Interview par Axelle Kaulanjan sur la violence faite aux femmes

Publié dans Le Progrès social

Axelle Kaulanjan-Diamant : Les médias guadeloupéens rapportent, depuis plusieurs semaines, des cas récurrents de femmes tués par des ex petits amis ou maris. Comment expliquez-vous cette recrudescence de crimes passionnels en Guadeloupe ?

Hélène Migerel : Chaque année plusieurs crimes sur une période donnée (toujours trop longue) donne l’impression d’une augmentation de la criminalité. La loi des séries est un processus qui fonctionne en levant les inhibitions. Celui qui arrive à se contenir un tant soit peu, entendant le passage à l’acte d’un criminel accepte l’inévitable et transforme son hésitation en décision. Sa pensée peut se formuler de manière simpliste : « quelqu’un ose pourquoi pas moi ». Parfois la menace verbale « Un mari a tué sa femme ton tour viendra ! » n’est pas agie, mais tout de même pensée.

AKD : Nombre de ces femmes tuées de leurs ex avaient déjà été victimes de violences de ces derniers. Qu’est-ce qui explique ce passage à l’acte, des violences physiques et/ou psychologiques à l’irréparable ?

HM : La rupture est voulue par un partenaire et l’autre la subie. L’homme violent est persuadé de son bon droit (insuffisance de la partenaire, insoumission, immaturité) et refuse d’être répudié d’autant plus que la représentation de l’homme reste pour le masculin l’image du décideur qui mène le jeu. Le changement de rôle est mal accepté. Sa proie lui «échappe » et en même temps elle lui inflige une blessure narcissique : celle de ne pas être aimé. Le passage à l’acte est la résultante d’un syndrome dépressif qui viendrait réactiver l’angoisse d’abandon de l’enfance ; le refoulé fait retour. La carence affective est à l’œuvre dans ce type de crime dit passionnel.

AKD : Bien sûr, chaque cas est différent, mais toutes ces affaires ont en commun le « facteur EX ». Pourquoi est-ce si difficile pour certains hommes (et plus particulièrement certains guadeloupéens) d’accepter qu’une femme les quitte ?

HM : Quand la rupture n’est pas claire (petits services demandés par la femme, visiting de l’homme accepté) la confusion et l’espoir s’installent. Proximité et rejet tout à la fois sont des paradoxes qui établissent des déséquilibres psychiques qui modifient le comportement. La volonté de possession/destruction s’explique dans le choix de l’arme blanche comme pour un dernier coït éternel.

AKD : Que conseilleriez-vous à une femme enfermée dans une relation abusive ? Que peut-elle faire pour s’en sortir ?

HM : L’état de sidération premier empêche une réaction positive. Etre maltraitée en guise de promesse d’amour est une ineptie. L’humiliation tient la bouche close. Passé ce temps d’incompréhension, puisque toute communication est caduque avec le partenaire violent, en parler à un proche ou à un professionnel est indispensable. Afin de conserver son estime de soi, les faits de violence doivent être suivis d’un certificat médical et d’une plainte, puis d’une médiation afin de rétablir le dialogue. La violence se soigne, faudrait-il encore qu’il y ait une volonté réelle de l’éradiquer. L’homme fait rarement la démarche de soin.

AKD : Toutes ces violences faites aux femmes ne viennent pas redorer la réputation de la Guadeloupe qui a récemment été classé département français le plus violent. Pour autant, êtes vous d’accord avec la thèse d’Errol Nuissier et sa racialisation de l’origine de la violence en Guadeloupe ?

HM : La question n’est pas la réputation de la Guadeloupe. Il s’agit avant tout de mettre en place des procédures d’action au niveau des paramètres qui posent  problème tels : la famille(les violences intra familiales sont en augmentation),  l’Education Nationale (la permanence des échecs scolaires), le social préoccupant (la paupérisation grandissante).

La violence n’est pas dans les gènes, elle est l’assemblage de facteurs divers et agit comme un détonateur quand se conjuguent : chômage, perte de valeurs morales, conduites addictives,  faible niveau intellectuel et culturel, carences affectives et éducatives. Soigner le social c’est rendre à l’individu son humanité.

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