont délivrés de façon pernicieuse, afin que le décryptage ne soit pas aisé. Le risque est de s’apercevoir que la mise sous verrou des citoyens désobéissants reste un système dévoyé et abusif.

Imposer la vaccination à tous dans une volonté obstinée que l’on doit interpréter comme un immense progrès dans l’éthique médicale des sociétés libres, correspond à une logique complexe. On ne tient absolument pas compte de l’effondrement psychique causé par la ségrégation dans ce contexte de piétinement des valeurs, de personnes conscientes de leur déshumanisation. Un non-vacciné n’est pas un malade mais il est traité comme un pestiféré. Le traiter de cette manière permet de ne pas s’interroger sur le rôle des législateurs qui préfèrent le marquer d’un sceau infâmant. Aujourd’hui le bouc émissaire numéro un officiel de la société est le non-vacciné. Son statut est parfaitement légal. Ceux qui pour des raisons humanitaires voudraient s’opposer à la discrimination peuvent en être empêchés par leur incapacité à s’élever contre le mythe de l’immunité collective.

Cependant on peut choisir de mettre tout en œuvre pour élaborer une société où l’Etat n’admette plus les stigmates ni les symboles de statut ou les catégories, comme il le fait en établissant toutes sortes de contrôles sociaux par le biais de lois honteuses et indignes. On cesserait de fabriquer des individus montrés du doigt, avec l’approbation gouvernementale, soumis aux contrôles socio-inquisiteurs, pour n’être plus que des citoyens et des hommes égaux. Le bouc émissaire est le symbole indispensable du mal qu’il faut chasser de l’ordre social et qui, du fait même qu’il existe, confirme les membres restants de la communauté dans le bien. La classification constitue les bases de l’inclusion sociale (c’est-à-dire la validation), de l’exclusion (l’invalidation). On peut voir ce que l’homme inflige à l’homme en matière de restrictions sanitaires. La notion de bouc émissaire avait une connotation religieuse, mais dans le monde moderne la source de la sécurité du groupe a été transférée de Dieu au gouvernement, elle est passée de la religion à la science.

La fonction princeps du bouc émissaire est d’aider le JUSTE à éviter de se poser le problème du bien et du mal. S’il ne s’agit que d’ôter le mal, c’est que le bien est déjà donné. Il suffit d’endosser la responsabilité du choix moral qu’on a fait. Le combat pour la société idéale ne saurait être mis en doute. Il est donc licite d’utiliser les méthodes les plus ignobles qui sont justifiées par le but poursuivi. Combattre le mal contribue à réunir les adeptes en un groupe solide. C’est ainsi que des individus peuvent gagner leur droit d’entrée dans le groupe en répétant les slogans à l’envi. Ils accomplissent un rituel d’initiation qui a gardé quelque chose de l’ordre des sacrifices humains d’antan. Seulement qui sait que la victime est créée en partie par ses persécuteurs ?

Dans la mesure où les personnes possèdent des caractéristiques qui les différencient des autres, l’attitude véritablement humaine et libérale à l’égard de ces différences ne peut être que l’acceptation. Quand il est impuissant à résoudre ses problèmes par des moyens techniques, et instrumentaux, l’humain essaye des actions cérémonielles et institutionnelles. La pandémie est une menace qui pose un problème difficile résoudre et ne cesse de mettre en échec le savoir scientifique. Face à sa complexité, l’intolérance a conduit à instaurer un contrôle sur l’autre plus qu’un contrôle sur la science. Dans le discours des vœux du Président de la république le 31 décembre 2021, il exhorte à être : « Fidèle à l’esprit de tolérance » et ajoute : « Continuons à respecter nos différences. »

Pendant ce temps-là, des forces armées ont asphyxié de gaz des manifestants contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale au rond-point de Petit-Pérou aux Abymes. Le leader du mouvement LKP Elie Domota est visionné face contre terre, maintenu par plusieurs forces de l’ordre. Il est arrêté et emmené au commissariat. La Guadeloupe a serré les deux poings. L’esprit des fusillés de la grotte de Ouvéa en Nouvelle Calédonie a hanté les mémoires. La foule s’est massée devant l’établissement attendant une décision de loi. Elie Domota est libéré, l’énorme soupir de soulagement s’est entendu de Deshaies à Saint-François. Le réveillon de la Saint Sylvestre pourra avoir lieu dans toute l’île. Il est évident que ces mots : « Une France fidèle à l’esprit de résistance. », ne prévalent pas pour les vieilles colonies. Le président ne le sait pas.

Le non-vacciné, bouc émissaire n’a pas le droit de s’exprimer ; il n’existe pas de dialogue entre les politiques et sa situation à qui n’est accordée aucune valeur. Le comble de l’obscénité est atteint lorsque la société prétend qu’en le définissant comme le mal (l’impur), elle peut l’aider à devenir bon (pur). La hâte de l’homme à détruire rituellement l’autre pour sauver sa peau prend sens dans un rite sacrificiel. Et défendre ses droits est interprété comme une atteinte à l’intégrité de la société. Tous ceux qui chérissent la liberté, la diversité humaine et la dignité de l’individu ne peuvent qu’être effondrés devant un pareil spectacle.

Fait à Saint-Claude le 2 janvier 2022

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2 réactions sur “ Boucs émissaires ”

  1. Brigitte RODES Réponse

    Il EST DIT . Et bien dit.
    De 1802 à 2022, la proclamation de la resistance à l’ oppression , droit naturel résonne encore en ces temps de totalitarisme à prétention faussement sanitaire.
    ..hasta la victoria .Siempre.
    Jou nou kė mété a jounou poko vwè jou

  2. FAUSTA. Patrick Réponse

    Byenbonjou Hélèn ousé on fanm djòk é san zòt paté ni wévolisyon mè foùt fanm fô kon jobi mè ousav tout Moun Kika lévé palé yoka vé tchouyé yo ékom ouka fè pàti dè Moun kipé ékwi dé mò macké pou nou fô nou pwan soin diw !

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