Mincir

Publié dans Le Progrès social n°2619 du 30/06/2007

Tous les magazines depuis le début du mois de juin affichent sur leur première couverture des photos de femmes superbes en tenue d’été. Les maillots de bain plus affriolants les uns que les autres voilent à peine des corps bronzés, minces. Les vitrines des magasins ne sont pas en reste. Les mannequins couture carrément noirs ou coquilles d’œuf, figés derrière la vitre sont les supports de ces petits bouts de tissu en triangle : un pour le bas, deux pour le haut et d’une cordelette les reliant pour le maillot une pièce. Seins menus et fermes, ventre plat, cuisses et jambes longilignes, le modèle de la personne à montrer sur les plages s’impose partout où les yeux se posent. Les promesses de plaisir du corps de déesse, pour soi et pour les autres, taraudent les adolescentes et les non-adolescentes. A quatorze ans il est courant d’avoir la forme d’une amphore à moins que l’adiposité ne laisse présager une prochaine obésité. A cinquante ans par contre, la ménopause sature les cuisses, les fesses et le ventre de peau d’orange et gonfle de surcroît les seins. Les femmes qui ne font pas leur âge contraintes par leur vision personnelle de la beauté, vont penser maigrir au plus vite pour que cette période vacancière leur permette d’accompagner ceux qui viennent goûter aux délices de la mer des Antilles. Perdez cinq kilos en dix jours ! Luttez contre la cellulite ! Tous les régimes sont étalés : protéinés, soupes, non carnés. Les mixtures en brik comme seul aliment, les potions magiques, les crèmes restructurant ( plus elles sont chères, meilleures elles sont), les laxatifs et récemment les microbilles en collant, panta court, soutien gorge et ceinture. L’embarras du choix ! Le marketing dont l’objectif est d’appâter la clientèle et d’alléger son porte-monnaie table sur la rivalité féminine, la jalousie, le rêve de la reconquête du corps perdu. Fini le chocolat, les gâteaux et le champagne. Fini le sucre, les féculents, les sauces. Comme l’an dernier il faut ressortir la balance à peser les mini parts à absorber midi et soir sans savoir que l’organisme rusé refuse de lâcher le moindre bout de gras. La surprise du moi de juin 2006 l’a obligé à se soumettre mais il a stocké dans sa mémoire la manœuvre. Même en diminuant les rations ; il résiste. Reste à pendre le chemin de la consultation de la diététicienne. La pesée (la femme ne connaît pas son poids ?), les menus avec ses nouveautés, les visites régulières pour constater les résultats obtenus. Cinq kilos en dix jours ce n’est pas raisonnable. Un mois est juste suffisant. La surcharge pondérale nécessite un suivi plus long : le plus ardu est la stabilisation. Six mois d’accompagnement sont à prévoir. Dans la tranche des trente ans quelques-unes unes arrêtent de manger afin de s’exposer la tête haute et la démarche chaloupée. La privation crée une certaine irritation due à la pensée obsédante de sorbets rafraîchissants en cette saison, de court-bouillon de dorade coryphène/riz haricot rouge. Alors l’esprit de vengeance exige du compagnon qu’il abandonne son début de ventre triomphant. La suppression des jus de fruits, du coca cola dans la maison quand bien même elle n’apporterait aucune satisfaction, crée un manque au vis-à-vis. Dans un foyer tout devrait se partager ! Maigrir, maigrir vite. Le gant de crin frotte avec force les parties à diminuer, il prépare la peau au massage. La crème amincissante s’étale sous le rouler palper. Le panta court s’enfile pour la journée de travail. Les quatre premiers jours le thé sans sucre du matin et les trois pommes ( une à midi, une à 16 heures, une le soir) sont compensés par les chewing gum pour calmer la faim. L’intérieur des joues mordues par la mastication continue et la fatigue des mandibules contribuent à l’arrêt de la condition de ruminant. Reste l’eau contre la faim. Boire sans cesse  à la tétine de la petite bouteille sans lui trouver d’association au sein maternel. Dixième jour, la pomme prend des allures de persécutrice. Elle nargue les narines, agace les dents, accroît son acidité. Rouge, verte, jaune, elle ne passe plus. Diminution du tour de taille, mieux que l’an dernier. Onze jours, cinq kilos enfuis. Victoire ! En compensation la petite robe droite à fleurs tant convoitée prend place dans la penderie. Et comme l’économie du suivi de la diététicienne s’ajoute à celle de la nourriture, le magnifique ensemble pantalon blanc passe de la boutique à l’armoire. Un léger vertige apparaît. Il suffit de reprendre des forces en remplaçant des pommes par des crudités et du poisson à l’eau. Le sourire qui avait disparu de la face tant le régime sévère était torturant ne revient pas pour autant. Le corps en maillot de bain est présentable à la piscine il est chaloupé contre celui des moins minces. En sortie, pas de cocktails de jus de fruits, pas d’alcool évidemment. « De l’eau suffit à mon bonheur. » Les petits fours salés passent et repassent, les noix de cajou, le boudin noir. «  Non merci. » Comment peut-on avaler tant de gras ? C’est écoeurant ! Quand août touche à sa fin, les préoccupations professionnelles amènent le stress. Un café noir sucré et une tartine beurrée, le sandwich de dix heures, le déjeuner conséquent crudités et légumes à minima, le gâteau coupe faim de seize heures et un petit rien le soir, évitent de monter sur la balance. Elle est rangée sous l’armoire. Pas de risque de l’apercevoir. La fatigue justifie le grignotage. Les vêtements rétrécissent encore une fois : «  Je ne mange rien et je grossis. » La graisse reprend sa place là où on l’avait chassé. La face a retrouvé son sourire. Ce régime à durée déterminée, ponctuel et annuel se retrouve chez les femmes n’ayant pas une surcharge pondérale excessive. Elles perdent cinq à six kilos quand elles le décident en tombant parfois dans l’extrême. Par contre combien d’entre elles de décembre à janvier commencent des régimes du lundi. Le respect du menu prescrit en plus des médicaments procurent une satisfaction optimum vu la perte de poids. Le sport aidant, la motivation devient un élément majeur de la continuité. Sans arriver au poids idéal, l’activité physique commence par être abandonnée. Elle n’est pas jugée indispensable à la modélisation de la silhouette. Cette pratique nouvelle ne faisait pas partie des habitudes de vie ; elle venait là comme une imposition de la maîtrise de soi. C’est le premier indice de la mise en échec du régime. Petit à petit la pesée des aliments, le calcul des calories sont mis aux oubliettes. Toute une vie de régime yoyo, commencé, délaissé, repris. L’idéal étant de maigrir sans efforts. « Depuis l’âge de seize ans je fais des régimes. » La personne qui parle en a cinquante bien sonnés. Ces rituels ( puisqu’ils sont répétitifs) vont de pair avec le lifting, la liposuccion, le gonflement des lèvres. Ce sont des difficultés à s’aimer, à accepter l’avancée de l’âge comme si le vieillissement était signe d’inutilité. Le départ à la retraite différé rentre dans le refus d’une décrépitude supposée. La présence d’enfants entre seize et vingt trois ans n’arrêtent pas leur attitude. Pour un peu, elles les dissimuleraient. « Il faut savoir laisser la place aux jeunes » a dit une adolescente loin de telles préoccupations. Les gynécologues n’ont pas le temps d’expliquer que huit kilos s’emparent du corps à la ménopause : les hormones en sont responsables. Eviter d’en prendre plus nécessite une meilleure hygiène alimentaire doublée d’un sport régulier afin d’éviter l’ostéoporose. Au bout de quelques années le poids indésirable disparaît sans grand effort. Elles le disent les femmes qu’elles voudraient conserver leur silhouette de vingt ans. La désespérance vient du fait que les restrictions si mal vécues ne servent à rien. Les professeurs en nutrition commencent à dénoncer ce qui faisait les choux gras des spécialistes de la diététique : le régime est un leurre. Après un an le poids fait pencher la balance du côté droit parce que les aliments ingérés non variés n’ont plus d’effet. Il faut changer de régime. L’inégalité face à l’alimentation est une évidence non dite aux personnes souffrant de surpoids. Les facteurs héréditaires, les habitudes alimentaires de l’enfance, les résistances à l’élimination, l’absence d’exercice physique influent sur la charge pondérale. Les  échecs répétés des régimes sont dus à une trop grande privation sans réconfort et gratification. Les idées obsédantes, la déprime sont le lot d’un acharnement à maigrir. Aujourd’hui la tendance à faire de la surcharge pondérale une pathologie est suspect. L’enjeu est indéniablement financier. Apprendre à manger correctement dès l’enfance doit être un objectif à atteindre pour le bien-être de tous.

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