La femme face au défi du monde actuel

Longtemps la femme a été pensée comme secondaire. La religion l’a créé à partir d’une côte d’un homme celle d’ADAM. Elle avait pour mission la préservation de l’espèce humaine (sans utérus pas de renouvellement de génération) et de surcroît il lui était accolé les enfants comme si elle devait en porter seule la responsabilité. Petit à petit elle a revendiqué des espaces réservés en s’imposant parfois à force de volonté ; et afin de se préserver de choix douloureux, elle a su composer sur tous les tableaux pour une conciliation en finesse de ses différents rôles.

Aujourd’hui face aux difficultés que le monde moderne a provoquées, elle se donne pour objet de relever des défis.

D’abord celui de la famille.

La multiplicité des modèles familiaux remet en question la structure unique dont la base, mère/père/ enfants coexiste avec le foyer monoparental et la famille recomposée. L’homoparentalité bouleverse l’ordre établi. Mais l’important et le plus préoccupant concerne l’éclatement de la cellule familiale dont les causes ne lui sont pas imputables. Elles proviennent des divorces, de la mobilité professionnelle, des tensions du couple, de la difficulté à allier vie professionnelle et vie familiale. Les enfants expriment leur souffrance par des troubles comportementaux augmentés par l’absorption de substances psycho actives ; ils sombrent dans la violence et dans la délinquance. Ils ne sont pas les seuls à être touchés par ces situations déplorables. Elle, la femme, lui reste à faire face à la précarité financière quand seule et sans emploi elle doit assurer le quotidien. L’absence de sécurité économique la conduit parfois au seuil de la pauvreté. Deux suggestions avancées allant dans le sens d’une politique familiale adaptée consisteraient en :

  • Une médiation dans la gestion des conflits qui restaurerait le dialogue parent/enfant.
  • Une structure d’accueil extra familiale et extra scolaire.

La crise de l’institution familiale est réelle et ne peut être appréhendée hors du contexte social, économique, culturel et politique. La suspicion de tous la désigne comme un des éléments d’absence de repères des enfants. La montée de la violence trouve un système explicatif à sa défection, à son absence. Pourquoi ne pas s’interroger en toute sérénité sur ce phénomène ? D’abord sa moindre tolérance, sa percée dans des lieux sanctuaires (église, école), la précocité des actants et leur sexe et son inscription dans l’intolérable (viols collectifs, matricides, parricides.) Pourquoi ne pas s’interroger sur ses causes, les frustrations mal tolérées, la banalisation de la violence des parents, la tentation de la surconsommation et le rêve inaccessible ; l’oisiveté et la dévalorisation de soi donnant ouverture à l’insécurité intérieure. Quand on se sent soi en insécurité, on fait naître cette insécurité chez l’autre. La perte des repères est donnée en pâture en guise d’apaisement et de déculpabilisation. Et la perte de la confiance en l’adulte, dans la foi de la société tellement matérialiste ? L’effondrement des valeurs morales, religieuses s’est généralisé au monde. La femme doit-elle à elle seule porter le fardeau de l’éducation ? Que propose l’entourage familial, l’école, l’Etat ? Puisque faire un enfant n’est pas une affaire privée mais partageable. Faire un enfant c’est fabriquer une femme, un homme. Les solutions passent par les lois donc le politique, les relais associatifs et la décision de regarder les jeunes avec un regard neuf en oubliant la peur.

Concernant la vie politique, l’intégration est difficile malgré la libération de la femme et ses combats remarquables. La parité n’a pas été franchement établie, et quand elle est choisie, elle n’accède qu’aux postes de suppléance. Sa volonté farouche de démontrer ses compétences trace une ligne ascendante encore insuffisante lors d’élections municipales et régionales. Pour arriver à ce changement il a fallu une loi. La discrimination faite aux femmes perdure dans le champ professionnel. Le doute sur ses qualifications, la pression des collaborateurs, accentuent le malaise qu’elle tente de dépasser. Le monde du travail est construit par les hommes, pour les hommes. L’édification de lois et de décrets concernant l’égalité des sexes au travail, l’accès à l’Administration n’ont pas déconstruit les préjugés. Victime encore du poids des traditions et des stéréotypes, tous les prétextes sont bons pour la limiter à ses rôles d’épouse et de mère. S’imposer signifie, transgresser les tabous et les interdits et réaliser deux fois plus que les hommes. Chef d’entreprise, sa réalité passe par la non-acceptation de sa demande de prêts financiers, le manque de conseil et d’accompagnement. Dans ce cas peut-on parler d’égalité des chances ? Puisque le choix entre vie familiale et vie professionnelle écartèle en permanence. A telle enseigne qu’elle se croit obligé de prendre un congé parental, et une fois les enfants en âge de se débrouiller, elle opère une reprise de l’emploi avec toutes les complications que cela peut comporter.

Certaines, dira t-on cumulent les handicaps : l’impossibilité d’accès à l’emploi, la perte des droits sociaux, la pénibilité à s’orienter dans les transports à cause de l’illettrisme qui touche trois millions de personnes dans la Caraïbe, c’est-à-dire 12% de la population, un pourcentage supérieur à celui de l’Europe qui est de 10%, en priorité des femmes. Moins diplômées en général, mais dépassant en diplômes de haut niveau les hommes, plus bénéficiaires du RMI (revenu minimum d’insertion), plus engoncées dans le chômage, les désavantages l’obligent à utiliser la ruse et le détour qui camouflent ce douloureux problème. Le sentiment d’infériorité induit un repliement sur soi, une solitude, qui s’étend jusqu’à la descendance, héritière de la souffrance. Nombre de jeunes sont déscolarisés par manque d’appétence à la lecture et à l’écriture. Les stratégies employées par le parent illettré s’héritent aussi. De manière plus abrupte ils se sentent agressés par les autres et réagissent en fonction de leur déception. L’école est élitiste, elle laisse sur le bord des chemins les hésitants que seule la prévention arrive à donner une autre assise à l’handicap de départ. 

Les autres, toutes les autres, sachant lire, comment réagissent-elles aux nouvelles technologies ?  Elles ont adapté la présence au quotidien de cet outil indispensable : l’ordinateur, auquel une femme afro-américaine a participé à la création. C’est dire l’implication scientifique de la femme dans cette région réservée au masculin. Consciente du cloisonnement de l’imposition de cet outil qu’elle emploie à bon escient – amélioration de la qualité des emplois, ouverture sur le monde lointain, réception des informations- elle participe à ce commerce « en pantoufles. » Elle parvient à éviter les pièges de la cyberdépendance qui coupe du monde des réalités, dresse les barrières de l’incommunicabilité. Sa responsabilité vigilante l’amène à apprivoiser ces technologies polluantes tant sur le plan de l’écologie que sur le plan de la pollution de la pensée en lui substituant la machine sans âme.

Cependant, nous avons mangé la forêt ; crevé la couche d’ozone, contribué au réchauffement de la planète. Qui est responsable ? Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme.

La femme aussi se préoccupe de la détresse écologique car elle demeure le moteur du développement durable. Son rôle est sous estimé alors qu’elle assume toutes les tâches dans la mobilisation de ses comportements envers la déforestation, la désertification, la gestion de l’eau. Elle reste le facteur économique du développement durable dans l’effort essentiel entrepris envers la gestion de l’énergie, de l’alimentation, des déchets. Sa décision dans l’utilisation de produits à risques sanitaires compte dans une politique écologique de consommation.

Sa seconde préoccupation la porte au-devant de ces épidémies qui ne cessent de progresser. Consciente de cette fonction de protectrice elle s’investit dans l’entraide par le biais d’associations et refuse de rester en dehors du champ de la prévention/éducation. Elle capitalise son énergie autour de quatre pôles pour ce faire.

  • Le politique : elle applique les plans d’action nationaux où se tissent des réseaux de femmes
  • L’économique : Par un subtil déplacement elle emprunte la revendication de l’égalité des sexes qui lui permet de sortir de la dépendance, donc d’être plus autonome,
  • Le social : Afin que l’accroissement des connaissances la hisse au même niveau de compréhension que les hommes, elle s’instruit sans perdre cet objectif de vue.
  • L’humain : Sa grande sensibilité facilite sa participation aux plans de prévention. Elle est présente dans les centres porteurs d’espoir d’un enrayement définitif des épidémies et ou à défaut de soins pour tous son accompagnement moral et son soutien psychologique dénotent un immense courage.

Les épidémies nous confrontent au phénomène de mondialisation qui a une incidence sur le patrimoine, puisque qui dit patrimoine dit culture et identité. Du coup, l’asservissement culturel dépend de la loi de marché. Par un fait de résistance, celle qui transmet les valeurs pour mieux conserver ce patrimoine va l’adapter au nouveau goût. L’habitat, l’art culinaire, vestimentaire, en gardant les bases traditionnelles vont rivaliser de séduction afin de plaire aux nouvelles générations. La création d’associations culturelles est la stratégie employée pour la transmission du savoir-faire. La réintroduction des valeurs fondamentales, (les coups de main, konbits) est un biais pour l’assise des principes éducatifs. La mise en valeur des fêtes culturelles, journée du crabe, du poisson, du cabri est une reconquête du patrimoine. La démonstration de l’intelligence de cette femme qui impulse un nouveau souffle à la vie culturelle n’est plus à faire. La vie politique et l’accroissement de la parité lui donne l’opportunité de construire un modèle unique original adapté aux exigences de notre époque.

La voilà vieillissante courbée sous l’accusation de vivre trop longtemps. Après avoir été rendu responsable de la dénatalité, la recherche l’oublie dans ses objets d’investigation. Qui étudie le vieillissement au féminin ? La réalité c’est qu’elle survit à l’homme, elle ne le suit pas dans la tombe. Mais si elle vit plus longtemps, elle est en proie aux pathologies dégénératives qui la mettent en mauvais état. Dans la Caraïbe son espérance de vie est supérieure quelque fois à l’Europe : 83 ans, alors qu’elle est de 77ans pour les hommes. Actuellement le défi à relever est celui de vieillir en bonne santé. Accablée par la maladie d’Alzheimer et l’ostéoporose (maladie vié fem) dont souffre un quart d’entre elles dans la fourchette des 50 ans, elle conserve l’espoir dans les progrès de la Science. L’unique solution est la prévention dont les points forts ont comme base l’alimentation, l’épanouissement sexuel, le sport.

Des études ont montré que la pratique d’activités physiques et sportives aide à ralentir les effets du vieillissement. Au quotidien des actes et des gestes semblent nécessaires à la reviviscence :

  • Le dépassement de la paresse
  • La vigueur des tâches ménagères
  • Le jardinage
  • La montée et la descente des escaliers
  • Le dédaignement de la voiture

Des petites choses en apparence anodines.

Les activités sportives dispensent du bien-être physiologique : le maintien des muscles, la mobilité des articulations, la prévention des maladies cardio-vasculaires. Par ricochet, la diminution des risques de cancer du sein et l’amélioration du souffle sont des bénéfices non négligeables. La gymnastique favorise la coordination et la souplesse qui évitent les chutes ; l’équilibre étant maintenu. La gymnastique physique va développer la gymnastique cérébrale et conserver ou préserver la mémoire. Même l’hormone de croissance profite d’une augmentation ; c’est elle qui ralentit le vieillissement. L’ostéoporose, l’insomnie, ne gagnent pas du terrain.

Les activités sportives dispensent du bien-être psychologique. La revalorisation du Moi conforte l’image positive de soi. S’amenuisent les risques de la dépression et de la dépréciation de l’avancée en âge. La lutte contre la sédentarité ne fait qu’accroître l’autonomie et l’indépendance. Quels sports pour quels seniors ? Tous les sports à condition d’être conscient de ses limites. Procurer du bien-être doit rester un enjeu primordial.

Conclusion

La femme est un pays dont la dimension n’est pas encore mesurable. Son avancée est prodigieuse. Elle est bien la représentante dans la Caraïbe de cette personne humaine à la volonté écrasée sous les plantations de cannes et de bananes durant l’esclavage et qui franchissant tous les obstacles relevant tous les défis a traversé la vie, se hissant au niveau des peuples des pays industrialisés, malgré son handicap de départ. Elle démontre jour après jour qu’elle est actrice de sa vie et emplie de générosité envers ses environnements, tous ses environnements. Elle conserve l’espoir de construire l’avenir avec le masculin, d’égal à égal.

Fait à Saint-Claude le 15 décembre 2019

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