Chez Nana

Un des aspects de l’émancipation féminine en Guyane

(c) Jo Be

Le carnaval prend naissance le dimanche qui suit l’épiphanie pour mourir le mercredi des Cendres. Hormis les manifestations publiques (défilés, parades, bals costumés) communes aux régions en liesse, il existe à Cayenne un dancing qui ne s’anime que le samedi soir durant la période carnavalesque. La rumeur le catalogue comme lieu de perdition, l’aligne sur la réputation d’un bouge où femmes de mauvaises vie et hommes pervertis s’adonneraient à des délires orgiaques.

Situé dans le quartier de la Crique[1]au centre-ville, à l’entrée une grande affiche porte ces mots : « Ce soir bal masqué et paré : femmes 30 francs, hommes 50 francs ». Il est 21he ures 45, sur une estrade un orchestre rythme des airs endiablés. La salle dallée de ciment, n’est meublée que de rares bancs collés aux murs où se prélassent dans un espace restreint des miroirs qui disputent aux fenêtres et aux portes plurielles un droit d’existence. Le modeste gradin sur la gauche s’orne de trois femmes, tôt venues, occupant les meilleures places, celles du premier niveau avec vue imprenable sur l’ensemble de l’endroit. A côté est le bar. Nous venons de pénétrer chez Nana.

Les touloulous en gants blancs

Surgissent deux touloulous[2] en costume traditionnel (la robe rivière salée) : elles dansent au milieu de la salle vide. Peu après les rejoignent deux jumelles, même costume, même masque. Les hommes ni déguisés ni masqués, attendent appuyés aux chambranles des portes. Il est 23 heures. Une belle portant avec élégance la robe à corps[3], corpulente et majestueuse, au pas cadencé salue l’orchestre, parcourt avec cérémonial un itinéraire repris par toutes les arrivantes seules ou en groupes, jusqu’à ce que la foule compacte ne permette plus la libre circulation. C’est le salut rituel. Elles entrent par la porte de droite, lascives ou frénétiques, arrivent jusqu’aux musiciens, premier salut, continuent vers le fond de la salle, saluent les mâles agglutinés sur deux rangs, passent devant le bar, effectuent la troisième courbette, et enfin devant le gradin surchargé, depuis, de spectatrices. Quatre étapes que ne connaîtront pas les touloulous en retard en s’engouffrant dans une mouvante marée humaine.
Une troupe de gitanes agite des robes volantées. Les tennis women aux visières scintillantes, les clowns, les matadors[4], la blonde aux longs cheveux d’or sur un masque incarnat, la fée carabosse et la duchesse époque Louis XIV évoluent entre elles guidées par une mazurka piquée. Festival de couleurs et de grâce. Les masques sont harmonieusement assortis aux costumes. La dissimulation est totale, la femme disparaît derrière le déguisement ; elle se cache : c’est une des règles du jeu. L’effet est stupéfiant aucune n’est reconnaissable. Pourtant dans la diversité des parures, elles ont un trait commun : les gants blancs. Les rares gants noirs amplifient cette dominante de l’élégance mais aussi du symbole de l’innocence.

L’invite

La pavane terminée, les touloulousinvitent la gent masculine à partager les vibrations de leur corps. Pour ce faire, elles adoptent des attitudes provocantes. D’abord le choix d’un partenaire après examen de quelques-uns. Le dévolu jeté, une furtive caresse de la main gantée sous le menton de l’élu signe le début d’une promesse trouble. Un homme assis, dans la fourchette des cinquante ans, refuse le désir en détournant la tête. Dame touloulou lui effleure le nez ; il la chasse d’un geste de la main. Elle revient à la charge, lui tend les bras, fait mine de repartir en frétillant son arrière-train. Son déhanchement s’accélère, l’approche se veut ensorceleuse. Nul échange de mots. Tout est gestes. A trois reprises elle s’assied sur lui et s’en va. 

Le refus, l’immobilité sont susceptibles de faire naître des irritations, évoquant un affrontement duel silencieux. Aussi pour obtenir l’accord de l’homme, la séduction est largement employée. Elle permet la réussite des stratégies de temporisation, de suggestions qui codent toute une tactique d’absorption de l’opposition. L’opposition ou la résistance ne constituent pas une conduite généralisée car grande est l’attente. Elle se voit aux sourires dépités, aux piétinements d’impatience, quand après examen minutieux le choix se porte sur le voisin.

Cette nuit le possible infère un renversement des rôles. La femme s’inscrit ouvertement dans le pôle actif du couplage masculin/féminin. Elle franchit les frontières en se jouant des limites de la Loi. Chacun des mâles présents peut lui appartenir le temps d’une danse, ceci par son unique décision. Toute invite masculine est scellée d’interdits qu’aucun ne transgresse. Cette situation rend encore plus désirable les attentes. L’homme subit la pression en absence d’emprise sur la femme qui se dérobe en se lovant contre un autre, la danse terminée. Femelle, elle lui ravit le plaisir. Les touloulousexcellent dans l’art d’exciter. Mystère de l’anonymat, sans âge ni classe sociale, elles ne se matérialisent que par la supposition de leur appartenance au sexe faible. L’homme objet, prisonnier de son désir, passif, est à leur merci. Un toréador, l’unique homme en habit de carnaval mais non masqué, voit son rêve intérieur lui passe sous le nez : la blonde aux cheveux d’or. Il tente de l’attraper, elle lui glisse entre les doigts. Il réitère son geste. D’un coup sec, l’éventail de la dame rappelle à la main fébrile le mauvais goût de son insistance.

La population

L’imagerie populaire tend à discriminer les touloulousqui représentent l’ambiguïté, l’avènement et la malédiction de la chair. Vision très chrétienne porteuse d’un jugement pesant. La danseuse appartient à toutes les civilisations sous les aspects les plus divers. Ici son art s’adresse directement aux sens. Il s’agit d’une mimique totale du corps humain capable de suggérer à peu près n’importe quoi ; aux extrêmes, la parodie à peine transposée de l’acte d’amour. La danse est le mode plastique le plus naturel de la féminité. Soutenue par la mise en scène, la lumière, le rythme, la danseuse s’entoure d’une aura davantage brillante et envoûtante qu’aucune autre. Dans un temps, un espace donné, elle concentre sur elle le faisceau des projecteurs de toute la gamme des extases masculines. Sa personnalité double, désirable/intouchable, cynique/sentimentale, impubère/courtisane, accentue le mystère mais la réduit en contre partie à une séductrice femelle.

La population masculine, connue de tous, se compose en grande partie de fonctionnaires, de militaires de commerçants ; elle fait fi des racontars. De tous âges, mariés ou célibataires, à visage découvert, l’homme s’amuse comme bon lui semble aucunement gêné par le regard des spectateurs. Son comportement n’est autre que le continuum historique d’un statut où il s’arroge des droits. Les mères, les vielles complices des hommes, ont été de tout temps les pires ennemies de leurs filles, car ce sont elles qui, responsables de l’éducation des enfants, ont perpétué le clivage de la distribution des rôles.

Très tôt le petit garçon sait que, maître incontesté d’un environnement permissif, il est fait pour être aimé. Plus tard ses liaisons amoureuses permanentes, hors mariage, l’ornent de l’emblème de la virilité. Plus qu’admises, elles sont intégrées au sein de la famille sans pour autant fonctionner sur la base d’un système polygamique où, officiellement, il y a reconnaissance de plus d’une épouse.

Le principe se fonde sur l’acceptation passive de la légitime et l’accord tacite de la société tout entière. Par exemple, il est courant concernant les loisirs (plage, cinéma, dancing), de rencontrer un homme marié en compagnie de sa maîtresse. Nulle désapprobation ne vient contrarier sa conduite stéréotypée, souvent répétitive, en exhibant une nouvelle amante qui assure un décor, une toile de fond d’un espace quotidien.

L’épouse n’est rien d’autre que compagne, quelquefois surveillée, punie pour toute effraction, quelquefois sauvagement. Elle n’a qu’un rôle, vivre en symbiose avec un homme, produire et reproduire avec lui et élever les enfants. Jusqu’à une date récente, il fallait qu’elle fasse beaucoup d’enfants sur une terre peu peuplée. Cette construction de l’attitude masculine, explicite en partie seulement, la faillite d’une prise de responsabilité autant maritale que paternelle. Absent de la communication de la famille nucléaire, les accommodements institutionnels font de lui un « trésorier payeur. » Terme autant plus infrangible que la réalité matérielle de la femme est aléatoire.

La désaffection des campagnes, l’exode rural massif vers Cayenne a vu fleurir une misère cachée, dissimilée comme ces bidonvilles à travers la ville. Les femmes sans qualification professionnelle, employées à des travaux ménagers précaires pour des salaires dérisoires, acceptent d’être soutenues financièrement surtout quand l’amant ou le concubin précédent, a laissé des enfants entièrement à leur charge. Vouées à la fascination d’un bien-être tangible, elles s’engluent dans une relation de dépendance sans avoir la possibilité de la rejeter.[5]Ce ne sont pas celles-là que l’on retrouve chez Nana.

Notre population féminine est très proche de son homologue masculin. Employées du tertiaire, agents des collectivités locales, institutrices mariées ou libres, mères de famille, la moyenne d’âge est de 32 ans. Elles décident sur leur lieu de travail de former des groupes. Le travail apparaît volontiers comme un moyen de réparer une injustice, de donner plus de dignité à la femme dans la vie sociale. Il est un moyen d’émancipation ; il tend à la transformation des rôles traditionnels dans la famille, au changement des rapports sociaux entre les sexes.

Les transformations du comportement sont plus évidentes chez la femme que chez l’homme dont le rôle a moins changé depuis vingt ans. Ceux qui ont constaté cette évolution la situent avant tout sur le plan de l’émancipation, de l’indépendance. Non seulement la femme est moins « craintive » à l’égard de l’homme, mais elle se laisse moins faire et se défend mieux. Cependant pour participer à ce divertissement, elle ressent encore le besoin de se retrouver dans un groupe comme pour exorciser sa peur. Le bloc formé par l’assurance fraternelle d’autres femmes, pourvoit à l’abolition des principes inculqués. Nombre d’entre elles avouent que leur participation au bal est déterminée par une volonté de coincer le conjoint ou l’ami sur son propre terrain par un jeu de dupes. Elles y vont rarement plus de deux fois. La rumeur populaire qui affirme que les touloulous sont des femmes de mauvaise vie prend désormais des allures de vieille commère.

Il y a de cela une quarantaine d’années, la femme choisissait un jour qui était uniquement le sien durant le carnaval. Mardi, mercredi ou jeudi, indifféremment, elle décidait s’il était établissement de repos, de plaisir, de désobéissance, ou la conjonction de ces divers éléments. L’homme a minima était consulté, car il devait prendre des dispositions pour pallier les défections et assumer la bonne marche du foyer. Jour de liberté, symbole d’un refus encore timide, son institution reposait sur une conception de l’échange, assez mal équilibrée par la forme donnée à la modalité de la communication. Elle s’était rendue compte qu’une lutte ouverte n’était pas le moyen adéquat d’accéder à une égalité entre les sexes. Alors, par un travail de soubassement, la transformation des rôles traditionnels, par petites touches, a produit des bouleversements au niveau des structures sociales, créant malaises et inquiétudes. L’idée que les femmes étaient des créatures infantiles, et émotives, et comme telles incapables de responsabilité et d’indépendance, confortait la tendance masculine à ignorer leur dignité. Tendance résultant d’une attitude largement répandue et obstinément maintenue culturellement.

Déjà à l’époque du Petit Balcon[6],se profilait une volonté d’affirmation de soi non généralisée puisque nombre de femmes étaient accompagnées de leurs conjoints également masqués. Elles pouvaient inviter à danser qui bon leur semblait sans encourir le blâme d’une mauvaise conduite. Seulement leur marge d’action était réduite.

La jalousie du dedans et du dehors

Dans le champ clos du dancing surchauffé, les inter relations individuelles fécondent une jalousie bi directionnelle. La moins apparente, support de la rivalité féminine, s’exprime de façon larvée faute de larges moyens d’action. Les touloulous minces et menues en sont victimes. Pourchassées par les grosses elles doivent se protéger des bousculades, des coups de coude délibérés. L’unique défense à défaut d’esquive, est la fuite. Dans un espace restreint, ces actes agressifs font figure de démesure. Le raisonnement simpliste qui pare la minceur de critère de jeunesse, de beauté et de séduction, déclenche des comportements totalement incontrôlés qui compliquent le jeu en le niant.

Si on considère que la femme justifie sa présence par un besoin d’émancipation, la rivalité, à la différence du discours, permet de pister les rapports au fictif et à la réalité. L’expression de la jalousie fait de l’autre femme une cible dans une dialectique d’où elle est supposée être absente. L’homme demeure le centre d’intérêt pour lequel se livre une bataille souterraine alors qu’il fait l’objet d’un défi. Situation ambivalente de mise en porte à faux d’un système de relations fragiles qui tend à la défense d’un territoire qui se veut décrié.

De temps en temps, on aperçoit le sourire aux lèvres, un danseur goûtant la plénitude de l’extase, deux touloulousagrippés à son corps.  Il essaie au maximum de coordonner ses mouvements en fonction de l’une et de l’autre, technique difficile souvent réussie, à la hauteur du bénéfice jouissif qu’il en retire. Quand le cas se produit, elles ne lâchent pas facilement prise, et les danses succèdent aux danses. La rumeur populaire affirme que le carnaval met à rude épreuve l’équilibre des couples. Il est vrai que peu d’époux savent qu’ils atteignent le faîte de l’excitation serrés contre leurs épouses chez Nana.L’auraient-ils admis ? N’est-il pas plus confortable d’imaginer la voisine ou une inconnue sous le déguisement ? La tactique commune en vue de cette échappée est de laisser s’en aller le mari, puis de rejoindre le groupe de femmes à un endroit convenu. En revanche, comme Cendrillon l’heure du retour comporte une contrainte. Avant la fin du bal, le lit conjugal aura oublié la place vide. Si d’aventure, un époux jaloux taraudé par le doute rentre le premier, c’est le drame. L’intolérable macule l’image de la mère, de l’épouse ; d’une éclaboussure indélébile, à la mesure de la déception. L’homme est touché dans sa conception de mâle dont le déclin réside dans le sentiment, d’être un laissé pour compte.

L’organisation

Pwemié dansé pa dansé, sé dansé douvan jou ki dansé[7]Pour ce faire la gent masculine s’équipe de chemise de rechange, de serviettes éponges, en attente dans leur véhicule. Ceci n’est rien comparé à la préparation des femmes. Un circuit organisé comme une chaîne de solidarité unit jeunes et moins jeunes. Le vêtement diffère chaque samedi, ainsi que les accessoires correspondants (masques, loups, chapeaux, cagoules.) Les anciennes spontanément mettent à la disposition de leurs connaissances des valises d’atours soigneusement rangés. Elles prodiguent des conseils pour le savoir-faire séducteur, et éventuellement font de leur maison un point de rendez-vous, un salon d’habillage. L’établissement de la complicité féminine est un biais qu’emprunte la mémoire d’un peuple pour se transmettre. La générosité ne se limite pas aux prêts de vêtements, elle va jusqu’à la voiture qui égare les recherches des curieux. C’est-à-dire que pour n’être point reconnues aux abords du dancing dans une ville où tout s’ébruite, les jeunes femmes arrivent dans un véhicule d’emprunt.

La foule est aussi dense à l’extérieur qu’à l’intérieur. Promeneurs amusés par le va et vient des touloulous, vendeurs ambulants de boissons fraîches et de nourriture (le bar à l’intérieur étant d’accès difficile) animent la rue jusqu’à l’arrêt du bal. Les ombres de la nuit s’estompent, laissant place aux couleurs irisées du petit matin. Le vidé[8]envahit la chaussée, l’orchestre en tête. Cris, chants, nouveaux arrivants tôt levés, danseurs harassés, touloulous, femmes rentrées chez elles et changées, font résonner la ville d’allégresse. D’un coup apparaissent les premiers rayons du soleil. Sur la place du marché le cortège s’arrête. Une dernière danse avant la dispersion. C’est l’heure du petit déjeuner traditionnel. On s’invite à déguster la pimentade[9]accompagnée de riz, d’ignames ou de bananes vertes. Les moins chanceux se rendent au centre hospitalier pour commencer une très longue journée de travail.

La place du corps dans l’émancipation

La parole étant l’échange social par excellence, son absence prend une connotation agressive. Le mutisme ne fait pas seulement partie d’un travestissement ludique destiné à conserver l’anonymat, il aide à accentuer le dispositif de transposition des rôles.

Il n’y a plus de négociation verbale, ni de demande de permission. Subsiste une volonté de disposer de soi concernant le domaine du plaisir. Dans la quotidienneté l’homme occupe cette place. Un époux découche, sort sans obligation d’en informer sa femme, s’autorisant des libertés qu’il ne pourrait accepter d’elle.
Ici la joute érotique brise toute retenue. Les corps se pressent l’un contre l’autre comme pour se disputer un espace, une place accordée dans la contexture culturelle. Le corps et les rapports de corps à corps sont le support de mises en forme et de repérages qui situent la femme dans la symbolique sociale. Avant d’être lieu de plaisir, il est avant tout l’insigne de la reproduction. Cette situation l’immerge dans un système social au fonctionnement normatif et catégorisé où elle a un rôle défini ; et ce qui va lui être offert pour se particulariser, c’est l’usage de la relation : voir sans être vue. Elle introduit une tension en niant le code, les règles du jeu social. Elle seule opère un choix. L’acceptation ou le refus de l’homme, le désir, sont reconnus mais non énoncés. Ils signifient seulement que la relation est déplacée. L’homme est renvoyé à d’autres règles d’échanges qui lui procurent encore une réassurance narcissique, aussi minime soit-elle : il est choisi.

Cependant, le choix donne une caution, une forme à la prise de pouvoir de la femme, tout en lui permettant l’expression voilée d’un désaccord des circuits traditionnels d’échange entre partenaires. C’est à un défi dans une certaine mesure, que l’homme est confronté : elle lui donne la réplique, par un jeu métaphorique de la position qu’il occupe. Le corps est transformé en intervention nécessaire. Il permet d’accéder à un autre rapport social en modifiant la relation duelle. L’accession au pouvoir-faire se fait avec l’accession à une autre position hiérarchique quand la femme prend en charge l’initiation du jeune homme ; il est fortement conseillé aux jeunes de se rendre chez Nana pour parfaire l’apprentissage amoureux. 

Malgré tout, la stratégie féminine laisse entrevoir un vacillement identificatoire. Essayant de détruire les tendances passives, la femme se dissimile derrière un masque. Même sa position idéaliste laisse transparaître la mystification d’un partage de pouvoir. Partage illusoire auquel le phénomène Nanapermet d’accéder quelques samedis de carnaval.

Cette étude a été réalisée en 1983 et publiée dans « Les temps modernes » en 1985. Aujourd’hui en 2019, à observer ce qui se joue chez Nana qui existe encore, les évolutions nous renseigne sur la place de la femme et de l’homme dans une continuum ou dans un franc changement.

Les témoignages nombreux soulignent que des faits plus du côté masculin ont brouillé les pistes. Fabrice DAVID raconte :

 « ChezNanal’orchestre du samedi soir les Blues stars attire une foule de badauds épiant les entrées et les sorties. Les marchands ambulants occupent le territoire. La volonté de faire partager la réalité interne de l’amusement avait une fois disposé un grand écran grisant d’envie les spectateurs. Cette expérience n’a pas été renouvelé vu le mécontentement de quelques-uns. Il fallait préserver l’intimité du lieu. Le droit d’entrée Touloulou15 euros, cavalier 18 euros n’a pas varié. 

Chez Polina le dancing dans une ambiance plus jeune situé dans une salle des fêtes de la zone industrielle de Collery a comme caractéristique de permettre que les boissons soient dans les voitures et que le va et vient entre les danses arrose les gosiers secs des participants rejoignant les amis restés à l’extérieur L’orchestre les Mécènes ondulaient les corps. Les prudentes touloulousne se hasardaient pas à consommer le contenu des glacières de peur d’une ivresse trop rapide. Les gradins sont toujours là et continuent de remplir leur fonction d’œil scrutateur. Un changement remarqué cette année, les Mécènesaprès 24 ans de collaboration avec Polinane s’y est pas produit à la grande surprise des habitués. Le relais a été assuré par le Progt, palais régional omnisport georges Théolade à Matoury, qui a ouvert le bal avec une semaine de retard, le 19 janvier.

La nouveauté : les soirées Tololo avecl’inversion des rôles 3 à 4 fois durant la période carnavalesque. Les hommes parés et masqués invitent les femmes avec interdit formel de refuser. En dehors des dancings, la nuit du « face à face » dans un esprit de compétition alimente une joute entre deux orchestres. Cette année les Mécènes etKarnivor ont relevé le défi. »

Une observation continue doit analyser l’inversion et ce qu’elle recouvre comme volonté d’interpeller la société. La croisière Touloulouset Tololosde 2019 en quoi fait elle sens?

Fait à Saint-Claude le 1ermars 2019


[1]La crique est un quartier pauvre semblable à un bidonville où se côtoient crasse et misère

[2]Individu déguisé et masqué : appellation cayennaise.

[3]Costume traditionnel guadeloupéen.

[4]Costume traditionnel guadeloupéen

[5]Les chiffres INSEE du recensement de 1982 en Guyane révèle que 12,83% de la population totale sont des personnes au foyer.

[6]Le petit balcon était un dancing situé non loin de la rue Schoelcher. Il a fermé ses portes quand les gradins ont croulé sous le poids des spectateurs.

[7]La première danse n’est rien ; les dernières sont les plus importantes

[8]Défilé de gens travestis ou non.

[9]Court-bouillon de poisson

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