Covid-19 : le retour de la peur

Deuxième vague, non, pas de deuxième vague. Les scientifiques ont été partagé sur ce point. Le déconfinement avait confirmé l’embellie. Les régions avaient changé le rouge et l’orange en vert, véhicule de l’espoir. Les hôpitaux s’enorgueillissaient des lits inoccupés : le danger semblait écarté. L’OMS continuait d’agiter la menace d’une reprise de circulation du coronavirus, brandissait la prudence. C’était début septembre. Personne ne voulait y croire. Les pas franchissaient le seuil des maisons, les institutions s’étaient munies de protections isolantes en plexiglas, les gestes barrières semblaient acquis, donc accepté. Les travailleurs retournaient à la tâche, les enfants effectuaient leur rentrée. Un vent de liberté soufflait sur l’île, un ouf de soulagement, on humait l’air avec jouissance. La catastrophe avait été évité parce que la prudence était restée au rendez-vous.

L’annonce de 16 décès en une semaine de cas de covid 19, la reprise de l’activité du service de réanimation, l’appel à la rescousse du personnel réserviste, frappaient de stupéfaction une population malmenée depuis le mois de février sur le plan économique et psychologique. L’effet d’annonce non suivi d’explication claire, (le pourquoi), mais faudrait-il déjà le savoir, stigmatisait le seul département d’Outre-Mer revenu au rouge écarlate : la Guadeloupe. L’incrédulité marquait les visages, ce devait être un mauvais rêve.

Le retour de la peur

La surprise de l’arrivée de la pandémie a engendré une anxiété individuelle et collective. Le confinement a causé des perturbations d’ordre psychologiques, mais a été accepté et intégré comme une mise à l’abri, le temps d’une diminution du taux de mortalité, une tentative de limitation de la propagation du virus. L’évaluation du risque et son éloignement ont misé sur le respect des gestes barrières (distanciation sociale, lavage des mains, port du masque), une fois le déconfinement advenu. Ces protections ont autorisé les personnes à se croire à l’abri d’une reprise possible du virus et à espérer en une capacité totale à se prémunir contre un danger réel. L’augmentation des cas de contamination jette le doute sur leur efficacité. Alors le maintien des règles doit être vérifié. Dans la situation actuelle, le renforcement du dispositif de contrôle par les forces de l’ordre ressemble plus à une démonstration d’autorité suprême proche d’une expédition punitive. Une femme sans masque doit descendre d’un bus malgré les tentatives vaines du chauffeur et d’une passagère de lui en proposer, le coût de l’amende est énoncé pour bien ajouter à son humiliation. Cette image est l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire en matière de communication. Elle alimente non pas la crainte du gendarme, mais le sentiment d’injustice. Dans un pays où la précarité financière s’est aggravée, la sanction à la place de la pédagogie est un mauvais choix. La passagère du bus est devenue le symbole d’une victime condamnée non pour négligence ou refus mais pour manque de moyens.

Quand le masque est fourni par l’employeur quel que soit la catégorie sociale du travailleur, quand son port est obligatoire, il doit être gratuit et accessible à tous. L’Italie distribue des masques aux étudiants avec promesse de les utiliser. L’Etat devrait se porter garant de la protection des citoyens, et dans en cas de difficultés d’ajouter à son budget cette protection, le moins nanti se sentira en butte à de la discrimination. La distance entre catégorie sociale n’avait pas besoin en plus de ce constat, dans ce rappel des inégalités. La mémoire ravive la première mesure prise en début du quinquennat : la suppression de l’impôt sur la fortune en 2017 qui a permis aux cent plus grosses fortunes de France d’économiser en moyenne 1,2 millions d’Euros. Alors, cette exigence de tolérance zéro et sa démonstration face à une caméra, ne devrait s’appliquer que si la population bénéficiait de la gratuité du masque.

L’accroissement de l’insécurité sociale à travers ce manque de protection a une répercussion collective. Certains groupes se sentent exclus et cela peut avoir des conséquences politiques, telle la montée de l’extrême droite. La vie n’est envisagée que sous l’angle de la menace. La peur descend dans les rues, les restaurateurs, les gérants de bars dont la fermeture des établissements est obligatoire durant 15 jours jusqu’au 12 octobre. Une récente réunion avec le représentant de l’Etat assure que la restriction sera levée si baisse de cas de covid 19 il y a sous huitaine. Ces fermetures jettent le doute sur les critères de tri et de sélection des établissements, pourquoi pas les salles de cinéma mais les gymnases !! Cette peur n’arrive pas jusqu’à instituer une désobéissance civile, elle interroge sur les manquements, mais n’autorise pas l’idée d’un re confinement à l’approche de la saison cyclonique.

L’anxiété de façon massive s’et emparée d’une population qui n’arrive pas à comprendre l’état de dégradation sanitaire du pays. Elle se presse dans le drive de dépistage depuis 01heure. Les tests n’entrent dans les narines qu’à partir de 07h voire 08 heures (sept heures d’attente). Se rassurer, garder l’espoir de ne pas être atteint, faire partie du monde des vivants : refuser la souffrance et la mort. Le peuple ignore l’éphémère du test négatif. Qu’importe, la peur sera momentanément balisée. Quelques pistes esquissent une explication à ce dérapage sanitaire.

  • Les ratés de l’information

Les enfants ne courraient pas le risque d’être atteints de la covid 19. Les pédiatres ont accompagné ce dire autant que les virologues et les infectiologues qui instruisaient les dirigeants du gouvernement. Les enseignants seront maqués. La première école élémentaire a fermé, donnant un démenti à cette affirmation. Recherche de cas contact, mise en quarantaine, un vent de panique s’est levé. Puis l’obligation d’interrompre l’enseignements des petits n’a plus été nécessaire, la distanciation non plus. Quelques enfants contaminés, ce n’était pas grave : l’école n’était pas finie. Mais les enfants pouvaient transmettre le virus à l’enseignant. Comment l’éviter ? Quelles consignes donnaient l’Education Nationale ? Dans ce cas la maladie serait-elle reconnue comme maladie professionnelle ? Un courrier adressé le 23 septembre aux enseignants stipule que la fermeture d’une classe est envisagée quand un cluster est identifié à partir de 3 cas issus de familles différentes dans la classe. De plus, les activités sportives peuvent se poursuivre, mais il convient de favoriser les sports individuels et les sports en extérieur. Durant vingt-trois jours, les collèges et lycées n’avaient pas aboli la proximité des corps en salle. Certains syndicats se plaignent du nombre d’élèves par classe, (parfois 32), du port du masque par une insoutenable chaleur, la chaleur des locaux dépassant le supportable, du manque de fiabilité des masques offerts. La grogne commence à s’entendre.

  • La menace

L’échelle maximale, rouge écarlate, dans la gradation de la force virale a des causes. La mise en accusation des réunions familiales festives, la circulation accrue entre Pointe-à-Pitre et Basse-Terre, désignent la sphère affective et le travail comme seuls responsables de la reprise de la course effrénée du virus. La comparaison avec Paris (qui n’est pas la France mais la capitale de la France), sans items de comparaison pour étayer le propos, accrédite encore une fois le manque de connaissance, la communication à l’emporte-pièce et la mauvaise information de ceux en poste qui prennent des décisions et régissent les émotions. Les observateurs savent que les restaurants et les bars ont favorisé la circulation du virus pas par défaut d’aménagement des locaux mais à cause de l’inadéquation de la dépose du masque par les clients eux-mêmes. Il est enlevé pour s’alimenter, où le met-on ? Sur la table, le bar, la poche, le sac, le coude ou le menton ? Remis sur la face (pas tout le temps lors du passage aux toilettes), retiré une autre fois arrivé à table, et remis à la sortie de l’établissement. On boit, on mange et la contamination est à l’œuvre. Faut-il avoir quatre masques ? Faut-il prévoir un contenant pour le jeter sur place ? Que préconise le médical ; peut-être que la créativité peut sauver de la désespérance.

Le re confinement comme menace est une erreur stratégique de communication. D’abord il faut être sûr de pouvoir le mettre en place. Imaginer que le taux de contamination reparte à la hausse et que le re confinement ne puisse pas être possible sur le plan économique. La crédibilité des annonceurs déjà écornée par les allers et retours contradictoires, virera au ridicule. Dans une situation de détresse, la population attend que les dirigeants, et ceux qui sont sensés savoir aient des convictions, on les voudrait rassurants forts et protecteurs. Leurs hésitations sèment le doute et en miroir ses reflets accroissent l’angoisse et l’anxiété. Le mot confinement ramène à la conscience les grandes difficultés d’un enfermement dont les séquelles ne sont pas encore résorbées. Le stress post traumatique est encore vivace, même chez les personnes prises en charge. Quand cette menace est proférée, le stimulus qui et un évènement de nature à déterminer une excitation est trop fort et la réponse est contraire à l’effet escompté : la réaction sera de l’occulter. Dans la prévention des accidents de la route, le processus est le même : une charge émotive trop forte laisse indifférent le plus grand nombre. Par contre un ourson sur la route et une enfant en voiture qui le regarde parlera plus à la conscience de l’automobiliste.

La question à se poser est celle de la prévention et de la sensibilisation des personnes afin de revenir à une normalité acceptable. Pour une réussite optimale trois critères doivent trouver une place de choix : celui de l’âge et de ses comportements, celui de la responsabilité collective en jouant sur la fibre de la solidarité, et celui des séquelles engendrées par la covid 19 avec des images correspondant aux représentations.

Le retour de la peur exige que la sécurité établisse des certitudes d’un soin sans défaillance dans les hôpitaux, que le personnel soit en nombre suffisant et que les dissimulations des manques disparaissent. La confiance retrouvée permettra aussi une meilleure collaboration avec les instances politiques et médicales.

Fait à Saint-Claude le 03 octobre 2020

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