Le phénotype du président

Publié dans Le Progrès social, n° 2691 du 15/11/2008

Le 44ème Président des Etats-Unis d’Amérique a un phénotype différent de ses prédécesseurs ; de tous ses prédécesseurs pour la première fois dans ce pays. C’est un fait historique suffisamment important pour être souligné. Un phénotype est constitué d’aspects physiques dénotant l’origine ethnique : la coloration de la peau, la texture du cheveu, la forme du nez, l’épaisseur des lèvres. Selon le continent d’appartenance, d’une manière générale, les individus ont des traits similaires. Les mélanodermes couramment appelés noirs ont en commun la coloration de l’épiderme et s’éloignent des caractères ethniques des leucodermes, dits blancs. Cela ne veut pas dire qu’à l’intérieur d’un même groupe ethnique il n’y ait pas de diversité, mais la base du fondement ethnique est présente. Seul l’albinos contrarie la donne mathématique qui voudrait que deux personnes leucodermes donnent naissance à un enfant du même type physique qu’eux. Deux mélanodermes ou deux leucodermes peuvent avoir un enfant albinos de type identique. Le métissage qui participe à la conservation de l’espèce humaine, une solution à la dégénérescence, autorise à octroyer aux descendants des appellations admises. Ici le chabin, le câpre, le mulâtre, là le métis, plus loin l’eurasien, issus au moins de deux origines, ont des traits qui leur sont propres. Ils ressemblent à leurs parents de manière plus ou moins marquée. Le sentiment de supériorité ( le concept scientifique de race n’existe pas)  dans un sens unilatéral, en attribue à une ethnie la filiation. L’enfant par des comportements de rejet, par des paroles blessantes ou par une perfidie doucereuse saura à quel groupe il appartient. Aucun choix ne lui sera offert. Une mère leucoderme et un père mélanoderme auront un métis revendiqué par les mélanodermes et mal accepté par les leucodermes. La question de l’appartenance donc de l’identité relève d’une telle complexité que le trouble s’installe et parfois jette dans la confusion l’enfant. Pourquoi le sommer de faire partie d’un groupe ? Pourquoi ne pas le laisser se définir lui-même ? Il peut ne pas se sentir bien dans la direction obligée.

A écouter la campagne du Président des Etats-Unis, il n’a pas semblé avec netteté s’ancrer dans une appartenance à un groupe ethnique. Il se positionnait en tant que citoyen d’un pays, candidat à une élection. Ses environnements n’ont pas mis l’accent sur la coloration de son épiderme. Sa femme n’est pas venue dire : «  Je suis afro-américaine. » Sa concurrente démocrate n’a pas avancé non plus comme argument qu’elle appartenait au groupe des mélanodermes. Le débat de la différence ethnique est venu d’ailleurs : des pays d’Europe. Ils supportaient avec force ce candidat noir en se demandant si l’Amérique était capable de l’élire. L’intérêt se portait peu sur la qualité de son programme comparé à celui de son adversaire. Seul comptait sa perte ou sa victoire comme indicateur du comportement d’un peuple encore empêtré dans les rets d’une récente ségrégation. Les batailles d’idées avançaient son inexpérience en matière d’économie : crise financière oblige. Elles ne mentionnaient pas la méconnaissance en la matière de l’autre candidat. Comme s’il lui suffisait à lui d’être de l’autre ethnie pour avoir la solution à ce grave problème. On a allégué que les financiers ne lui feraient pas confiance, sans dire trop pourquoi. En filigrane, l’ombre de son origine planait sur les imaginaires. Ce qui séduisait : sa détermination, sa foi, son idéalisme qui donnaient envie de croire à la cause qu’il défendait. Il fallait trouver une explication à ce charisme : la beauté, la prestance : le corps mis en relief. Rares sont les phrases vantant son intelligence, la finesse de l’analyse des situations difficiles, l’impact des mots sur le peuple. Enfermée  toujours et encore dans des stéréotypes, l’image du noir a du mal à se transformer même chez les personnes faisant partie de la sphère intellectuelle. Après l’éradication d’Hilary Clinton, Barack Obama intriguait. Comment cela se pouvait-il ? Les Américains le préféraient à une femme a t-on dit. Il fallait ternir son aura et ses compétences. Puis vint la nuit du 04 novembre. Un homme issu d’un métissage ethnique va rentrer à la Maison Blanche. S’agit-il de discrimination positive ? Ce concept dévalorisant a quand même été appliqué à sa femme Michèle dans la bouche d’un historien en France qui affirmait que venant d’un milieu pauvre elle en avait bénéficié. 84% des français sont satisfaits de cette élection. Ils applaudissent en force. Mais la France serait-elle prête à voter en masse pour un candidat à l’élection présidentielle, d’origine antillaise, africaine, ou maghrébine ?  Existe-t-il dans la classe politique actuelle une femme ou un homme politique de la dimension charismatique de Barack Obama ? Ces interrogations font émerger la problématique de la représentation de l’être différent. L’Amérique a démontré à la face du monde sa capacité à dépasser les notions obsolètes basées sur l’origine. Certes, les choses ne sont pas pour autant réglées, mais les jeunes de moins de trente ans n’ont pas les mêmes préoccupations que leurs aînées. Ils ont adhéré à ses idées novatrices, lassés de la politique américaine jugée vulgaire. Ils ont donné leurs voix pour la fin de la guerre en Irak, la mise en place de l’assurance- maladie, la parade au réchauffement climatique. Le mieux-être et l’écologie animent leur vision du monde. Chacun attend de ce nouveau président des actions portant solution à leurs problèmes. Les Afro-américains subjugués par son succès qui est le leur, ils l’englobent dans leur groupe, entrevoient des jours meilleurs. L’amélioration des conditions de vie, l’augmentation du niveau scolaire, le changement des comportements sont des priorités qu’ils soulignent. Les latino-américains désirent que l’émigration et les transferts de fond soient revus et corrigés. Comme si un président avait tout pouvoir : celui de transformer en profondeur l’existant. On lui prête, à cause de la fascination qu’il exerce, la possibilité de faire aboutir les projets importants tout au moins. Désormais, il est érigé en Messie : le salvateur des causes oubliées, négligées ou rejetées. Le processus est à l’œuvre dans l’admiration ressentie pour des athlètes. L’identification est massive ; ils réalisent les rêves non exprimés, de puissance, de réussite. La fierté ressentie n’accepte aucune défaillance. Le jour de la chute, ils sont piétinés de déception. Les dieux ne doivent pas avoir de faiblesse. Une rude tâche l’attend augmentée du poids de la menace de mort depuis le début de sa campagne. La haine cristallisée sur sa personne par des racistes ne saurait être occultée par son inconscient. Ne pas être apprécié, est une donnée qui peut être perturbante, même si elle l’est pour des faits de l’histoire d’un peuple. Passé le moment de la victoire, l’avenir est à envisager.

Il est indéniable que des changements vont s’opèrer grâce à son établissement à la tête de l’Etat. La dimension psychologique de sa présence n’est pas à négliger. La masse encouragée par de possibles ouvertures, s’autorisera à mener des actions, à émettre des projets correspondant aux besoins réels du peuple. Les inégalités sociales ne disparaîtront pas. L’édification de plans de lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme qui sont des carences qui emplissent les prisons ( un afro-américain sur neuf contre un leucoderme sur cent six sont détenus dans un espace carcéral) permettra d’abaisser ce pourcentage. L’immense changement apporté par ce nouveau président réside dans la perception de l’image de l’Amérique. La honte de ses ressortissants à l’étranger qui se disent ou anglais ou canadiens prouvent l’ampleur de la désapprobation d’une politique en phase terminale. Choisi sur son programme en plus de sa personnalité, Barack Obama réhabilite le pays qui est le sien.

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