Sexe et magico religieux

Depuis la nuit des temps, sexe, religion, magie font partie de l’histoire des sociétés : de toutes les sociétés. L’universalité de l’alliance des puissances surnaturelles avec les humains est source de manipulations, de domination, de toute puissance ou de protection.

Dieu et le Diable associés dans l’occulte empruntent des contours flous, sombrent dans la confusion au gré de certaines idées qui hantent les femmes et les hommes à la poursuite des connaissances cachées et interdites.

Les rites sexuels ont toujours existé dans les rites de fécondité, la prostitution sacrée. La prostitution sacrés démontre que plaisir sexuel et sentiment religieux n’était pas contraire.

En Inde, au 19ème siècle, les servantes des Dieux appartenaient à un époux divin qu’elles comblaient charnellement. Son absence était remplacée par le corps réel d’adeptes bénéficiant d’un plaisir anticipé du monde de l’au delà. A Babylone par exemple la femme prêtresse s’accouplait à un étranger afin d’acquitter son devoir, culte rendu à la déesse du temple, lieu où les pratiques sexuelles se déroulaient.

Aujourd’hui encore au Malawi, des jeunes filles après leurs premières menstrues se rendent à une initiation parodiant l’acte d’amour afin d’apprendre à se mouvoir lors de l’acte obligé avec un inconnu appelé hyène. Tradition consentie par les parents persuadés que cette imposition protégera la jeune fille, sa famille, le chef du village, de toutes les maladies, et du mauvais sort. La fonction d’homme hyène est très chèrement rétribuée dans cette région de la misère.

Les sectes lucifériennes, les sectes sataniques en plus des sacrifices humains durant les messes noires, cérémonies orgiaques où le dieu cornu incite les participants à une copulation collective en est une preuve. Il existe une dimension sacrée et magique de la sexualité que l’on retrouve dans les envoûtements notamment dans l’impuissance masculine commanditée par la partenaire jalouse de cet homme qui, petit garçon, avait acquis un pénis fort et jouissif en l’introduisant par le carré fait dans un giromon, ensuite rebouchée.

La magie analogique a la possibilité d’allonger le sexe autant que la taille du légume en voie de croissance en supposant qu’aucune main ne vienne interrompre le cycle du mûrissement du giromon. Force et endurance mais aussi séduction quand les menstrues se mélangent aux aliments préparés pour l’aimé. Le pouvoir avec comme corollaire la richesse et la célébrité justifie le forçage du corps d’une très jeune vierge afin de battre son adversaire en politique : le sang versé couronnant la toute puissance dans l’indifférence du désarroi d’une jeune fille sacrifiée abusée ou violée, au corps et à l’âme endolorie.

Sexe et magico religieux des temps anciens, des temps modernes en interrelations, quand le gadé zafé enlève le démon de sa cliente en activant sa bouche dans un vagin au statut social élevé mais consentant, femme mariée perdue, troublée, en totale adhésion avec ses croyances de possession satanique.

L’abus de faiblesse envers l’adulte peut –il être comparé à celui d’une enfant pubère, emmenée par sa mère pour un bain de désenvoûtement sensé être libérateur de l’emprise de maléfices, qui dans la pénombre de la case subit des attouchements, victime d’une mise en scène inconsciente du couplage exhibitionnisme/voyeurisme ?

La Guadeloupe échappe encore aux mouvements lucifériens et sataniques après un bref essai d’un illuminé incapable de rassembler autour de lui des adeptes. Il n’avait pas suffisamment de charisme doublé d’une méconnaissance de la méthode et obnubilé jusqu’à sa mort par une frustration immense. Mais quelques antillais assistent à des messes noires en France, pratiquées dans des appartements souvent exigus. Les messes noires en France révèlent leur existence et leur nature par des personnes dissidentes des mouvements cultistes, témoignant de l’horreur, parfois dépassant tout entendement.

Un numéro du magazine « Messes Noires en France » d’envoyé spécial en donne une version très atténuée de la réalité. Qui sont ces adeptes de l’idéologie satanique, adorateurs de Lucifer, le prince de l’enfer ? Des personnes de toutes catégories sociales, de toute confession aux croyances religieuses avérées comme l’abbé Guibourg ou Boullan qui en 1860 célébra une messe noire comprenant le sacrifice sanglant de son jeune fils, assisté par la mère, son épouse. Ce prêtre issu de l’église du carmel prônait que la chute par le sexe devait être équilibrée par une rédemption par le sexe. Cela devait s’accomplir par une copulation avec des animaux et ensuite par des activités sexuelles avec les anges, les archanges et les esprits des morts.

Aujourd’hui quelles sont les causes de la fréquentation des fidèles de ces cercles, clubs, sociétés secrètes non identifiables ?

D’abord l’attirance pour les choses inédites, d’un goût pour l’aventure incertaine. Quelques uns en pleine crise identitaire sont à la recherche d’une base, d’un socle prometteur d’estime de soi. D’autres habités par un sentiment d’abandon se persuadent de structurer des doutes, de suturer les failles de l’insécurité intérieure en abolissant les tabous de la sexualité, croyant vivre selon leurs propres désirs hantés de démons inconnus.

Le diable au corps ne les pénètre pas tel celui visité par l’incube tiré de l’imaginaire caribéen, le dorlis, l’homme au bâton. Incube vient du latin incubo qui signifie « couché sur ». ces incubes sont des partenaires sexuels invisibles, parfois agresseurs, effrayant mais sans nul doute troublants. Le dorlis est ce fantôme séducteur qui à la faveur de la nuit s’introduit par le trou de la serrure dans la chambre plus communément des femmes, mais aussi d’hommes, sans discrimination d’âge. Le dorlis s’accommode de lit à une place ou de couche désertée par un décès ou un amant négligent.

La fierté d’une femme de la campagne martiniquaise, âgée, sans sex-appeal, les mains sur les hanches, une satisfaction ravageuse sur la face clamant la présence active du dorlis la nuit dernière dans son corps prend un autre sens que la déprime plaintive d’une jeune femme isolée, à la recherche d’une solution pour se débarrasser d’un dorlis épuisant, générant des troubles de toutes sortes.

Chaque nuit, à 21heures, une obligation de se mettre au lit, semblable à un téléguidage, la couche sans slip, depuis deux mois, dans ses draps, rejoint aussitôt par un dorlis seulement révélé par une vigueur sexuelle soutenue, jusqu’au matin. Sans énergie, l’épuisement l’a forcé à abandonner un petit boulot, l’a isolé de ses familiers affectifs -sa mine de papier mâché et sa tristesse n’étant plus supportable -l’a forcé à renoncer à toute activité extérieure et intérieure. « Je ne peux jamais regarder un film à la télé après le journal ». Enfermée dans une relation sexuelle sans jouissance avec un sexe fantôme qu’elle n’a jamais pu toucher tant son état de léthargie la déconnectait de la réalité.

Le dorlis est typiquement martiniquais mais il a fait une brève apparition en Guadeloupe sans réussir à s’imposer  dans l’imaginaire de ses habitants. Le dorlis est la représentation d’une crainte, donc d’un désir non formulé. Il est cet être surnaturel, fantasme projeté du désir du colon, du maître blanc.

A l’époque des habitations et de l’esclavage, le maître marié désignait à tour de rôle une africaine réduite en esclavage à des fins d’assouvissements sexuels, quand il ne la violait pas au su et au vu de tous. Celle qui était choisie à plusieurs reprises, la préférée, ne pouvait échapper à ce tiraillement intérieur : fierté et mortification. Les autres, jamais touchées, n’étaient pas en reste de ressenti : doute de soi, frustration mais aussi crainte de ne pas être à la hauteur de ce privilège/torture.

L’actuelle représentation de la beauté véhicule encore ces critères de peau sauvée, de cheveu lisse, (les enfants métis) traces inconscientes de la femme séduite et violée. Le dorlis est porteur de cette mémoire oubliée, refoulée, où le désir inconscient de la victime est emprisonné dans la décision du bourreau de l’abuser dans une jouissance réparatrice (donner du plaisir et en prendre), réhabilitant une fierté par le choix de son corps possédé par un invisible. Victime qui ne veut rien savoir par une absence de maîtrise d’un phénomène qui lui échappe. Séduite, elle est choisie, hissée à la hauteur d’un statut enviable, réhabilitée. Il n’en est pas de même pour une victime qui le vit mal, ayant la même problématique commune avec quelques nuances qui vont induire une souffrance intolérable.

Pour la neuropsychiatrie, il s’agit d’un ensemble diffus de pathologies du sommeil, mêlant paralysie nocturne, excitation érotique, impression d’une présence autre et sensation d’étouffement. Ce trouble touche les deux sexes. Apparenté parfois au processus de possession, le sujet s’exprime en langage cru, corps agité avec frénésie. Cette sexsomnie s’accompagne d’atonie musculaire et de vocalisation sexuelle.

En second lieu, il est évoqué une hallucination hypnagogique au cours du sommeil lent qui est analogue au somnambulisme. On parle aussi de vagin sans repos, d’hypersexualité, de certaines formes d’érotomanie, de symptôme de CAPGRAS, dans la création de sosie englué dans une folie à deux. Certains témoignages d’enfant de viol nocturne sont considérés après examen comme des affabulations fantasmagoriques. Ce n’est donc pas à la médecine ni à la psychiatrie que les sujets victimes de dorlis iront s’adresser.

Le fantôme sexuel s’identifie clairement dans le conjoint décédé quand une veuve l’attend dans la crainte. Il occupe toutes ses pensées jusqu’à saturation, lui permettant d’échapper à la culpabilité consciente envers ce corps vivant, d’amant dispensant du plaisir, comblant le manque et hissant les disparus à la hauteur d’un idéal.

On rencontre cette culpabilité inconsciente chez la femme mariée qui sortie de chez son amant va prendre sa volée de bois vert des mains du gadé zafé, flagellation d’un corps possédé, entendons par le mal. Apaisée, elle peut affronter sa famille : chose expiée, chose pardonnée jusqu’à la prochaine fois.

Dans le cas d’homme visité par le dorlis, les désirs de la lutte contre une homosexualité refoulée, torturante, dit un corps spolié dans le sommeil incapable de résistance. Désir coupable et émoi de la révélation. Au Gabon, des hommes sont accusés d’avoir fait disparaître des organes génitaux d’inconnus, dans la rue à l’occasion d’une poignée de main ou même d’un regard. Les voleurs de sexe se teintent d’une réalité qui génère plainte et poursuite. A ce stade, la rumeur est dépassée et cautionne la puissance de la sorcellerie dans un monde moderne en pleine mutation dont la prévision est de donner lieu à de nouvelles relations.

La femme est confrontée à l’effroi de ses désirs sexuels refoulés et surtout les désirs incestueux. Pour rendre le fantasme sexuel acceptable, elle le projette dans un être surnaturel, opérant ainsi un transfert : « Ce n’est pas moi, c’est lui qui est désirant ». Elle évite ainsi une culpabilité générée par des conflits inconscients et fait coups double en échappant à la peur des jugements.

Quand une fille est violée par son père ; la déconstruction de sa psyché dans l’inacceptable et l’indicible, érige parfois un double masculin d’elle-même comme dans le cas d’enfant unique perturbé qui «  hallucine » un compagnon bienveillant de son âge, véritable confident. Une force alliée contre les adultes. Lacan parle d’un « Être qui pèse de tout son poids sur la poitrine, écrase sous sa jouissance. L’incube devient l’idéal, véritable objet d’adoration de la femme. Il l’autorise à une réceptivité d’étreinte qui a à se reporter en sensibilité de faire sur le pénis. » La simple sensation organique provoquée par la pensée du viol permet un investissement libidinal autoérotique, voire orgasmique. Le dorlis, partenaire invisible permet à la femme d’investir son ego et de renier le désir du phallus. L’homme au bâton l’oblitère dans une crainte de l’anéantissement.

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